Les 2 ans de la Fredzone : Nekomata témoigne

Histoire de bien démarrer notre petite célébration des deux ans de la Fredzone, on va ouvrir le feu avec Nekomata, qui vient souvent squatter dans le coin. Faut dire aussi qu’il n’a pas de blog, le Neko, alors il fallait bien qu’il trouve un média de substitution. Notez bien au passage que je ne m’en plains pas, bien au contraire !

gateau-anniversaire

Son témoignage :

Pour changer des autres témoignages, je vous parlerai de ce que je déteste le plus sur la Fredzone : les week-ends.La vie du blog tourne alors au ralenti, parfois ponctuée de quelques soubresauts dus à des billets programmés, ou à des commentaires relançant l’intérêt d’un débat. Mais le plus souvent, c’est le calme plat. Pire que l’électroencéphalogramme d’un macchabée. L’ennui mortel.Après l’extase, la descente – incontrôlée. Le manque absolu. Avec l’interruption des stimulations continuelles de la Zone, le cerveau menace de s’étioler, de faire de nous des débiles précoces. Tout pourrait s’arrêter ici. Il suffirait de se laisser aller, de fermer les yeux et de s’endormir. Pour toujours.

C’est pourtant à ce moment-là que se produit toujours un phénomène curieux : une étincelle qui allume une petite flamme, timide et tremblotante. Avec elle, une mécanique autonome se met en branle et des sensations oubliées ressurgissent : le ventre qui gargouille si fortement que les voisins pourraient porter plainte pour tapage diurne, notre odeur qui nous rappelle que les douches n’existent pas sans raisons.

Généralement, je prends soudainement conscience de certaine choses : les placards vides, le réfrigérateur encore plus, la vaisselle pas faite, les ordures qui s’accumulent, le chat qui gueule pour sortir et exprime son mécontentement en pissant partout. « Bonjour, ici le commandant de bord. Nous amorçons notre descente et allons bientôt nous écraser dans la réalité. Merci de relever les tablettes… » Collision frontale avec le réel, sans airbag pour amortir l’impact.

Le cerveau continue son boulot en arrière-plan et tente de réactiver les fonctions sociales qui végétaient en mode veille. Ça crachote un peu au redémarrage, mais ça revient lentement. Séance d’auto-critique corporelle sans complaisance. Verdict ? Une demi-heure dans la salle de bain, sans sursis, et séance de réhabilitation avec récurage intégral.

Une fois à peu près présentable, on peut reprendre contact avec l’univers extérieur. Et la première urgence est de faire le plein d’énergie chez le Grec du quartier :

« B’jour ! Qu’est-ce que j’te sert ?

– Un fred en galette… heu, un kofta stp. »

Premier lapsus. La dépendance n’est pas encore prononcée. Le masque social tient bon. Il suffit de serrer les dents.

Plus tard, un passant s’approche et demande :

« Bonjour, vous auriez l’heure svp ?

– Ilé frrred heu-reuh ! (souvenez-vous, les dents serrées)

– Hein ! Je… je vais me débrouiller. Viens pupuce ! »

Ça se complique. Les gens s’apercevront bientôt que je suis un junkie en manque et qu’il me faut ma dose. Ne pas craquer. Sinon… je n’ose imaginer le résultat. Quoique. Au commissariat :

« Qu’est-ce qu’il a fait ç’ui-là ?

– Pas grand chose. Il courait à poil autour de la fontaine en gueulant à un certain Fred de revenir. »

La seule solution est de rentrer à la maison. On tourne on rond. On enlace nos genoux en se balançant doucement d’avant en arrière, prostré dans un coin. On se couche en position fœtale. On se réveille l’écume au lèvres. La Fredzone est toujours fermée. On a besoin d’un palliatif, de trouver quelque chose pour ne pas craquer.

Le film « Seul au monde » nous enseigne quoi faire dans ces moments-là. Comme je n’ai pas de ballon de volley, j’ai utilisé une assiette en carton blanc. S’il aurait bien voulu que je prenne mon sang, je me suis contenté d’un marqueur rouge. J’ai gribouillé un gros F et lui ai fait la conversation… Vas-y, dis-leur bonjour, Freddo ! Ben quoi, fais-pas ton timide. Pfff ! T’es rien qu’une sale assiette !

