Le blob n’a visiblement pas fini de nous surprendre

Le Physarum polycephalum, surnommé « le blob », est un organisme unicellulaire dépourvu de système nerveux qui vit dans des zones fraîches et humides telles que le bois mort ou les tapis de feuilles des forêts. C’est une espèce de myxomycètes de la famille des Physaraceae qui est dotée de capacités très particulières. Des scientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont en effet démontré en 2016 que le blob était capable d’apprendre à ne plus craindre une substance inoffensive, mais aversive, et qu’il pouvait même transmettre cette connaissance à ses semblables.

Les scientifiques viennent maintenant de découvrir la source de cette capacité d’apprentissage du blob, et il s’avère que c’est la substance aversive elle-même !

Forêt

Crédits Pixabay

Le secret de la « mémoire » du blob

La nouvelle étude, publiée dans une édition spéciale de la revue Philosophical Transaction of the Royal Society B, a été conduite par une équipe de chercheuses et chercheurs du CNRS et de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier. Les chercheurs savaient que le blob était capable d’emmagasiner une connaissance et de la transmettre à ses congénères, mais ils ignoraient encore comment celui-ci procédait. Maintenant on le sait : le blob apprend à tolérer une substance en l’absorbant.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs sont partis d’un constat : c’est seulement lorsque leurs réseaux veineux fusionnent que les blobs s’échangent de l’information. Les scientifiques se sont alors demandés si c’est au travers de ces veines que la connaissance circulait, et si la substance à laquelle le blob s’habituait n’était pas le support de sa « mémoire ».

Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont dans un premier temps habitué des blobs au sel en les entraînant pendant six jours à traverser des environnements salés. Ils ont ensuite évalué la concentration en sel au sein de ces blobs et ont constaté que ceux-ci en contenaient dix fois plus que les blobs « naïfs ». L’équipe de scientifiques les a alors placés dans un environnement neutre et a constaté qu’ils excrétaient le sel qu’ils contenaient au bout de deux jours. Ils perdaient en quelque sorte « la mémoire ».

Cette expérience a permis d’établir un lien direct entre la « mémoire » de l’apprentissage du blob et la quantité de sel qu’il contient.

Une impressionnante mémoire à long terme

Pour confirmer leur hypothèse, l’équipe de chercheurs a introduit du sel directement dans des blobs naïfs afin de leur inculquer la « mémoire » de l’habituation au sel. Au bout de seulement deux heures, ceux-ci se comportaient comme des blobs ayant subi un entrainement de six jours, et non plus comme des blobs naïfs.

Par ailleurs, ces organismes unicellulaires sont capables d’entrer dans un état de dormance lorsque les conditions environnementales se détériorent. L’équipe de scientifiques a pu démontrer que les blobs conservaient leur habituation au sel jusqu’à un mois après être entrés dans cet état. Preuve qu’ils conservent la connaissance sur le long terme en stockant le sel absorbé pendant la phase de dormance.

Cette étude tend à montrer que le support de la « mémoire » du blob est la substance aversive elle-même. La prochaine étape pour les chercheurs est de tenter de déterminer si les blobs peuvent mémoriser plusieurs substances aversives à la fois et dans quelle mesure ils peuvent s’y habituer.

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