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La vie est parfois pleine de surprises. On est là, sans but précis, on prend une décision qui semble parfaitement anodine et ce n’est finalement qu’au bout de plusieurs années qu’on se rend compte qu’il n’en était rien. Non, parce que ce simple choix aura en réalité eu un impact considérable sur notre existence. Comme un nouveau tournant, ou même un nouveau chemin dont on ignorait l’existence avant de l’emprunter. C’est précisément ce qui m’est arrivé lorsque j’ai pris la décision de créer la Fredzone. Car si je ne l’avais pas fait, je ne serais pas en train de rédiger ces quelques lignes, et donc de fêter mon 10.000ème article. CQFD, comme dirait Spinoza.

Si vous me suivez depuis un moment déjà, alors vous savez sans doute que la Fredzone a ouvert ses portes le 29 mai 2007. A l’époque, et comme je l’ai souvent dit, je ne comptais absolument pas créer un blog. En réalité, tout ce que je souhaitais, c’était de renouer avec le web et de voir si j’étais toujours capable de créer et de gérer un site.

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Ca, c’est l’histoire officielle. Maintenant, s’il vous vient l’idée de lancer un petit whois sur mon nom de domaine, alors vous constaterez que le nom de domaine a été créé en 2005. A l’époque, votre humble serviteur sortait de quelque chose comme sept années de galère, sept années pas vraiment facile durant lesquelles j’ai un peu vécu comme un marginal. Je vous passe les détails parce qu’ils ne sont pas vraiment intéressants, mais disons juste que mon adolescence a été assez compliquée et qu’elle m’a poussé à m’assumer, ou plutôt à essayer de m’assumer, très tôt. Peut-être trop tôt, d’ailleurs. Et autant vous le dire, assumer un appartement avec une bourse d’étudiants, ce n’est vraiment pas facile. Bien heureusement, en France, on ne laisse pas crever les gens de faim et autant dire que sans les Restos du Coeur, sans le Secours Populaire, et bien je ne serais sans doute pas en train d’écrire ces lignes.

Toujours est-il qu’en 2005, les choses allaient mieux. J’avais quitté mon ancienne vie, j’étais même parvenu à rembourser toutes mes dettes et j’avais même réussi à décrocher un boulot stable. La totale, donc. Sauf que voilà, le boulot en question n’était absolument pas en lien avec le web, et le bougre me manquait. Il me manquait même tellement que j’ai décidé de sortir ma carte bleue pour m’acheter mon nom de domaine rien qu’à moi.

Je ne savais pas quoi prendre, évidemment, et c’est précisément à cet instant que je me suis souvenu d’un vieux camarade qui m’avait accompagné durant mes années de formation au CESI de Rouen. A l’époque, on suivait tous les deux un cursus pour devenir… concepteur-développeur-multimédia et donc pour bosser comme webmestre. Le camarade en question s’appelait Geoffrey et il était très fier de son site personnel, la GeoffZone. Avec le recul et si c’était à refaire, je pense que j’aurais cherché une autre source d’inspiration. Parce que bon, Fredzone, ça ne fait quand même pas très sérieux. Cela dit, et comme indiqué un peu plus haut, à l’époque, je n’avais absolument pas l’intention de monter un blog, ou même un site d’actualités. Tout ce que je voulais, en réalité, c’était… m’amuser. Et rassurez-vous d’ailleurs, parce que c’est toujours le cas aujourd’hui.

Fredzone.org a donc été acheté le 28 avril 2005, et il m’aura donc fallu un peu plus de deux ans pour me décider à en faire quelque chose. Pourquoi tant de temps ? Officiellement, on dira que c’est parce que votre serviteur a énormément planché sur la question, analysant chaque CMS pour être sûr de son choix. La vérité, bien sûr, est toute autre. La faute à Blizzard et à World of Warcraft.

C’est donc le 29 mai 2007 à 12h08 que j’ai écris mon tout premier article, un truc pas terrible qui parlait de toutes ces vidéos pirates qu’il était à l’époque possible de trouver sur YouTube. Parce que bon, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce dernier n’a pas toujours été aussi propre que maintenant. Et lorsque vous vouliez regarder vos séries préférées à l’époque, vous n’aviez absolument pas besoin de fouiner dans le web underground pour trouver votre bonheur. Quelques mots-clés balancés sur YouTube suffisaient amplement.

En écrivant ce premier article, je n’aurais jamais pensé en écrire 9.999 autres. Vraiment pas. Il faut dire aussi qu’un article me prenait facilement deux ou trois heures à écrire. Bien heureusement, et pour reprendre le célèbre adage, c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

Oui, et on peut dire que toutes ces années ont été très riches d’enseignement. Alors bien sûr, j’ai commis un certain nombre d’erreurs. Je les assume toutes, parce que ce sont justement ces dernières qui m’ont permis d’apprendre le plus de choses. On a beau dire mais le meilleur moyen pour ne rien rater, c’est de ne rien entreprendre et de rester donc là, les bras croisés sur sa chaise, le regard perdu dans le vide, en attendant que le temps passe. Non, contrairement à ce qu’on nous serine tout au long de notre scolarité, contrairement aux discours que l’on entend parfois en entreprise ou en agence, le meilleur moyen d’apprendre et de se surpasser, c’est de se planter.

Et c’est important d’apprendre, c’est important de chercher à se surpasser, parce que c’est finalement ce qui allume cette petite lueur dans notre regard, c’est précisément ce qui nous rend vivant et ce qui nous donne en plus envie de nous lever chaque matin. Le revers de la médaille, c’est que ça nous change. Pas radicalement, bien sûr, mais ça nous fait grandir, ça nous fait évoluer et c’est peut-être pour cette raison que beaucoup de gens ont l’impression que la blogosphère a énormément changé ces dernières années.

