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Blue Peacock, ou quand l’Angleterre a voulu créer des mines nucléaires tactiques

Après la Seconde Guerre Mondiale, alors que l’Europe était en pleine reconstruction et que les États-Unis et l’URSS commençaient à se craindre mutuellement, dans un climat de guerre froide, les états-majors européens étaient de plus en plus inquiets à l’idée d’un éventuel assaut soviétique sur le vieux continent.

Comme le rappelle Popular Mechanic, c’est ainsi qu’en 1954 le Royaume-Uni a eu l’idée d’installer sur le sol allemand des mines nucléaires qui seraient chauffées par des poules. Oui vous avez bien entendu !

Crédits Pixabay

Le but était de freiner les Soviétiques en cas d’une attaque par l’Europe de l’Ouest.

Une mine d’une capacité d’un 1/2 fois la bombe d’Hiroshima

Après avoir subi les interminables bombardements de la Luftwaffe pendant la guerre mondiale, l’Angleterre était prête à tout pour empêcher la marche de l’Union soviétique sur l’Europe de l’Ouest. Il fallait donc mettre au point une arme suffisamment puissante pour freiner nette l’armée soviétique.

En 1954, le Royal Armament Research and Development Establishment a ainsi mis au point une arme terrifiante ayant pour nom de code : Blue Peacock.

Blue Peacock était la combinaison d’une mine et d’une ogive nucléaire. Il était constitué d’un cylindre métallique de deux mètres de diamètre à l’intérieur duquel se trouvait une bombe atomique similaire au Blue Danube, un engin utilisé par la Royal Air Force en 1955. L’ensemble pesait environ 7 tonnes et pouvait produire une détonation équivalant à la moitié de la puissance de la bombe d’Hiroshima. Enterrée à 10 mètres de profondeur, chaque mine était en effet capable de produire une détonation de 10 kilotonnes, laissant un cratère de 195 mètres de diamètre. Sans compter qu’après l’explosion, toute la zone deviendrait radioactive.

L’état-major britannique était tellement convaincu de la puissance destructrice de Blue Peacock qu’il en commanda 10 exemplaires en 1957.

En les faisant passer pour des générateurs, l’idée était de les faire parvenir en toute discrétion aux troupes anglaises stationnées en Allemagne de l’Ouest. En cas d’invasion imminente russe, l’armée anglaise devait enterrer ou submerger les mines nucléaires en Allemagne. L’explosion pouvait être programmée jusqu’à 8 jours à l’avance, et l’activation pouvait se faire à près de 5 kilomètres de distance. De quoi freiner sans risque une éventuelle attaque de l’URSS.

Des poules pour couver les mines

Si Blue Peacock était très intéressant d’un point de vue stratégique, un problème majeur subsistait cependant : le grand froid de l’hiver. En effet, pendant l’hiver le sol pouvait devenir particulièrement froid, au point de rendre défaillants les composants électroniques des mines enterrées. Il fallait donc trouver une solution pour contrer ce problème. Plusieurs méthodes furent étudiées, comme par exemple envelopper les bombes dans des couvertures isolantes. Mais une méthode particulièrement remarquable fut également suggérée pour protéger les mines du froid du sol : placer des poulets vivants à l’intérieur de l’engin.

Les poulets seraient placés à l’intérieur du boîtier avec de l’eau et de la nourriture; de quoi leur permettre de survivre environ une semaine. L’idée était de pouvoir maintenir les composants de la mine à une température de fonctionnement grâce à la chaleur corporelle des poulets. Cette proposition était tellement bizarre que lorsque le dossier Blue Peacock a été déclassifié le 1er avril 2004, les gens ont pensé que c’était un poisson d’avril.

Mais Tom O’Leary, responsable de l’éducation et de l’interprétation au National Archives, a répondu aux médias que : « cela peut sembler être un poisson d’avril, mais ça n’en est certainement pas un. L’armée ne fait pas de blague. »

En fin de compte Blue Peacock ne sera jamais utilisé, le ministère de la Défense britannique ayant ordonné son démantèlement en février 1958. Les raisons étaient qu’il n’était pas envisageable de planter des mines nucléaires chez un pays allié sans le prévenir, sans compter les risques de radioactivité incontrôlables et la taille trop imposante de l’engin. Pourtant deux prototypes de Blue Peacock furent construits, l’un d’entre eux étant exposé désormais au musée de l’Atomic Weapons Establishment, au Royaume-Uni.