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Jessi Slaughter, ou la nécessité de soigner son identité numérique

Fred - le 24/07/2010 à 13:13 - Web 2.0 - 19 commentaires

Tout le monde ou presque connait Jessi Leonhardt, dit « Jessi Slaughter », cette jeune américaine de 11 ans qui est devenue la risée du monde en publiant une simple vidéo. Pourquoi ? Et bien parce que sa vidéo s’est retrouvée du jour au lendemain sur 4chan, un site assez spécial qui se targue de réunir dans un seul et même endroit le pire du web. Une histoire terrible pour cette adolescente mais riche d’enseignement pour tous ceux qui ne prennent pas garde à leur identité numérique.

Car une fois de plus, il est bien question d’identité numérique dans cette histoire.

Rappel des faits

Reprenons depuis le début. Tout commence lorsque Jessi Leonhart, dit « Jessi Slaughter » est prise à partie sur des sites comme StickyDrama. Rien d’étonnant, ce sont des choses qui arrivent sur le web et nous avons tous ce genre d’histoires bien cachées au fond de notre placard. Là où les choses commencent à déraper, en revanche, c’est lorsque notre adolescente décide de publier une vidéo pour répondre à ses différents détracteurs.

Une vidéo personnelle arrogante (elle déclare être parfaite), mal réalisée, un poil pathétique, très agressive, qui ne pouvait que se retrouver sur 4chan. Et à partir du moment où c’est arrivé, tout a basculé pour la jeune fille. Sa vidéo a fait le tour du monde, déclenchant l’hilarité générale et elle a commencé à être la cible d’attaques personnelles particulièrement violentes.

Et là, Jessi a commis une nouvelle erreur. Plutôt que d’attendre que l’affaire se tasse, elle a réalisé une seconde vidéo dans laquelle apparaît également son père. Un père en colère qui déclare avoir prévenu la cyber-police ainsi que la police d’Etat et menaçant tous les détracteurs de sa fille de représailles. Le tout avec des mots qui sonnent faux et une gestuelle franchement comique.

Inutile de dire que cette vidéo s’est également retrouvée sur 4chan.


Le mythe de l’anonymat sur le web

Internet compte des millions et des millions d’internautes ainsi que des milliards de sites. D’un certain sens, on pourrait dire que le web est aussi vaste que la galaxie. Dans ce contexte, beaucoup d’internautes pensent qu’ils sont protégés car noyés dans la masse. Après tout, lorsqu’on fait partie d’une foule aussi démente, on pense être invisible, anonyme.

Notons d’ailleurs que ce point est également valable dans la vraie vie. On se permet souvent plus de choses lorsqu’on habite dans une grande ville comme Paris ou Lyon que lorsqu’on vit dans un tout petit village perdu en pleine campagne.

Mais nous le savons bien, l’anonymat sur le web n’existe pas. C’est un mythe fondé sur une croyance populaire. Car l’être humain ne soupçonne généralement pas l’existence de ce qu’il ne perçoit pas. La plupart des internautes sont de simples utilisateurs et, en tant que tel, ils pensent qu’il est impossible de remonter jusqu’à eux. Et pour cause, puisque ces derniers ne savent généralement même pas ce qu’est une IP.

Jessi devait en penser de même mais sa vision de l’anonymat sur le web a du beaucoup changer depuis que ses vidéos ont fait le tour de la planète et se sont retrouvées à la une de nombreux quotidiens.


Internet comme catalyseur

Mais d’un certain sens, ce n’est pas de sa faute. Pour aller plus loin et mieux comprendre ce dérapage médiatique, je pense qu’il est aussi nécessaire d’envisager la situation dans son ensemble et de s’intéresser d’un peu plus près aux détracteurs de la jeune fille ainsi qu’à tous ces internautes qui se sont moqués et qui ont contribué parfois sans le vouloir à cette explosion médiatique.

Dans la vraie vie, dans le monde réel, si une jeune fille de 11 ans avait eu ce comportement, personne ne s’en serait vraiment inquiété, personne n’aurait rien dit. Après tout, les adolescents ont parfois un comportement étrange, nous sommes tous passés par là.

Mais là, sur internet, ce n’est pas la même chose. On se permet beaucoup plus car on se sent à l’abri derrière son écran. Notons d’ailleurs que c’est exactement le même phénomène que pour les automobilistes. Quand on se déplace en voiture, on change également de comportement. On insulte, on hurle, on « pousse » les autres automobilistes. Bien plus que dans la vraie vie, et parce qu’on se sent en sécurité, parce qu’on a l’impression d’être coupé du monde.

