Humains ou méga-organisme, telle est la question

Nos microbiomes amènent les scientifiques à remettre en question la définition de l’être humain. L’homme est-il une personne ou un « méga-organisme » ? L’idée d’individualité remonte à des siècles cependant, plus nous en apprenons sur notre corps plus la notion d’individualité devient floue. Aujourd’hui, bon nombre de biologistes s’accordent à dire que l’homme ressemble à une multitude d’organismes.

En février dernier, un article publié dans la revue PLOS postule que les microorganismes vivant dans la bouche, l’estomac et la peau de chacun « remettent en question notre concept de soi. »

La notion d’individualité fait l’objet d’une grande attention depuis des années. Le philosophe Gottfried Wilhelm Leibniz n’a établi une définition sur l’individu qu’en 1965.

Selon le Professeur d’anthropologie et de philosophie Tobias Rees, Leibniz a défini le sens de l’individualité en cueillant des feuilles et en réalisant que chacune était unique.

Le concept de soi par le Professeur Tobias Rees

D’après Tobias Rees, les humains faisaient partie d’un cosmos naturel offert par Dieu et ils étaient fusionnés à la nature. Les techniques et les artifices n’étaient dits que pour combler le vide laissé par cette dernière. Le développement des recherches scientifiques nous a conduits à penser davantage comme Leibniz. Des éléments tels que le cerveau, le système immunitaire et le génome semblaient nous rendre uniques.

Le Professeur explique également qu’au cours d’une conversation, le médecin Franz Gall affirme à Emmanuel Kant que la forme de son cerveau, son crâne était ce qui faisait de lui un philosophe. La plupart des philosophes se sont servis de cette déclaration comme point de transition vers un autre sujet : le cerveau individuel. Des milliers d’études sont ensuite lancées sur le cerveau qui est devenu le critère principal qui caractérisait un individu.

L’homme en tant que méga-organisme

En 1960, l’immunologiste australien Sir Frank MacFarlan Burnet remporte le prix Nobel pour son travail démontrant que le système immunitaire différenciait le soi du non-soi. La découverte de l’ADN par Watson et Crick a également donné plus de crédit à la notion d’individualité. Cependant, au fur et à mesure que les scientifiques se familiarisent avec le « microbiome », l’idée que l’homme est un organisme unique est reconsidérée.

Les scientifiques expliquent qu’il existe maintenant des preuves flagrantes sur le fait que le développement normal ainsi que l’entretien de l’organisme dépendent des microorganismes que nous hébergeons. Les microbes, qui constituent environ la moitié des cellules de notre corps, y exercent une influence considérable.

Une question de microbiomes

Les microbiomes influent sur de nombreux aspects du comportement des mammifères et des humains. Tout comme les médicaments, la télévision et les études. Est-ce que cela signifie que l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes doit s’apparenter aux médicaments que nous consommons ?

Les microbes peuvent produire des neurotransmetteurs comme la dopamine générant les sentiments d’euphorie et d’agression d’après le professeur de zoologie de l’université de Kiel Thomas Bosch. Il explique également qu’un déséquilibre au niveau de la flore intestinale peut être lié à certaines pathologies telles que l’autisme, la dépression, la maladie de Parkinson, l’Alzeihmer, les réactions allergiques.

Pourtant, ses recherches ne font que débuter.

Pour lui, cela ne signifie pas que les humains ne sont pas uniques – nous sommes tous différents les uns des autres – mais notre unicité ne provient pas seulement de la génétique ou de notre cerveau. Elle dépend également des autres organismes vivants au dehors et au-dedans de notre corps. Bosch affirme : « Ce qui était traditionnellement considéré comme faisant partie de l’être humain est en grande partie d’origine bactérienne, c’est-à-dire non soi. »

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