Des particules radioactives ont été retrouvées dans la Fosse des Mariannes

À la suite des essais d’armes thermonucléaires réalisés durant la Guerre froide, la quantité de carbone 14 dans l’atmosphère a doublé. Vers les années 90, sa présence dans l’air a diminué d’environ vingt pour cent. Selon les scientifiques, les particules de carbone radioactif seraient tombées dans les océans. Récemment, des chercheurs ont découvert que des particules du carbone issu des bombes sont présentes dans l’organisme des créatures vivant dans la Fosse des Mariannes.

Notons que, jusqu’ici, cette dernière est la fosse océanique la plus profonde connue (-10 994 m). Située dans la partie nord-ouest de l’océan Pacifique, à l’est des îles Mariannes, c’est aussi l’endroit le plus profond de la croûte terrestre. Les conditions y sont extrêmes. La pression y est intense, les températures y sont glaciales et la nourriture y est rare.

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La nouvelle étude a permis aux chercheurs de mieux comprendre le mécanisme de survie des animaux qui vivent à une telle profondeur. Les résultats de la recherche ont été publiés dans Geophysical Research Letters.

Le long voyage s’expliquerait par la chaîne alimentaire

Les scientifiques ont précisé qu’il existe une très forte interaction entre les systèmes biologiques de la surface et des fonds marins. « Les activités humaines peuvent affecter les biosystèmes jusqu’à 11 000 mètres de profondeur. Nous devons donc faire attention à nos comportements futurs », telle est la conclusion de Weidong Sun, de l’Académie chinoise des sciences et co autour de l’étude.

Les chercheurs ont trouvé des concentrations similaires en carbone 14 chez les amphipodes des rivières Mariannes, près de Mussau et de la Nouvelle-Bretagne. Ils pensent que ces particules ont voyagé jusqu’à la fosse, car les animaux océaniques se nourrissent sélectivement des débris de la surface.

« Bien que la circulation océanique prenne des centaines d’années pour amener de l’eau contenant une bombe [carbone] dans la tranchée la plus profonde, la chaîne alimentaire y parvient beaucoup plus rapidement », a expliqué le géochimiste Ning Wang, de l’Académie chinoise des sciences.

Le carbone radioactif semble participer à la survie des crustacés

En outre, les scientifiques pensent que, paradoxalement, les particules radioactives ont aidé les créatures vivant dans les profondeurs océaniques à s’adapter et à survivre. Ils estiment également qu’elles pourraient expliquer la longévité des crustacés qui vivent dans la Fosse des Mariannes. En effet, les amphipodes d’eaux profondes ont une durée de vie cinq fois plus longue que ceux qui vivent dans des eaux peu profondes.

Un autre aspect intéressant de cette nouvelle étude est que les chercheurs ont pu détecter l’empreinte digitale de l’activité humaine dans les profondeurs de l’océan grâce au carbone issu des bombes.