D’un certain sens, on peut dire que le web fonctionne comme un catalyseur. Jessi a peut-être eu tort de publier ces vidéos, c’est un fait. Mais à onze ans, n’est-ce pas normal de commettre des erreurs ?

De la nécessité de prendre soin de son identité numérique

L’identité numérique ne reflète pas et ne reflètera jamais l’essence d’un individu. Tout simplement parce que notre comportement dans cet univers virtuel n’a rien à voir avec notre comportement dans la vraie vie. Il n’y a qu’à passer un peu de temps sur Twitter et assister à quelques clashs pour s’en rendre immédiatement compte. Par écrans interposés, on peut s’insulter, se moquer, on pense qu’il n’y a pas de conséquences, mais qui oserait le faire en personne et ainsi mettre en péril son intégrité physique ?

Dans ce contexte, l’identité numérique est nettement plus fragile que l’identité physique. Un mot de travers, un trait d’humour discutable, une réflexion confuse et tout peut basculer. Et encore plus lorsqu’on le fait en vidéo puisque la situation est totalement déséquilibrée. S’adresser physiquement à des gens qui n’existe que numériquement est toujours délicat et désavantageux pour celui qui s’essaye à ce genre d’exercices.

Avant d’agir, avant de laisser libre court à ses émotions, il est donc nécessaire de se poser les bonnes questions et de se demander comment pourrait être perçue notre attitude et surtout quelle portée médiatique elle pourrait avoir. Tout en sachant que les internautes ne pardonnent rien et que certains d’entre eux n’attendent même qu’une excuse pour vous sauter à la gorge.

La meilleure stratégie, je pense, consiste à se mettre à la place de ceux qui pourraient lire vos mots ou regarder votre vidéo. Ce n’est pas toujours un exercice facile, cela peut parfois paraître inutile, mais si Jessi l’avait fait, cette affaire n’aurait sans doute jamais existé.

Et pour finir, je n’ai plus qu’une seule chose à dire : pauvre gosse.

Si vous vous posez des questions sur l’identité numérique, je vous invite à lire ce livre blanc qui fourmille d’informations utiles.

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19 commentaires

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  • laura #1 - Le 24 juil 2010 à 13 h 53 min

    vous n’avez pas tort mais elle est quand même en partie responsable de ses actes ainsi que les détraqueurs de la fille donc ils sont autant responsables qu’elles maintenant c’est à elle et à ses parents de trouver une solution pour que cela n’envemine pas les choses et aux détraqueurs d’être sur leur garde surtout quand la cyberpolice peut les traquer à tous moments. POurvu que cela donne une belle leçon à tous les internautes peu importe leurs âges car tout le monde se sentents concernés.

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  • Tweets that mention Jessi Slaughter, ou la nécessité de soigner son identité numérique | Fredzone — Topsy.com #2 - Le 24 juil 2010 à 13 h 58 min

    [...] This post was mentioned on Twitter by Fred and Kleiber nicolas, absolugeek.com. absolugeek.com said: Jessi Slaughter, ou la nécessité de soigner son identité numérique http://bit.ly/cEFbry [...]

  • Fred #3 - Le 24 juil 2010 à 16 h 14 min

    @laura: Je ne pense pas qu’on puisse être vraiment responsable de ses actes à 11 ans. Ce n’est encore qu’une gamine qui a certes commis quelques erreurs mais qui ne mérite pas de s’en prendre plein la tronche. Vivre son adolescence, ce n’est déjà pas simple, mais le faire alors qu’on est la risée du monde sur le web, c’est encore plus compliqué.

    Pour le reste, par contre, je suis d’accord avec toi :)

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  • Rivas #4 - Le 24 juil 2010 à 19 h 17 min

    Ses parents sont des imbéciles et auraient du surveiller les activités sur internet de leur fille, les miennes ne savent pas encore écrire mais des que ce sera le cas, les pc à leur disposition seront sous l’oeil de moscou.

    Que ça serve de leçon aux autres parents. Et honte aux internautes qui insultent une petite fille, aussi suffisante, bavarde et stupide soit-elle.

