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Il ne sera pas simple d’atterrir sur Europe, la lune de Jupiter

Europe, la lune glacée de Jupiter, est une bonne candidate pour la recherche de la vie ailleurs dans notre système solaire. Mais selon une nouvelle étude, se poser sur le satellite pourrait être plus compliqué que prévu à cause justement de la glace.

L’étude s’est basée sur de la modélisation pour déterminer que certaines zones de glace sur Europe pourraient ressembler à des lames tranchantes.

Europe NASA ESA

Ce qui peut rendre très compliqué l’atterrissage de futures sondes.

Des étendues de glace en forme de lames tranchantes sur Europe

L’étude publiée dans Nature Geoscience montre qu’il y a des chances que les conditions régnant dans les régions autour de l’équateur d’Europe soient propices à la formation de pénitents de neige, aussi appelés pénitents de glace. Il s’agit de formations de glace à des altitudes élevées qui prennent la forme de minces lames de glace durcie, et orientées dans la direction générale du soleil. Les pénitents de glace sont aussi présents sur Terre, notamment dans la Cordillère des Andes.

Sur Terre, les pénitentes se forment après une longue exposition de la glace extrêmement froide à la lumière directe du soleil. Dans ces conditions, les plaques de glace passent directement de l’état solide à l’état de gaz, formant ainsi les pénitents en forme de lames tranchantes. Et il se trouve que le même phénomène se produit également dans certaines parties d’Europe.

Si les scientifiques attendent encore d’avoir des preuves visuelles de la formation de pénitentes sur Europe, la nouvelle étude devrait aider la NASA à mieux préparer ses futures missions sur la lune de Jupiter. La NASA prépare actuellement deux missions différentes vers Europe. La première est baptisée Europa Clipper et elle devrait être lancée vers 2022. Son but est d’envoyer un engin spatial survoler Europe et éventuellement de zoomer sur ses panaches – des geysers présumés qui feraient jaillir de l’eau d’un vaste océan situé sous la croûte glacée de la lune.

L’autre mission, qui est encore aux tout premiers stades, vise à construire un atterrisseur qui pourrait un jour se poser sur Europe et percer sa glace, de sorte à prélever des échantillons de l’eau invisible située en dessous. Mais s’il est vrai que certaines parties d’Europe sont recouvertes de glaces en forme de lames tranchantes, il serait extrêmement dangereux d’essayer de poser un atterrisseur conventionnel. La NASA devra donc prendre en compte cette nouvelle donnée et bien choisir ses zones d’atterrissage sur la satellite.

La prochaine mission Europa Clipper devrait permettre d’obtenir des images plus détaillées de la surface de la lune, afin de confirmer la présence de pénitents de glace. « Nous devrions pouvoir prendre des photos de qualité suffisante pour le prouver », a déclaré Daniel Hobley, géologue et spécialiste des sciences de la planète à l’Université de Cardiff, au Royaume-Uni, et aussi auteur principal de l’étude.

Un atterrissage sur Europe toujours possible

Même s’ils n’ont pas de preuve photographique, Hobley et son équipe pensent avoir d’autres signes de la présence de pénitentes sur la lune de Jupiter. Selon eux, les pénitentes pourraient être à l’origine de certaines lectures radar et signatures de chaleur très étranges que la sonde Galileo a détectées à l’équateur d’Europe. Cela serait dû au fait que la glace est structurellement différente dans cette région par rapport au reste de la surface d’Europe.

Les chercheurs ont déjà fait part de leurs découvertes à la NASA qui trouve l’idée convaincante. Mais tout le monde n’est pas convaincu pour l’instant. En effet, Cynthia Phillips, scientifique dans l’équipe en charge du projet Europe de la NASA, estime que les lectures radar étranges reportées à l’équateur de la lune pourraient s’expliquer autrement. « Il y a d’autres réponses possibles à ces résultats. C’est simplement parce que les données dont nous disposons jusqu’à présent sont à si basse résolution qu’on ne peut pas vraiment les utiliser pour indiquer une explication particulière ou une autre. », dit-elle.

La vérité devrait être connue bientôt grâce à Europa Clipper qui volera à moins de 25 km de la surface d’Europe. Le vaisseau spatial sera également équipé d’une caméra et d’instruments de résolution nettement supérieure à celle de Galileo.

Cependant, même si Europa Clipper confirme l’existence de pénitentes, ce ne sera pas un obstacle pour un futur atterrisseur. La nouvelle étude a en effet montré que ces formations de glace sont potentiellement localisées sur une bande étroite autour de l’équateur, mais pas dans les zones proches des pôles. « Il y a encore beaucoup d’endroits sur la surface d’Europe qui seraient de bons sites d’atterrissage potentiel et qui se trouvent en dehors de cette bande », dit Phillips. « Il n’y a aucune raison de cibler l’équateur plutôt qu’un autre endroit. »

Mots-clés europajupiter