60 000 vestiges de la civilisation maya ont été découverts au Guatemala

Philippe Nondédéo est chercheur au laboratoire Archéologie des Amériques (CNRS/Paris-I-Panthéon Sorbonne). Il est aussi mayaniste, c’est-à-dire un archéologue spécialiste de la civilisation maya, qui a prospéré entre 1000 avant J.-C. et 1500.

Le chercheur français et d’autres archéologues mènent des fouilles en pleine jungle tropicale sur un territoire immense de 95 000 km2 à cheval sur Bélize, le Guatemala et le Mexique.

Coba maya

Ces fouilles dans des conditions extrêmes ont permis de mettre au jour une multitude de structures maya qui, jusqu’à présent, étaient demeurées cachées aux yeux du monde.

Une étude d’envergure menée dans la jungle du Guatemala

L’étude internationale cosignée par Philippe Nondédéo est financée par une ONG guatémaltèque, baptisée la fondation Pacunam (Patrimoine culturel et naturel maya). Elle s’étend sur douze secteurs du Guatemala tapis dans la touffeur, la chaleur et la moiteur d’une jungle tropicale. La végétation a depuis longtemps recouvert cette région autrefois habitée puis abandonnée par les Mayas. Et bien souvent, les vestiges sont recouverts par le sol et l’immense végétation, de sorte qu’il faut recourir à des technologies de pointe pour les découvrir.

L’équipe d’archéologues a mené des fouilles sans précédent dans cette région en se servant de lidar, sorte de radar embarqué dans un aéronef, qui remplace les ondes radio par des impulsions laser. Cette technologie permet de scanner une zone donnée en supprimant la végétation comme par magie. Ce qui permet de révéler tous les détails topographiques sous-jacents, naturels ou artificiels. La campagne lidar d’envergure réalisée par Philippe Nondédéo et ses collègues a ainsi permis de dévoiler une multitude de structures mayas qui étaient restées cachées jusqu’à présent. L’étude a été publiée le 28 septembre par Science.

Une civilisation maya très densément peuplée

Pour mettre au jour cet immense héritage de la civilisation maya, le lidar a dû explorer 2 144 kilomètres carrés de forêt, lancer 33,5 milliards de coups de sonde au laser et répertorier un total hallucinant de 61 480 structures humaines anciennes. Des vestiges ont été découverts dans pratiquement toutes les zones des douze secteurs explorés. Ce qui montre que le territoire maya était très densément peuplé, entre 80 et 120 habitants au kilomètre carré selon les estimations des chercheurs. En comparaison, le chiffre actuel est de 118 hab/km2 pour la France métropolitaine.

Les chercheurs pensent qu’entre 150 000 à 240 000 personnes vivaient jadis dans les douze secteurs explorés. Et ils estiment la population totale maya à entre 7 et 11 millions à la fin de l’époque classique (entre 600 et 900 de notre ère), ce qui est tout simplement « énorme ». Philippe Nondédéo recommande toutefois de pendre cette estimation avec prudence dans la mesure où il n’y a pas assez d’informations venant du terrain pour confirmer ce résultat.

« On passe notre temps à réviser les chiffres : il y a quelques années on estimait à 50 000 personnes la population du grand site de Tikal. On est revenu à une estimation plus mesurée comprise entre 15 000 et 18 000 habitants », dit-il.

Une agriculture intensive dans des zones très peuplées

L’étude a également permis de mettre au jour une autre facette du peuple maya : celle d’une agriculture différente du schéma classique. En effet, on pensait jusqu’à présent que les Mayas avaient un système agricole classique, avec des centres urbains très peuplés et des zones rurales beaucoup moins peuplées où se pratiquait une agriculture extensive. La nouvelle étude montre cependant que les zones rurales mayas étaient toutes aussi peuplées que les centres. Il n’y avait donc pas de régions où l’on pratiquait de grandes cultures.

« Le lidar nous a montré des aménagements en terrasses sur des terrains légèrement pentus ainsi que de nombreux canaux en zones inondables qui servaient au drainage et à l’irrigation », explique Philippe Nondédéo.

Tout porte donc à croire que les Mayas avaient réussi à repenser leur agriculture de sorte à pouvoir pratiquer une agriculture intensive à productivité élevée, dans des zones densément peuplées. Mais rien n’indique cependant une surexploitation des terres. L’effondrement de la civilisation maya ne serait donc pas lié à leur agriculture selon le chercheur français.

De nombreuses années de recherche seront sans doute encore nécessaires pour mieux comprendre le fonctionnement de la civilisation Maya, et la ou les causes de sa disparition.

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