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  • Mr. Sparx #5 - Le 24 juil 2010 à 22 h 47 min

    Je ne suis pas d’accord avec @Rivas, les parents ne peuvent pas toujours surveiller leurs enfants. On a tous fait des erreurs étant jeune, dans le dos des parents. La première vidéo est à prendre avec humour (même si elle est assez désagréable, avec le vocabulaire qui va avec).
    La réaction des parentes sur la deuxième vidéo est en partie marrante, ils ne savent pas du tout comment agir et n’arrivent pas à s’adapter aux nouveaux modes de communication.
    Mais là où je suis vraiment choqué et dans la même éthique que Fred, c’est quand on la voit dire que sa vie est ruinée. Vous imaginez quand même ce qu’elle a subit à seulement 11 ans ?! Je trouve que l’action des internautes est allé trop loin : on en rit ok mais de là à lui pourrir la vie, il n’y a ni intérêt ni morale à faire ça.
    La réaction des internautes est disproportionnée. Une vidéo comme ça, on en rit et on passe à autre chose. Je suis consterné par cette envie de pourrir une jeune de 11 ans …

    Dans le même style, (il me semble que) il y a le Star Wars kid qui est allé en hôpital psychiatrique ou quelque chose de ce style.

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  • Candidats 2.0, développez votre plus grande marque : « vous-même » – Immolance #6 - Le 25 juil 2010 à 0 h 21 min

    [...] du «cyber bullying» (et l’actualité récente autour de Jessi Slaughter en est exemple flagrant), il est devenu si simple et si commun de «googler» un nom que [...]

  • laura #7 - Le 25 juil 2010 à 10 h 24 min

    @Fred : d’accord mais si je dis bien mais si ses parents savaient pratiquer leurs rôles la pauvre Jessica Leondhart ne serait pas arrivé jusque là et elle serait rester anonyme. Chacun paye ses conséquences. Voilà.

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  • Harold #8 - Le 25 juil 2010 à 17 h 25 min

    C’est une très belle leçon sur le web. Pour tous. Les jeunes, les parents…
    C’est dommage pour cette jeune fille qui en a pris plein la tête. Elle n’a pas réalisé une seconde ce qu’elle faisait…

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  • Le Buzz Jessi Slaughter | Ruru Berryz #9 - Le 26 juil 2010 à 7 h 15 min

    [...] Par ici, un très bon article sur l’identité numérique. [...]

  • Thomas #10 - Le 27 juil 2010 à 18 h 57 min

    Jolie analyse, mais au final on aura toujours le même débat.

    La faute des parents ou la faute de la fille de 11 ans ou la faute aux internautes ?

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  • Fred #11 - Le 28 juil 2010 à 12 h 37 min

    @Rivas: Je suis d’accord avec toi, même si ce n’est pas toujours facile d’être derrière tes enfants. Cela dit, quand tu deviens parent, ça fait aussi partie de tes obligations.

    @Mr. Sparx: Ruinée, ruinée, il ne faut pas non plus aller jusque là. Cela étant dit, ce qui me choque, moi, ce n’est pas l’attitude de la gamine ou de ses parents mais plutôt celle des internautes qui s’en sont pris à elle. Faire du mal à une gamine de 11 ans, c’est juste inadmissible, même si cette dernière fait des conneries.

    @laura: Tous les parents ne se valent pas, le truc c’est que les gamins ne devraient pas en souffrir.

    @Thomas: Pour moi, ce sont les internautes qui sont en tort. Cf mon commentaire précédent :)

    @Harold: Non et à 11 ans, c’est parfaitement normal. Avoir du recul sur le web quand t’es trentenaire c’est déjà pas facile mais à son âge…

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  • Thomas #12 - Le 28 juil 2010 à 14 h 41 min

    @Fred: Ouai je suis d’accord avec toi sur cette histoire.

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  • Mr. Sparx #13 - Le 28 juil 2010 à 19 h 38 min

    @Fred: Je n’ai pas dit que les internautes avait ruiné sa vie, je disait simplement que c’est choquant de l’entendre dire ça à 11 ans. Sinon on est bien sur la même longueur d’onde :)

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  • Les bons liens de la semaine | Un Community Manager à Nantes #14 - Le 28 juil 2010 à 21 h 34 min

    [...] Jessi Slaughter, ou la nécessité de soigner son identité numérique => Une erreur qui fait mal. [...]

  • inconnuedu971 #15 - Le 7 août 2010 à 18 h 02 min

    qu’elle est son numéro de téléphone

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  • Identitools #16 - Le 7 août 2010 à 18 h 09 min

    Elle n’a visiblement rien appris de ses erreurs :
    http://www.funnyjunk.com/movies/8191/Jessi+Slaughter+Is+Back/

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  • Fred #17 - Le 10 août 2010 à 14 h 09 min

    Erf, la pauvre… :s

    RépondreRépondre
  • Chamma #18 - Le 25 août 2010 à 1 h 48 min

    La dernière vidéo (de son come back) date de Juin ou je me trompe?

    RépondreRépondre
  • Chamma #19 - Le 25 août 2010 à 1 h 48 min

    La dernière vidéo (de son come back) date de Juin ou je me trompe?

    RépondreRépondre

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