Humanzee, ou l’étonnante histoire de l’hybride chimpanzé/humain

Le humanzee (également connu sous le nom de Chuman ou Manpanzee) est un hypothétique hybride chimpanzé/humain. Les chimpanzés et les humains sont étroitement apparentés (partageant 95% de leur séquence d’ADN et 99% de séquence codante d’ADN), ce qui donne lieu à la spéculation contestée selon laquelle une hybridation serait possible entre ces deux espèces, et qu’il y en aurait même eu par le passé.

Les humains ont une paire de chromosomes en moins par rapport aux autres singes. Dans le génome humain, les chromosomes 2 et 4 des singes sont fusionnés en un grand chromosome (qui contient des restes du centromère et des télomères des chromosomes 2 et 4).

singe

L’hybridation chimpanzé/humain est-elle scientifiquement possible ?

Toutefois, avoir des nombres différents de chromosomes n’est pas un obstacle absolu à l’hybridation; des discordances similaires sont relativement fréquentes chez les espèces existantes, un phénomène connu sous le nom de polymorphisme nucléotidique.

En 1977, le chercheur J. Michael Bedford a découvert que les spermatozoïdes humains pouvaient pénétrer dans les membranes externes protectrices d’un œuf de gibbon (grands singes). L’article de Bedford indiquait également que les spermatozoïdes humains ne s’attacheraient même pas à la zone pellucide des primates non-hominoïdes (babouin, singe rhésus et singe écureuil), concluant que bien que la spécificité des spermatozoïdes humains ne soit pas limitée à l’homme, elle est probablement limitée aux Hominoïdes (Hominoidea) ou grands singes. La possibilité de créer un hybride chimpanzé/humain n’a toutefois jamais été démontrée scientifiquement.

Les expériences d’Ivanovich Ivanov

Ilya Ivanovich Ivanov a été la première personne à tenter de créer un hybride humain-singe. Dès 1910, il a fait une présentation au Congrès mondial des zoologistes à Graz, en Autriche, au cours de laquelle il a décrit la possibilité de créer un tel hybride par l’insémination artificielle.

En 1924, alors qu’il travaillait à l’Institut Pasteur de Paris, Ivanov obtint des directeurs la permission d’utiliser la station expérimentale de primates de l’Institut à Kindia, en Guinée française, pour réaliser des expériences d’hybridation. Ivanov a également tenté d’obtenir le soutien du gouvernement soviétique pour son projet. Il envoya des lettres au commissaire russe en charge de l’éducation et de la science, Anatoliy Vasilievich Lounatcharski, ainsi qu’à d’autres hauts fonctionnaires. La proposition d’Ivanov a finalement suscité l’intérêt de Nikolai Petrovich Gorbunov, le chef du Département des Institutions Scientifiques. En septembre 1925, Gorbunov apporta une aide de 10 000 dollars US à l’Académie des sciences de l’URSS (aujourd’hui l’Académie russe des sciences) pour les expériences d’hybridation homme-singe d’Ivanov en Afrique.

Ivanov arriva à Conakry en novembre 1926 accompagné de son fils, également nommé Ilya, qui l’assisterait dans ses expériences. Ivanov a supervisé la capture de chimpanzés adultes à l’intérieur de l’ancienne colonie, qui ont été amenés à Conakry et conservés dans des cages dans des jardins botaniques. Le 28 février 1927, Ivanov a inséminé deux chimpanzés femelles avec son propre sperme. Le 25 juin, son fils a inséminé un troisième chimpanzé avec son sperme. Les Ivanov quittèrent l’Afrique en juillet avec treize chimpanzés, dont les trois utilisés pour leurs expériences. Ils savaient déjà avant de partir que les deux premiers chimpanzés n’avaient pas réussi à tomber enceintes. Le troisième est décédé en France et n’a pas non plus été enceinte. Les chimpanzés restants ont été envoyés à une nouvelle station de primates à Soukhoumi (en Géorgie).

