Journal of Controversial Ideas : Un philosophe parle de la déresponsabilisation des auteurs universitaires

En 1967, Roland Barthes a parlé de la mort de l’auteur. Il entendait par cela que le public, une fois en possession d’un article, l’interprétait de manière indépendante sans tenir compte du point de vue ni du cheminement de l’auteur. Ce philosophe a également promu le Journal of Controversial Ideas, une revue dans laquelle les auteurs pourront librement parler de sujets controversés en se cachant derrière un pseudonyme.

Pour l’auteur, l’intérêt d’écrire sans divulguer son nom est de se protéger de la désapprobation sociale.

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Les défenseurs de ce journal y voient un forum pour une véritable liberté d’expression académique. Ainsi, pourront-ils non seulement réclamer les éloges que rencontreront leur article s’il est bien reçu par le public, mais ils auront aussi, et surtout, la possibilité de désavouer l’article s’il suscite la controverse.

Alors que Barthes voit cette mort de l’auteur universitaire comme la libération de celui-ci, de nombreux arguments permettent de considérer cette proposition comme dangereuse.

Certaines grandes théories ont auparavant été publiées anonymement ou sous des pseudonymes

Rappelons avant tout la distinction entre article anonyme et pseudonyme. Un article est anonyme s’il ne cite pas le nom de son auteur tandis qu’il est écrit sous pseudonyme s’il comporte un nom autre que celui de son auteur. Historiquement, ces deux pratiques ont été longtemps utilisées dans la recherche universitaire.

Par exemple, la première version de la théorie de l’évolution a été publiée anonymement dans le best-seller victorien Vestiges de l’histoire naturelle de la création. Ce n’est qu’après 40 ans et 12 éditions que les lecteurs ont enfin pu savoir que c’est Robert Chambers qui en a été l’auteur.

De même, en 1939, « Nicolas Bourbaki » était le pseudonyme collectif utilisé par un groupe de mathématiciens pour publier la série en cours Elements of Mathematics.

Quelle est l’importance de mentionner les auteurs ?

D’une part, attacher un nom à une étude permet à son auteur de demander le crédit correspondant. De plus, connaître l’auteur ou les auteurs d’un document permet aux lecteurs d’avoir une idée du sérieux et de la crédibilité de l’œuvre. Cependant, si ce nom n’est pas communiqué, les lecteurs n’ont d’autre choix que de se fier au professionnalisme de la revue et de ses éditeurs.

D’autre part, et le plus important, identifier l’auteur d’une étude permet d’engager sa responsabilité en cas de travail frauduleux à l’instar du document de Lancet rédigé par Andrew Wakefield en 1998 qui liait le vaccin ROR à l’autisme. En d’autres termes, mentionner le nom de l’auteur, c’est le responsabiliser, que ses recherches soient salutaires ou dévastatrices.

Or, le Journal of Controversial Ideas propose aux auteurs de ne reconnaître leur œuvre que si elle est réussie et fait l’unanimité. Néanmoins, est-il prudent de parler de liberté académique sans parler de responsabilité?