Le CES a visiblement un problème avec le plaisir féminin

Le CES 2019 a ouvert ses portes et les annonces se succèdent bien entendu à un rythme soutenu. L’une d’elles est passée relativement inaperçue, mais elle a tout de même son importance. Les organisateurs ont en effet demandé à une entreprise de la sextech de quitter le salon… alors même qu’elle venait de remporter un prix de l’innovation.

Lora DiCarlo s’intéresse depuis longtemps à l’industrie du plaisir. Récemment, elle a éprouvé le besoin de créer sa propre entreprise et de se lancer à son tour sur ce marché.

Facepalm

Pour l’entrepreneuse, le sexe ne devrait effectivement pas être un tabou dans nos sociétés modernes. Selon elle, l’inclusion passe aussi par l’acceptation de nos désirs et de leur multiplicité.

Quand le CTA reprend un prix accordé à un exposant

Lora DiCarlo s’est donc rendu à Las Vegas cette semaine afin de présenter le tout premier produit de son entreprise, un vibromasseur connecté : Osé.

Enfin, le terme n’est pas exact. Osé va en effet plus loin que les produits concurrents et il ne se contente pas d’émettre des vibrations. En réalité, le produit a été développé par des spécialistes en robotique et il est censé pouvoir procurer des orgasmes mélangés en stimulant à la fois le clitoris et le fameux point G.

Confiants dans leur produit, Lora et ses associés l’ont présenté aux CES Innovation Awards dans l’espoir de remporter un prix. Avec succès. Osé a en effet été approuvé par la CTA et il a ensuite décroché le prix dans la catégorie « Robotique et drone », pour le plus grand plaisir de ses inventeurs.

Malheureusement pour l’équipe, la CTA a pris la décision de leur retirer le prix. Pour quelle raison ? Lora a simplement reçu le message suivant peu de temps avant l’ouverture du salon pour l’informer de la nouvelle :

« Les participations jugées immorales, obscènes, indécentes, profanes ou ne correspondant pas à l’image de la CTA, à leur seule discrétion, seront disqualifiées. La CTA se réserve le droit, à sa seule discrétion, de disqualifier à tout moment toute candidature qui, à son avis, mettrait en danger la sécurité ou le bien-être de toute personne ou ne respecterait pas le présent règlement officiel. »

Si l’on en croit cette réponse laconique, alors le produit développé par Lora et ses associés, ce même produit qui a été accepté aux CES Innovation Awards et qui a suffisamment impressionné ses jurés pour remporter un prix, est donc un produit « immoral », « obscène », « indécent » ou bien carrément « profane ».

Un sextoy « immoral », « obscène » ou « indécent » ?

Et ce n’est pas fini, puisque la CTA a également informé l’entreprise qu’elle n’était pas autorisée à présenter son produit à l’occasion du salon.

Osé n’est pas un produit développé sur un coin de table. Comme le rappelle l’entrepreneuse dans l’article publié sur le blog de sa société, le produit a été élaboré en partenariat avec le laboratoire de robotique de l’Oregon State University et donc de l’un des meilleurs laboratoires du secteur. En outre, l’entreprise compte parmi ses rangs de nombreux ingénieurs spécialisés dans le génie mécanique, la robotique, l’IA ou même la conception mécanique et la chimie.

Extrêmement déçue par la décision de la CTA, une décision difficilement compréhensible, Lora n’est pas tendre dans ses propos. Elle reproche ainsi aux organisateurs du salon d’étouffer l’innovation et de faire preuve, en plus, de partialité. Selon elle, le CES 2019 laisse en effet des exposants présenter des produits sexuels conçus pour les hommes, et elle ne comprend donc pas pourquoi son propre produit n’est plus le bienvenu.

De son point de vue, la seule explication possible vient du public visé. L’entrepreneuse accuse en effet le CTA de faire preuve de misogynie en interdisant un produit étant destiné au plaisir féminin.

Pour le moment, le CTA n’a pas présenté sa propre vision des choses et les organisateurs n’ont donc pas expliqué leurs motivations.

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que Lora n’est pas la première à se retrouver dans une telle situation et Christel le Coq pourrait sans doute vous en parler mieux que moi puisque son propre sextoy avait subi le même sort lors du Concours Lépine de 2017.

Mots-clés CES 2019sextech