Comment ai-je pu en arriver là ? Moi qui ne fume pas, qui ne boit pas, qui ne bai… oups, j’ai rien dit ! Je suis la vivante illustration de l’ascétisme.

Soyons honnête. Je sais où tout à commencé, à défaut de quand. La Fredzone. C’est elle la coupable, la responsable de ma déchéance. Et le piège est particulièrement vicieux, tellement au point.

Au début, on fait montre de prudence. On parcourt rapidement les billets, voletant de l’un à l’autre sans jamais s’attarder trop longtemps et veillant à stopper la lecture avant les commentaires. Boulimiques du web, on ingurgite l’information vitesse grand V : vite changer de page, vite changer de site. Toujours rester en mouvements !

Tandis qu’on revient de plus en plus fréquemment, notre prudence s’émousse. Il n’en reste bientôt plus que des lambeaux épars. Notre par-feu Open-Office naturel est rouillé. On se croit toujours suffisamment fort, mais on a tord. Insidieusement, le ton filtre derrière les mots. La notion du temps nous échappe doucement et on prend celui de lire les billets plus attentivement. La séduction opère peu à peu.

On découvre que Fred est le patron de la zone (non, on est pas lent !). Son humour nous conquière, ses coups de gueule aussi. Le désir s’installe (pas pour son corps, comme l’intéressé pourrait le croire). Le désir de prolonger l’expérience. Fébrilement, on lâche notre premier commentaire et on tapote la touche F5 jusqu’à l’usure. Le résultat ne se fait pas attendre. Un arobase suivi de notre pseudonyme indique que le maître de céans nous fais la grâce d’une réponse. Joie intense. Humide.

On change de sous-vêtement. On teste de nouveau sur le premier sujet venu : on commente et on attend. Nouvelle réponse. On manque encore de défaillir.

En redescendant de notre nuage, on remarque que le tôlier répond aussi à d’autre personnes. Par curiosité, on lit un peu, histoire de savoir. Sans intention malsaine, notez-le bien. Mais la curiosité aidant, on remonte ensuite la page pour lire le commentaire concerné. Et là, surprise ! Il y a un autre nous qui dit des trucs intéressants. On ne peut résister : on lit les commentaires suivants et on répond à certains.

TROP TARD ! Le piège s’est subitement refermé.

Même si pour l’heure les récepteurs de nos neurones frétillent toujours de plaisir et qu’on sent bien. Les jours passant, on renforce le contact avec la Zone, notre addiction aussi. On connait et reconnaît les autres visiteurs. On échange, on noue des liens. La vie est belle.

Des fois, Fred parle de vilaines choses, pas marrantes du tout. Mais toujours avec son ton propre, celui qui fait que tout paraît sans importance, lointain. On est perdu dans une oasis de bonne humeur, au milieu d’un désert de morosité. La déconne est partout, surtout sur les sujets sensibles qui pourraient gâcher la magie. On plane. On est heureux et il n’y a pas de raison que ça s’arrête.

SAUF que mÔssieur déserte toujours le week-end, nous plantant là – et souvent sans prévenir. Alors on relit les vieux billets, comme des os qu’on ronge faute de mieux. L’expérience avec le monde extérieur s’étant soldé par un échec, on reste derrière l’écran. On compte les heures, les minutes, les secondes. Parce qu’on sait.

On sait que le week-end finit avec le lundi et qu’avec lui Fred reviendra nous abreuver de nouveaux billets où nous pourrons nous défouler encore et encore.

Ma réponse :

Et voilà, je vais avoir l’air malin, moi, maintenant, avec une réponse courte…

Bon, franchement, je ne savais pas que la Fredzone entrainait une accoutumance. C’est une bonne nouvelle, mon plan pour la conquête du web n’en sera que plus facile. Faudra juste que je pense à indiquer, dans un coin, que la Fredzone tue et qu’il vaut mieux ne jamais commencer. Et aussi qu’on peut se faire aider en appelant un numéro surtaxé (business, quand tu nous tiens). Pour le reste, faudra aussi que j’innove en publiant les photos des dégats occasionnés. Faudra juste que je te demande, à toi et aux autres, de m’envoyer des photos avant / après.

Sinon, il y a quand même quelques incohérences dans ton témoignage… Tout le monde sait que tout le monde fantasme nécessairement sur moi.

Et pour le week-end, faut bien que je vous économise un peu, hein !