A la recherche de la plus vieille glace de la planète

En 1965, un glaciologue français du nom de Claude Lorius a soupçonné l’existence d’un lien entre le changement climatique et l’évolution des concentrations de gaz à effet de serre. En 1995, un projet qui pourrait permettre de vérifier sa théorie avait été lancé.

Baptisé EPICA pour « European Project for Ice Coring in Antarctica », celui-ci rassemble la France, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni.

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Durant des années, les scientifiques du consortium ont passé en revue la calotte glaciaire de l’Antarctique. Leur objectif est clair : prélever un échantillon de la plus ancienne couche de glace au monde. Jusqu’ici, la plus ancienne carotte glaciaire qu’ils ont trouvée a été obtenue d’EPICA, et porte le même nom.

Afin d’aller plus loin, le consortium vient de lancer un nouveau projet baptisé « Beyond EPICA-Oldest Ice » ou « Au-delà d’EPICA-La plus vieille glace ».

Une énigme à résoudre

Le lancement du nouveau programme a été annoncé à l’occasion de la conférence annuelle de l’Union européenne des géosciences (EGU) qui a eu lieu à Vienne.

La carotte EPICA a été obtenue d’un forage de 3 270 mètres de profondeur. Elle a permis aux chercheurs de comprendre une certaine partie de l’histoire de l’atmosphère terrestre au cours des 800 000 dernières années.

Par contre, après avoir procédé aux analyses, ils ont abouti à une énigme. En effet, les résultats ont révélé que depuis 900 000 ans environ, le climat a été caractérisé par l’alternance de périodes glaciaires et de périodes chaudes. Les cycles s’étendaient entre 40 000 ans à 100 000 ans.

« Les concentrations de CO2 ont également changé en même temps : faibles valeurs pendant les périodes glaciaires, valeurs élevées pendant les périodes chaudes », a ajouté Hubertus Fischer, responsable de l’équipe suisse au Centre Oeschger de l’Université de Berne, dans un communiqué.

L’équipe a donc cherché plus loin à l’aide d’un radar. Ils ont évalué des forages à des profondeurs allant jusqu’à 400 mètres (1 300 pieds). Finalement, pour les cinq prochaines années, ils ont choisi de chercher sur le Little Dome C. Il s’agit de l’un des endroits les plus froids et les plus stériles de la planète. Le site est situé à trente kilomètres de la station de recherche Concordia.

Le choix du Little Dome C, aussi surnommé Dôme Charlie, a été établi à partir de trois critères : l’ancienneté de la glace (au moins 1,5 million d’années), les chances de réussite de la recherche scientifique et la stabilité des couches.

Des modèles fondés sur ce qu’il est advenu dans le passé

« Nous savons que notre climat change », a noté Olaf Eisen, coordinateur de la mission, de l’Institut Alfred Wegener (AWI), à Bremerhaven.

« Ce que nous ne comprenons pas encore parfaitement, c’est comment le climat du futur répondra à l’augmentation des gaz à effet de serre dans notre atmosphère après 2100 et s’il y a des points critiques dans le système dont nous ne sommes pas au courant. » Il a souligné qu’il est utile de comprendre ce qui se passe lorsque la durée des cycles climatiques naturels change.

« Si nous voulons prévoir l’avenir du climat, avec l’augmentation des gaz à effet de serre, nous devrons utiliser des modèles, qui seront fondés sur ce qu’il est advenu dans le passé », a souligné Catherine Ritz, climatologue et géographe spécialisée en glaciologie, auprès de la BBC.