Bientôt sur vos écrans, la sextape (solo) de Fred

Internet ne sera bientôt plus le même. Un hacker va en effet diffuser d’ici quelques heures ou quelques jours une sextape entièrement tournée à l’insu de votre humble serviteur. A moins bien entendu que ce dernier ne lui verse une somme de 3500 $. Le moment est sans doute bien choisi pour préparer le pop-corn et les mouchoirs.

Comme souvent, tout commence par une histoire un peu banale, une histoire dans laquelle chacun – ou chacune – peut se reconnaître.

Fred Sopalin

Mardi, 23 heures. Je me prépare à prendre un repos bien mérité lorsque mon téléphone se met à vibrer. Il est tard, les bruits de perceuses et de scies du chantier d’à côté résonnent encore dans ma tête et mon lit m’appelle.

Je lance tout de même Gmail sur mon smartphone du moment, par acquit de conscience.

Et là, surprise. L’entête du message contient ma date de naissance. Étrange, d’autant que l’expéditeur – un certain Monti Viel – m’est totalement inconnu. J’ouvre donc le message, rédigé en anglais. Il s’agit d’un courriel de menace.

L’homme – ou la femme – qui en est à l’origine me menace en effet de rendre publique une vidéo tournée à mon insu, une vidéo enregistrée à l’aide d’un logiciel espion laissé sur un site pour adultes. Histoire d’appuyer son propos, il m’indique que « 300980 » est l’un de mes mots de passe.

Cela ne fait aucun doute, ma réputation numérique, ou plutôt ce qu’il en reste, ne s’en relèvera pas. Pire, le hacker m’apprend que son logiciel de prise de contrôle à distance lui a permis d’enregistrer tous les mots de passe saisis durant ma session – dont le fameux « 300980 » – et de récupérer l’intégralité de mes différents carnets d’adresses.

Encore plus incroyable, le hacker a également réussi à récupérer le flux de ma webcam et il en a en plus profité pour faire un montage de son cru, un montage composé en première partie de la vidéo que j’étais en train de regarder au moment des faits et, en seconde partie, du flux de ma webcam.

Je sens soudainement mon parquet noname Leroy Merlin se dérober sous mes pieds. Stupeur. Tremblement. Même Amélie Nothomb n’aurait jamais pu imaginer ça.

Mon coeur commence à battre plus vite. Je m’accroche à la rambarde de l’escalier pour garder l’équilibre. Des tremblements spasmodiques secouent tout mon corps. Mes testicules se contractent. Crise de panique.

Ma vie est fichue. Pire, cette vidéo détruira aussi ma famille. Elle brisera le cœur de ma femme. De ma fille. De mes belles-filles. Et aussi de mon chat. Simon a toujours été un sensible et cela se voit à sa manière de torturer les papillons qui osent s’approcher d’un peu trop près de la terrasse.

Il faut que je reprenne le contrôle. Je ferme mes yeux. J’inspire à fond. J’expire doucement. Je recommence. Encore et encore.

Mon coeur se calme, les tremblements s’estompent et mes testicules… ma foi, laissons-les là où elles sont.

Le calme est revenu. Mon cerveau s’active. Il doit forcément exister une solution, une porte de sortie, un dernier estoc à porter avant le coup fatal. Mes yeux continuent à parcourir le contenu du courriel.

Elle est là, la solution. Le hacker me donne le choix. Si je ne fais rien, alors il enverra ma sextape solo personnelle à l’ensemble de mes contacts en faisant croire à une maladresse de ma part.

Mon dieu, et si le montage est à chier ?

La seconde solution consiste à lui verser un montant de 3500 $ par Bitcoin, à l’adresse 1FodnT6ZPNFY3YdQ5ZPTM5iK7EmiupRvVR.

Très pédagogue, le hacker m’explique que l’adresse en question est sensible à la casse. Je dois donc faire attention en la copiant. Il m’invite également à faire des recherches sur Google afin de connaître la marche à suivre pour procéder au paiement.

