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Andrzej Sapkowski et les jeux The Witcher : Une histoire compliquée…

C’est au cours d’une double interview sans concessions réalisée par Waypoint, qu’Andrzej Sapkowski (romancier polonais à l’origine de la saga Wiedźmin – traduit par The Witcher en Anglais) et Dmitry Glukhovsky (auteur des romans d’anticipation Metro), ont eu l’occasion de montrer à quel point leurs positions respectives étaient différentes sur la question des adaptations vidéoludiques de leurs œuvres.

Car si depuis son fief de Moscou Dmitry Glukhovsky considère devoir une partie de son succès aux jeux Metro 2033 et Metro Last Light, celui à qui l’on doit l’univers enivrant de The Witcher n’est pas vraiment du même avis, allant même jusqu’à reprocher aux titres de CD Projekt Red de faire du tort à ses romans.

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Dans une interview récente, Andrzej Sapkowski (auteur des livres The Witcher) n’a pas hésité à attaquer CD Projekt Red, développeurs des jeux adaptés de sa saga

C’est ce qu’il est possible de lire dans les lignes de l’article de Waypoint dont nous vous recommandons chaudement la lecture. L’auteur polonais, très connu et apprécié dans son pays, estime que sa visibilité sur le plan international n’est pas du fait des jeux du studio varsovien, et tend même à tirer toutes les couvertures à lui – quitte à faire l’impasse sur certains faits pourtant bel et bien établis…

Andrzej Sapkowski, un écrivain qui ne porte pas le jeu vidéo en haute estime

Pour l’homme de 69 ans – qui explique non sans une certaine fierté ne jamais avoir touché à un soft, et ne pas en avoir l’intention – le jeu vidéo est un piètre support pour toute verve littéraire, et ne vaut d’ailleurs pas grand-chose sur le plan culturel.

Un point de vue qui fera sans aucun doute bondir plus d’un joueur, mais que le sexagénaire exprime pourtant très clairement, et avec un mépris à peine dissimulé : « Quelle substance peut-il y avoir dans des lignes de texte lorsque le héros gambade dans la forêt en parlant à un écureuil ? (…) Il n’y a pas de place pour la profondeur ou le langage soutenu, alors que c’est ce qui permettrait à ces jeux d’élever culturellement« .

Le succès des jeux à l’étranger dû à Andrzej Sapkowski et non à CD Projekt Red ?

Mais au-delà de son avis sur le jeu vidéo de manière générale, Andrzej Sapkowski n’hésite pas attaquer les créateurs des trois opus vidéoludiques de The Witcher.

Si ce dernier reconnait leur talent en tant que développeurs et admet que The Witcher 3 : Wild Hunt est un titre de grande qualité (enfin sauf sur le plan littéraire visiblement), l’homme n’apprécie pas que l’on attribue à CD Projekt Red son propre succès à l’international. Selon lui, sa saga était déjà populaire à travers l’Europe bien avant la création des jeux en eux-mêmes.

« L’idée, largement répandue par CD Projekt Red, selon laquelle les jeux m’ont fait connaître à l’extérieur de la Pologne est totalement fausse. (…) C’est moi qui ai rendu ces jeux populaires. Toutes mes traductions pour l’ouest – y compris la traduction anglaise – ont été faites avant la sortie du premier jeu« .

Seulement voilà, la sortie mondiale de The Witcher 1 coïncide à quelques mois près à la date de première parution en langue anglaise de The Last Wish (Le Dernier Vœu), premier recueil de nouvelles traitant de l’univers de Geralt De Riv, traduit en 2007 (et une nouvelle fois en 2008).

La « paternité » de ce succès à l’international est donc difficile à attribuer de manière certaine.

Un point de vu loin d’être partagé par Dmitry Glukhovsky

C’est même le moins que l’on puisse dire, l’écrivain russe n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins pour qualifier les allégations de son confrère : « Je pense qu’il a tout faux et que c’est un connard arrogant« . Quand on vous disait en début d’article qu’il s’agissait d’interviews « sans concessions »…

Allant à l’opposé d’Andrzej Sapkowski, le Moscovite estime pour sa part que marcher main dans la main avec les développeurs ukrainiens de 4A Games a été une excellente chose pour « promouvoir la franchise Metro« . Le trentenaire avait d’ailleurs été jusqu’à proposer son aide au studio, en vue de participer à la création du scénario pour Metro Last Light.

Un état d’esprit radicalement différent qui illustre peut-être l’incontournable notion du « fossé des générations ».

Crédit illustration

Nathan

Breton (presque) pure souche, Nathan est un nerd mordu d'Histoire avec un grand H et de Rock avec un grand R. Selon lui, en matière de musique, plus c'est vieux... mieux c'est.