Henrietta Lacks, la femme dont les cellules ont sauvé des millions de vies

Dans les années 1950, environ 15 000 femmes décédaient chaque année à cause du cancer du col de l’utérus. Henrietta Lacks, née il y a plus de 97 ans en Virginie du Sud, était une ancienne cultivatrice de tabac venue en ville pour trouver un emploi. En 1951, lorsqu’elle avait 31 ans, elle se rendit à l’hôpital Johns Hopkins pour se faire soigner : elle avait une tumeur fulgurante.

À cette époque, l’hôpital Johns Hopkins était le seul centre médical qui acceptait de recevoir des patients afro-américains. Bien qu’elle n’ait pas pu être sauvée, ses cellules sont encore vivantes jusqu’à aujourd’hui, 66 ans après sa mort. Le fait est que, contrairement aux cellules normales qui se divisent en moyenne quarante fois au cours de leur brève vie, celles d’Henrietta sont immortelles.

Les cellules de Lacks, baptisées cellules Hela, se multiplient indéfiniment sans présenter aucun signe de ralentissement. Elles ont contribué à l’élaboration du vaccin contre la polio. Plus de cinquante millions de tonnes de Hela ont été produites à travers le monde.

Un héritage inestimable

C’est le Dr Howard Jones, le gynécologue qui a examiné Lacks et qui a remarqué que ses cellules se multipliaient d’une manière inhabituelle. Sans obtenir le consentement de la famille de la patiente, il a remis les cellules Hela à des chercheurs de tous les États-Unis. L’un d’entre eux, Jonas Salk, les a utilisés pour créer le vaccin contre la poliomyélite.

Jusqu’en 2013, personne n’a réussi à expliquer l’étrange manière qu’avaient les cellules Hela de se multiplier. Le mystère a finalement été élucidé par une équipe de l’Université de Washington. Cette dernière a constaté que la multiplication effrénée de ces cellules est due à la rencontre entre le génome du virus HPV lié au cancer et les cellules cancérigènes d’Henrietta.

La toute première lignée cellulaire

Muant naturellement, la tumeur de Lacks était ainsi la toute première lignée cellulaire.

Notons qu’une lignée cellulaire est un groupe de cellules qu’il est possible de cultiver et de préserver indéfiniment.

Au début, les cellules Hela ont servi à en apprendre plus sur la croissance des cellules cancéreuses, sur la manière de les détruire et sur le génome humain. Elles ont également été utilisées pour étudier les bactéries, les hormones et les virus. Ensuite, elles ont été au cœur de nombreux articles scientifiques concernant la maladie de Parkinson, l’herpès, certains cancers ainsi que l’étude du clonage, de la génétique et de l’effet des radiations.

Malheureusement, la famille de Lacks n’a été informée de sa contribution à la science que trente ans plus tard. D’après le Dr Daniel Ford, actuel directeur de l’Institut Johns Hopkins pour la recherche clinique et translationnelle, à cette époque, « les chercheurs se laissaient souvent emportés par la science et oubliaient parfois le patient ».

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