Je sais que ces changements ne plaisent pas à tout le monde, mais pouvait-il en être autrement ? Tenir un blog à jour demande beaucoup d’investissement personnel, beaucoup de temps et beaucoup de rigueur. En toute sincérité et contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est vraiment dur. Surtout lorsqu’on s’impose un rythme de publication soutenu. Là, il n’y a pas le choix, il faut se lever tôt, se coucher tard, bosser pendant ces week-end et oublier ses vacances. Le blogueur, les 35 heures, il ne les connait pas et le plus drôle, dans cette histoire, c’est qu’il est en plus très loin de rouler sur l’or.

C’est précisément pour cette raison qu’un bon nombre de blogs ont tout simplement disparu de la toile. Tenir sur la durée tout seul, ce n’est pas facile. Surtout quand les statistiques ne suivent pas, surtout quand on doit jongler avec une vie de famille et une carrière professionnelle à côté. Dans ce contexte, on comprend pourquoi les survivants de la blogosphère ont du se professionnaliser, on comprend également pourquoi ces derniers ont eu besoin de mettre en place des dispositifs pour monétiser leurs pages.

Oui, je parle bien de la publicité, cette même publicité que vous exécrez mais qui est aujourd’hui indispensable à la vie – ou plutôt à la survie – d’un site. Comment voulez-vous passer autant d’heures à alimenter un site sans gagner votre vie ? C’est mathématique, lorsqu’on souhaite augmenter la fréquence de publication d’un site, on doit nécessairement dégager plus de temps. Et une fois que l’on a rogné sur nos loisirs, il ne reste plus qu’une seule possibilité : rogner sur notre temps de travail, et donc soit quitter son boulot, soit opter pour un temps partiel. Malheureusement pour nous, il est aujourd’hui très difficile, voire impossible, de vivre sans argent. Quand on vit seul, encore, on peut prendre sur soi, bien sûr, mais l’équation n’est certainement pas la même lorsqu’on partage sa vie avec quelqu’un, et encore moins lorsqu’on a des enfants.

Toute la difficulté de l’opération étant de trouver un juste équilibre entre le confort de l’internaute et la monétisation d’un site. Ce n’est pas toujours merveilleux, évidemment, mais sachez tout-de-même que j’ai opté de mon côté pour les formats les moins intrusifs, et donc les moins rémunérateurs. Je continuerai d’ailleurs à travailler dans ce sens, en expérimentant de nouvelles formules, et en prenant évidemment en compte vos retours et vos observations. Comme je l’ai souvent fait, évidemment. Certains d’entre vous m’ont également demandé de mettre en place un système d’abonnement sans publicité, et je pense que je vais commencer à réfléchir sérieusement à cette option.

Donc la blogosphère a changé, c’est un fait, mais c’était finalement dans l’ordre des choses et ce n’est pas parce qu’un blog regroupe plusieurs rédacteurs, ou qu’il met en place des solutions de monétisation, qu’il n’est plus… un blog. Ce n’est pas non plus parce qu’un blog se professionnalise qu’il trahit ses origines et qu’il tourne le dos à sa propre nature. Un blog, finalement, c’est comme un individu, ça évolue fatalement au fil des années.

Bon, tout ça, c’est formidable et maintenant alors ?

En toute franchise, je n’ai aucun projet. Enfin si, j’ai plein d’idées, mais je ne compte pas changer mon fusil d’épaule et j’ai donc bien l’intention de continuer sur la même lancée en partageant avec vous tous les sujets qui me plaisent et qui me fascinent. On continuera donc ensemble sur une ligne éditoriale complètement bordélique avec de l’actualité, des séries, des tutoriels, des concours et tout le tralala habituel. Je ferai donc de mon mieux pour vous amuser, pour vous détendre, pour vous faire découvrir de chouettes choses et même pour vous informer.

Et j’espère sincèrement que ça vous plaira.

On peut difficilement écrire ce genre d’articles sans inclure les remerciements d’usage. J’en profite donc pour vous remercier tous autant que vous êtes parce que c’est vous qui me donnez envie de me lever aux aurores pour vous préparer des articles. Je sais que vous êtes quelques uns à me suivre depuis plusieurs années et c’est vraiment de chouette. Merci aussi à tous ceux qui m’envoient des mails, des mp, des pigeons pour partager leurs découvertes ou pour me faire de gentils compliments. Ca fait vraiment chaud au coeur.

Je tiens également à remercier tous ceux qui ont déjà écrit pour la Fredzone, comme JoCo, Louis et Jeremy. Grosse pensée d’ailleurs pour ce dernier parce qu’il fait un boulot de dingue. Vraiment. Et si nous en sommes aujourd’hui au 10.000ème article, c’est aussi grâce à lui. Voilà et puis on se marre bien en plus.

Et puis, il y a la famille. Ma femme, qui supporte cette activité chronophage et qui ne m’engueule jamais, y compris quand je bosse le week-end ou quand je ne pars pas en vacances avec elle. Ma femme, donc, et aussi ses deux filles, mes deux belles-filles, parce qu’elles m’inspirent chaque jour passé à leur côté et parce qu’elles font de moi un homme meilleur. Et il y avait vraiment du boulot, en plus.

Enfin, je tiens à remercier une autre personne qui tient une grande place dans mon coeur. Il s’agit de ma fille, qui arrivera en juillet prochain et qui justifie à elle seule tous les pires moments de ma vie.

Crédits PhotoSeverin Keizer