2035 sera assez merdique selon le renseignement américain

Le National Intelligence Council, une branche des services de renseignement américain, fait souvent dans la prospective. Chaque président nouvellement élu reçoit ainsi un rapport portant sur les vingt années à venir. La dernière version de ce rapport vient de paraître et elle ne laisse aucune place au doute : 2035 sera vraiment une année merdique.

Le rapport en question comporte très exactement 235 pages et il est disponible en accès libre à cette adresse, en anglais.

2035

Le monde risque de changer d’ici 2035… et pas forcément dans le bon sens.

Relativement dense, il se compose de plusieurs parties distinctes et il s’attarde notamment sur la situation actuelle, mais également sur les tendances qui définiront la société de demain.

Les conflits interétatiques vont augmenter dans les années à venir

Et autant vous prévenir de suite, la situation est loin d’être mirobolante.

Selon le NIC, le nombre de conflits interétatiques devrait ainsi augmenter considérablement dans les vingt années à venir. Les intérêts des puissances étatiques risquent effectivement de diverger de plus en plus, ce qui aura pour effet de pousser les chefs d’État à verser dans un protectionnisme aux relents de nationalisme.

Pour ne rien arranger, la nature des conflits sera aussi amenée à évoluer. Les groupes non étatiques comme les activistes, les gangs criminels ou même les terroristes continueront à mener des actions. Pire, grâce aux nouvelles technologies, leurs opérations risquent d’être de plus en plus meurtrières.

La nature même de la guerre risque par ailleurs de changer dans les années à venir. Les états auront de moins en moins besoin de soldats et ils auront ainsi recours à des technologies de pointe pour régler leurs conflits. Comme des drones, des robots ou encore des cyberattaques.

Histoire d’en remettre une couche, le NIC indique également dans son rapport que les risques liés aux armes nucléaires risquent d’augmenter considérablement dans un avenir proche. La prolifération nucléaire devrait en effet s’accentuer et il est même possible que l’effondrement des états les plus faibles permette à des groupes terroristes de mettre la main sur des armes de destruction massive.

Révolution

Les rapports entre le peuple et la classe dirigeante ne devraient pas s’améliorer dans les années à venir.

Une rupture consommée entre la classe politique et le peuple

L’agence estime également que les dirigeants auront de plus en plus de mal à gouverner leur pays. La rupture entre la classe politique et le peuple risque en effet de s’intensifier. Les états devraient par conséquent avoir de moins en moins de marge de manœuvre.

Fait intéressant, dans son rapport, l’agence pointe notamment du doigt les réseaux sociaux. Pour elle, ces plateformes contribuent à la défiance des citoyens pour leurs dirigeants.

Le document évoque aussi l’influence que peuvent désormais avoir certains médias sur l’opinion publique. Il cite pour exemple les révélations faites par WikiLeaks durant la dernière campagne présidentielle américaine.

En marge de ces basses considérations, le rapport s’arrête aussi sur le réchauffement climatique et sur l’impact qu’il aura sur notre avenir. D’après les experts du NIC, les phénomènes météorologiques extrêmes devraient ainsi s’intensifier dans les années à venir et provoquer bon nombre de catastrophes écologiques. Comme des incendies, des blackouts énergétiques ou même des pandémies.

Ils estiment aussi que la moitié de la population mondiale fera face à des pénuries d’eau potable. En parallèle, la qualité de nos sols devrait aussi se dégrader, ce qui aura des effets sur les cultures et sur la production de nourriture. Difficile évidemment de ne pas penser à l’avenir dépeint dans l’excellent Interstellar de Christopher Nolan.

Interstellar

Comme dans Interstellar, la qualité de nos récoltes risque de décroître rapidement.e

Trois scénarios possibles

L’agence n’en reste pas là. Vers la fin de son document, elle évoque aussi trois scénarios possibles pour 2035.

Dans le premier, le protectionnisme s’est étendu à travers le globe et des murs se dressent sur toutes les frontières des états. Le commerce mondial est en net recul et la croissance économique est en berne. En parallèle, le monde politique est devenu extrêmement instable et les finances publiques tendent dangereusement vers le rouge.

Cette situation provoque la chute des états les plus faibles. Toutefois, ceux qui ont capitalisé sur la science et la technologie finissent par trouver un second souffle, grâce notamment à l’avènement de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Le second scénario est encore moins réjouissant. Les États-Unis se sont totalement repliés sur eux-mêmes et la Russie, la Chine et l’Iran profitent alors de la situation pour imposer leur domination sur leur zone d’influence respective. Le ton monte rapidement entre les trois nations et une troisième guerre mondiale finit par éclater. Le monde est en grande partie ravagé.

Les États-Unis décident alors de sortir de leur mutisme et ils parviennent à désamorcer la crise avec l’aide de la Chine avant que l’arme nucléaire ne soit utilisée. Les grandes puissances décident alors de tout remettre à plat afin de tendre vers une paix durable.

incorporated

Incorporated, une dystopie dans laquelle les entreprises ont acquis plus de pouvoir que les états.

Le troisième scénario ne manque pas d’intérêt non plus. Dans ce futur alternatif, les groupes locaux ont profité du climat de défiance pour étendre leur zone d’influence et pour prendre le pas sur les gouvernements nationaux. Les entreprises deviennent de plus en plus puissantes et elles finissent par s’ingérer dans la vie de leurs employés en prenant en charge leur éducation, leur santé et leur logement.

Elles finissent par obtenir un pouvoir sans limites et par dicter leurs propres lois et leurs propres règles. En contrepartie, la technologie connaît un bon fulgurant et la société glisse progressivement dans un transhumanisme décomplexé. Du moins dans les nations riches.

Il reste un peu d’espoir

Les régimes les plus faibles, eux, finissent par tomber sous la coupe des extrémistes religieux et le monde finit alors coupé en deux.

Cette vision particulièrement pessimiste n’a rien de très réjouissant, c’est certain, mais le NIC n’en reste pas là. Le document propose aussi des solutions pour éviter que ces scénarios catastrophes ne se produisent. Il évoque notamment l’importance de maintenir une coopération à l’échelle nationale et il termine sur la nécessité de placer l’éducation, la transparence des réseaux d’information et la biodiversité au cœur de nos priorités.

Quant à savoir si Donald Trump prendra en considération les arguments avancés par l’agence, c’est une toute autre histoire.

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