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Gfendr, l’application qui veut sécuriser le travail du sexe

Gfendr n’est pas une application mobile tout à fait comme les autres. Elle a en effet été élaborée afin de protéger les travailleuses du sexe en centralisant leurs échanges avec leurs clients.

Cet outil un peu particulier est né en 2014 au Québec sous l’impulsion de Mélissa Desrochers, une ancienne doctorante en sciences sociales, et de deux camarades. Frappée par les conditions précaires des travailleuses du sexe, la fine équipe a eu l’idée de développer une application pour les aider à mieux gérer leurs rendez-vous et leurs clients.

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Ils ont travaillé d’arrache-pied pendant les quatre années suivantes en faisant appel aux services d’une ancienne prostituée reconvertie dans le travail social et en contactant plusieurs organisations spécialisées.

Gfendr, une application pour faciliter la vie des travailleuses du sexe

Gfendr est le fruit de cette collaboration. Disponible depuis le début de la semaine en version bêta, l’outil est accessible sur une simple inscription et il suffit ainsi de se rendre sur le site dédié pour créer son compte. Une fois les conditions d’utilisation acceptée, l’utilisateur aura la possibilité de définir son nom et son rôle.

L’outil fait en effet office de passerelle entre les travailleuses du sexe et leurs clients et il est donc ouvert à ces deux publics.

Une fois inscrite, la prostituée pourra accéder à une fiche détaillée et enrichir ainsi son profil avec une description, une localisation et divers médias présentant son activité et ses services. Elle aura aussi la possibilité de définir son affiliation et donc de préciser si elle est indépendante ou si elle travaille pour une agence ou pour un salon.

Pour aller plus loin, elle pourra aussi définir ses préférences sexuelles et indiquer par exemple si elle accepte le BDSM ou encore d’être filmée.

Lorsque tout sera en ordre, son profil deviendra tout de suite visible pour les autres utilisateurs de l’application et elle pourra donc être contactée par d’éventuels clients. La prise de contact se fera par le biais d’une messagerie privée et les deux parties auront donc toute la latitude pour convenir de leur rendez-vous et programmer ainsi leur rencontre.

Une application pour les prostituées et leurs clients

Le client aura lui aussi accès à ces critères, mais ces derniers serviront essentiellement à affiner sa recherche. Après avoir défini au moins deux critères, il verra ainsi apparaître une multitude de vignettes correspondant aux profils des travailleuses du sexe.

Gfendr n’interviendra pas dans l’organisation du rendez-vous et l’outil ne prélèvera pas le moindre centime à ses utilisateurs. En revanche, une fois la visite terminée, les prostituées auront la possibilité de laisser un commentaire et d’évaluer ainsi leur client.

De leur côté, les autres travailleuses du sexe auront accès à cette information et elles pourront ainsi savoir si le client s’est bien comporté avec leur collègue.

Pour le moment, Gfendr se focalise sur le marché canadien, mais deux cents profils ont été créés. Mélissa Desrochers est plutôt fière d’autant que l’outil est disponible en version bêta depuis le début de la semaine.

Elle a bien évidemment conscience que son application ne va pas régler tous les problèmes liés à la profession, mais elle espère qu’elle contribuera à protéger les travailleuses du sexe.

Le lancement de l’application se fait en effet dans un contexte tendu. Comme le rappelle Vice dans son article, la Cour suprême canadienne a invalidé en 2013 toutes les lois régissant le travail du sexe, confinant par la même occasion les prostituées à une certaine forme de clandestinité.

Un contexte politique tendu

Mélissa Desrochers pense pour sa part que cette décision est une erreur et elle estime ainsi que le sexe tarifé entre adultes consentants doit être accepté et encadré afin de permettre aux travailleuses du sexe de travailler dans les meilleures conditions possibles.

Si Gfendr est encore limité, l’application a précisément été pensée pour aider les prostituées à mieux définir leurs services et à se rapprocher de leurs clients.

Tout le monde ne voit cependant pas les choses de la même manière.

Sandra Wesley, la directrice d’une association locale de soutien aux travailleuses du sexe, estime en effet que l’application est illégale dans ce sens ou elle fait de la publicité pour des services sexuels, ce qui est formellement interdit par le droit canadien. Elle va même plus loin en accusant l’équipe d’encourager le sexe tarifé comme le ferait un proxénète. Elle s’attend ainsi à ce que Mélissa et son équipe soient poursuivies.

Cette dernière se veut cependant rassurante. De son point de vue, Gfendr se trouve dans une zone grise de la loi en ce sens où ce sont les travailleuses du sexe qui construisent leur propre profil.

Et en France ?

En France, la situation est un peu différente. Si la prostitution n’est pas illégale, la loi interdit formellement l’achat de services sexuels et toutes les activités associées.

Cela n’a cependant pas toujours été le cas. En 1802, l’hexagone avait ainsi mis en place un système de réglementation de la prostitution et les travailleuses du sexe devaient ainsi s’inscrire sur registre et passer des visites médicales mensuelles pour éviter la propagation des maladies.

Par la suite, de nombreux établissements spécialisés ont ouvert leurs portes, mais la loi Marthe Richard votée en 1946 a mis fin à l’expérimentation, contraignant par la même occasion les maisons closes à fermer leurs portes.

Bien sûr, cette loi n’a pas fait disparaître la prostitution pour autant.

Selon le Mouvement du Nid, la France comptait ainsi en 2015 entre trente et quarante-quatre mille prostituées.

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