Et la police, alors ? Mon hacker me déconseille de me tourner vers les forces de l’ordre. Son courriel ne peut pas être tracé. Il a couvert ses traces, sans doute comme l’aurait fait Elliot dans Mr Robot.

Plus loin, il m’explique qu’il cherche seulement à être indemnisé – son montage doit valoir de l’or – et qu’il ne demande pas beaucoup d’argent.

Il me déconseille aussi de l’ignorer. Il a en effet placé un pixel spécial dans le courriel afin de savoir quand il sera lu et il me donne une journée pour procéder au paiement. Les heures me sont comptées.

Et si je tentais de le raisonner ? De lui expliquer ? Peine perdue. Mon hacker n’a pas de temps à perdre et il l’indique clairement dans le courriel.

Mais alors, peut-être est-ce un simple canular ? C’est possible, mais il me donne la possibilité de le vérifier. Il suffit en effet de répondre avec un simple « Yeah » pour que ma sextape soit envoyée à plusieurs de mes amis. C’est beaucoup trop risqué. Et s’ils la partageaient à leur tour ?

Il m’arrive souvent de recevoir des courriels un peu décalés ou même franchement bizarres. La plupart du temps, ils finissent à la trappe, au fond de ma corbeille, là où le soleil ne brille jamais.

Ce message, en revanche, a pas mal retenu mon attention. Il faut dire aussi qu’il est un peu plus personnalisé que les autres. Mon adresse mail est clairement visible, de même pour ma date de naissance.

Et puis, à première vue, son histoire semble tenir la route.

Trouver un logiciel espion capable d’enregistrer les caractères saisis à l’aide du clavier et de récupérer le flux d’une webcam n’a rien difficile. Et avec une campagne vérolée bien placée sur un réseau programmatique de seconde main, il est parfaitement possible de toucher une large cible.

Le truc, c’est que l’auteur de ce message ne me connaît pas aussi bien qu’il semble le croire. Du tout, même. Si c’était le cas, alors il saurait que mon PC  n’a pas de webcam. Quant à mon prétendu mot de passe, il ne provient certainement pas d’un site pour adultes.

La dernière fois que j’ai utilisé ma date de naissance comme mot de passe, c’était effectivement à l’époque de GOA et de l’offre illimitée de ce bon vieil AOL (« Vous avez du courrier »), une époque où le 56K régnait en maître et où mon porno provenait principalement de newsgroups autrichiens spécialisés dans les MILF peu farouches et dans les glory holes amateurs.

Mais alors, comment a-t-il eu toutes ces informations ? La réponse est assez simple. Mon adresse mail est publique. Et pour ma date de naissance, il suffit d’aller faire un tour sur Facebook ou sur toute autre plateforme sociale pour la trouver. Sachant que la plupart des gens utilisent leur propre date de naissance comme mot de passe, notre hacker avait de bonnes chances de tomber juste. En réalité, c’était même assez futé de sa part.

Supposons maintenant que cette vidéo existe réellement et qu’elle soit en possession de l’auteur de ce message. Aurais-je réellement intérêt à lui verser la semaine demandée ?

La réponse est bien évidemment non. Pour commencer, rien ne dit que le hacker supprimera réellement la vidéo après avoir reçu le paiement. Lorsque vous tombez sur un gros poisson, autant de ne pas le relâcher trop vite.

Ensuite, cette fameuse vidéo pourrait tout à fait vous rapporter de l’or.

Internet n’est en effet pas une zone de non-droit et nous en avons régulièrement la preuve. Les harceleurs sont désormais condamnés et il en va de même pour toutes les personnes s’adonnant au revenge porn. D’ailleurs, même les professionnels de l’upskirt s’exposent désormais à des poursuites et des sanctions.

Encore mieux, dans la plupart des cas, les victimes sont lourdement indemnisées et cette fameuse vidéo pourrait donc vous rapporter gros avec un bon avocat derrière.

En tout cas, si vous voyez un beau matin passer une vidéo de votre humble serviteur avec le pantalon sur les chevilles, il ne faudra pas vous étonner. Oui, et n’oubliez pas : nous faisons tous une drôle de tête face à un bon porno, alors ne me jugez pas. Merci.

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