Blogueurs : aidez les Restos du Coeur !

Quand on blogue sur des sujets high-tech, on passe souvent son temps à parler de trucs vraiment très très chers qu’on est bien peu nombreux à pouvoir s’offrir. Et on oublie aussi souvent que des gens ont même à peine les moyens de s’acheter de quoi se nourrir, eux et leur famille. Pour la seconde année consécutive, Danone et le groupe Carrefour ont lancé une vaste opération qui repose sur un concept relativement simple : pour chaque billet publié dans la blogosphère, ce seront dix repas qui seront offerts aux plus démunis d’entre nous.

Et en toute franchise, une petite voix cynique au fond de moi me dit que c’est un peu de la connerie. Avant de me jeter des fourchettes dans les yeux, je tiens à vous exposer mon point de vue sur la question.

Offrir des repas aux démunis, c’est normal. Je n’aime pas trop parler de moi mais ma jeunesse un peu trouble m’a souvent amené à fréquenter les Restos du Coeur. Bon, je n’ai jamais été SDF, hein, mais c’est quand même pas passé loin. Alors forcément, dans ce contexte, on peut dire que ce sujet me touche tout particulièrement et, lorsque Damien m’a contacté pour me parler de cette opération, c’est le plus naturellement du monde que j’ai décidé de rédiger cet article.

C’est évident, je salue cette initiative. Des groupes comme Danone et Carrefour brasse pas mal d’argent et, surtout, beaucoup de denrées. Que des firmes décident de filer un coup de pousse à ceux qui ont du mal à trouver de quoi mettre dans leur assiette, c’est donc tout à fait louable.

Ce qui me chagrine, en revanche, c’est que cette opération se fasse en échange de quelque chose. Entendons-nous bien, pour un blogueur, écrire un billet sur le sujet, ce n’est pas la mer à boire. Bien au contraire, j’ai même envie de dire que c’est le minimum. Si l’on peut rendre service, c’est tant mieux. Mais les chaînes de ce genre ne devraient pas attendre après les blogueurs pour faire quelque chose.

De la même manière, mon père a bossé longtemps pour un de ces groupes (ni Danone, ni Carrefour, je tiens à le préciser). Et il m’en a parlé en long, en large et en travers. Ce que les gens ne savent souvent pas, c’est que les invendus périmés finissent souvent à la benne.

Alors qu’ils pourraient remplir les assiettes de pas mal de gens.

Je suis peut-être un con d’idéaliste, et je l’assume pleinement, mais je pense que c’est en amont qu’il faudrait faire quelque chose. Plus le temps passe et plus les richesses sont mal réparties. On a des politicards qui alignent plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois en bouffant à tous les râteliers (cumul des mandats oblige) et on a aussi à côté des gens qui crèvent de faim et qui sont souvent amenés à faire des choses profondément abjectes pour s’en sortir.

Et ça me gave.

Alors attention, hein, parce que je ne vaux pas mieux que les autres. Certes, il m’arrive d’aider, de filer des fringues, des trucs que je n’utilise pas, un peu de fric mais cela n’enlève rien au fait que je suis en train d’écrire ces lignes bien au chaud chez moi et sur une machine qui vaut plus de 1.500 €.

Et le plus dur, dans tout ça, c’est que les pauvres, ces mecs qui ont souffert comme j’ai pu souffrir moi-même, et bien je ne pense jamais à eux. Ou alors ponctuellement, furtivement, comme quand des groupes alimentaires lancent une jolie opération marketing pour s’acheter une bonne conduite et donner l’impression aux gros enfoirés de consommateurs que nous sommes qu’on peut changer le monde sans bouger le cul de chez soi.

Mais finalement, heureusement que je ne pense pas à eux, hein… Non parce que si c’était le cas, je pense que j’aurais un peu plus de mal à me regarder dans la glace.

Putain, ce qu’on est hypocrites quand même, hein…

Note : Précisons que je ne crache ni sur Danone, ni sur Carrefour. En fait, c’est sur la société et sur moi-même que je déverse mon fiel. Et les dix repas, et bah je participe parce que c’est quand même le minimum que je peux faire.

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