Ivanov a par ailleurs tenté d’organiser l’insémination de femmes humaines avec du sperme de chimpanzé en Guinée, mais ces plans se sont heurtés à la résistance du gouvernement colonial français et rien n’indique qu’une telle expérience ait été organisée là-bas.

Le cas du chimpanzé nommé Oliver

Il n’y a eu aucun spécimen scientifiquement prouvé d’hybride chimpanzé/humain. Toutefois, un chimpanzé de cirque nommé Oliver est devenu populaire pendant les années 1970, considéré comme un possible humanzee. Mais des tests génétiques menés à l’Université de Chicago ont conclu que, malgré l’apparence et le comportement inhabituel d’Oliver, il était un chimpanzé normal : il avait le même nombre de chromosomes que des chimpanzés normaux. Les revendications de « humanzee » pourraient avoir été simplement à des fins promotionnelles.

Malgré le rejet de cette théorie, l’héritage d’Oliver le prétendu humanzee persiste dans la culture populaire. La spéculation qui persiste depuis des décennies sur ses origines possibles d’hybride chimpanzé/humain a conduit à de nombreuses références, dont beaucoup satiriques ou du moins destinées à être humoristique. Par exemple, l’Église du Sous-Génie, une organisation religieuse satirique américaine, qui a un jour de fête tous les jours de l’année, a désigné le 20 octobre comme « La fête de saint Oliver le humanzee ».

Certains groupes musicaux font aussi référence à l’héritage d’Oliver, comme les Humanzees de l’Ontario. Oliver a également été régulièrement la vedette de la rubrique « Monkey News » de la célèbre émission radio comique britannique,  « The Ricky Gervais Show ».

Un cas d’hybridation chimpanzé/humain rapporté en Chine

Dans les années 1980, des rapports ont été publiés à propos d’une expérience de croisement entre humains et chimpanzés menée en République populaire de Chine en 1967 et sur la reprise planifiée de ces expériences. En 1981, Ji Yongxiang, chef d’un hôpital de Shengyang, aurait prétendu avoir participé en 1967 à une expérience au cours de laquelle une femelle chimpanzé avait été inséminée avec du sperme humain. D’après ce récit, l’expérience n’a pas abouti parce qu’elle a été interrompue par la Révolution culturelle de la Chine, les scientifiques responsables du projet ayant été mis au chômage et la chimpanzé enceinte serait morte par négligence.

Selon Timothy McNulty du journal Chicago Tribune, le rapport était basé sur un article du journal Wenhui Bao de Shanghai. Li Guong du bureau de recherche en génétique de l’Académie chinoise des sciences a été cité comme source confirmant à la fois l’existence d’une telle expérience avant la Révolution culturelle et l’existence de plans de reprise des tests.

Un bébé Humanzee né aux États-Unis selon le psychologue Gordon G. Gallup

Le psychologue évolutionniste américain Gordon G. Gallup est connu pour son travail de pionnier dans les années 1970 qui montrait comment les chimpanzés pouvaient apprendre à se reconnaître dans le miroir. Dans une récente interview avec The Sun, il a affirmé qu’une créature hybride était née dans un laboratoire où il travaillait autrefois, information que lui aurait confiée son ancien professeur d’université.

« L’un des cas les plus intéressants concerne une tentative qui a été faite dans les années 1920 dans ce qui était le premier centre de recherche sur les primates établis aux États-Unis à Orange Park, en Floride. Ils y ont inséminé un chimpanzé femelle avec du sperme humain provenant d’un donneur anonyme et ont affirmé non seulement que la grossesse s’est produite, mais que la grossesse est arrivée à terme et a donné naissance à un bébé vivant », a déclaré Gallup au Sun.

Qu’une telle expérience ait effectivement eu lieu et qu’un humanzee soit vraiment né n’est pas prouvé par d’autres sources, mais Gallup, qui est actuellement chercheur à l’Université d’Albany, maintient qu’il a entendu cela d’un « scientifique totalement crédible ».

Les chercheurs qui ont créé l’hybride chimpanzé/humain se seraient rapidement débarrassés du produit de leur expérience par souci d’éthique, selon Gallup.

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