Denisovans : une mâchoire a été retrouvée sur le plateau tibétain

La grotte de Baishiya Karst, dans le comté de Xiahe, dans le Gansu, en Chine,  est un site paléoanthrologique de haute altitude niché près de la base d’un imposant rocher au bord du plateau tibétain. La grotte est également un sanctuaire bouddhiste où les Tibétains se sont pendant longtemps retirés pour prier et guérir de la maladie.

C’est lors de l’une de ces retraites qu’un moine local est tombé par hasard en 1980 sur une mâchoire à deux dents énormes qui, bien qu’humaine, ne ressemblait pas du tout à celle des humains d’aujourd’hui.

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Crédits Pixabay (photo recadrée)

Une nouvelle trace de l’Homme de Denisova en Asie

Une nouvelle étude, publiée dans Nature, nous révèle enfin les secrets de cette ancienne mâchoire découverte en haute altitude dans la grotte de Baishiya Karst. Une analyse détaillée des caractéristiques physiques de la mandibule ainsi que des protéines qui y ont été extraites, a permis d’établir qu’elle remonte à environ 160 000 ans. D’après les archéologues, elle appartient à une population humaine énigmatique connue sous le nom de « Homme de Denisova » ou « Dénisovien ». L’Homme de Denisova partageait un ancêtre commun avec les Néandertaliens et était jusque là identifié à partir d’une phalange humaine fossile datée d’environ 41 000 ans, découverte dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l’Altaï, en Sibérie.

La mâchoire trouvée dans la grotte de Baishiya Karst, baptisée « mandibule Xiahe » d’après le nom du comté en Chine où elle a été trouvée, vient combler un grand vide dans notre connaissance de ce mystérieux ancêtre. En effet, bien des personnes vivant dans toute l’Asie et l’Australasie portent aujourd’hui l’ADN du Dénisovien dans leurs génomes, les seuls restes de Dénisoviens provenaient jusque là uniquement de la caverne de Denisova en Sibérie. La découverte de la mandibule de Xiahe dans un endroit qui se trouve à plus de 2 250 km de cette grotte sibérienne confirme que l’Homme de Denisova s’est aventuré beaucoup plus loin à travers le continent.

Les premiers hommes à vivre en très haute altitude

Les archéologues pensent qu’après que les ancêtres des Denisoviens se soient séparés de leurs parents néandertaliens il y a au moins 400 000 ans, ils se sont dirigés vers l’est en Asie, tandis que les premiers hommes de Néandertal se sont répandus en Europe et en Asie occidentale. Les hommes modernes ont d’abord quitté l’Afrique il y a environ 200 000 ans, par petits nombres puis par vagues. Ils ont fini par rencontrer et se mêler à des Néandertaliens au Moyen-Orient. Ceux qui se sont déplacés vers l’est en Asie ont rencontré des résidents Denisoviens, dont on retrouve les empreintes génétiques chez les Asiatiques encore aujourd’hui.

D’après les archéologues, c’est une de ces empreintes génétiques des Denisoviens qui aide les Sherpas modernes et les Tibétains à s’adapter à la faible quantité d’air sur le toit du monde. Toutefois jusqu’à présent, les seules preuves de la présence des Denisoviens n’avaient été découvertes qu’à une altitude relativement basse d’environ 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans la grotte de Denisova. Mais la découverte de la mandibule de Xiahe à une altitude approximative de 3 280 mètres est la première preuve physique que les Denisoviens se sont aventurés à la même altitude que les humains modernes qui portent l’adaptation génétique à des environnements à faible teneur en oxygène.

Il existe encore beaucoup de zones d’ombres dans notre connaissance des Denisoviens, car d’après une étude publiée plus tôt cette année, ceux que nous appelons les Denisoviens pourraient en réalité constituer trois lignées génétiques totalement distinctes. Dans ce cas, il serait difficile pour l’heure de dire à quelle lignée appartenait l’homme dont la mâchoire a été découverte dans la grotte de Baishiya Karst. Les scientifiques pensent cependant que la mâchoire pourrait révéler d’autres indices qui aideront à mieux comprendre l’évolution de l’homme en Asie.

Mots-clés anthropologie