Les révélations de Snowden ont affecté nos habitudes de navigation

C’est au mois de juin 2013 que le monde a appris qu’il était sous surveillance de la NSA. Edward Snowden a en effet révélé de nombreux documents montrant que l’agence américaine ne se préoccupait guère de la vie privée des internautes.

Ces révélations ont eu des conséquences, et des effets secondaires qui n’étaient certainement pas souhaitables : la liberté d’expression en a pris un coup et l’auto-censure est maintenant fortement ancrée dans la tête de beaucoup d’internautes, comme le révèle une récente étude.

Snowden

Les révélations d’Edward Snowden ont eu de tristes effets secondaires

Une étude qui s’est penchée sur le trafic de certaines pages « sensibles » de Wikipédia.

Ne plus s’informer de peur d’être assimilé à un terroriste

Peu de temps après les premières révélations de Snowden, si nous pouvions nous en douter avant, c’est devenu une certitude : certaines pages web étaient (et sont toujours) surveillées. Des pages comme certaines entrées de Wikipédia concernant des sujets dits sensibles comme « bombe sale » ou « Al-Qaïda ».

Une étude menée par le doctorant Jonathon Penney qui nous vient d’Oxford s’est donc intéressée à ces pages, et plus particulièrement au trafic qu’elles généraient. Durant les mois qui ont précédé les annonces de Snowden, le trafic cumulé de ces pages croissait naturellement.

Les graphiques créés pour cette étude montrent cependant une grosse perte vers la mi-juin 2013 : après les révélations du lanceur d’alerte le trafic des pages « sensibles » a drastiquement diminué. Pire encore, pour d’autres sujets traitant explicitement du terrorisme, le trafic a continué à diminuer durant les mois qui ont suivi.

Baisse du trafic de Wikipédia

Une baisse dans le trafic de certaines pages de Wikipédia

L’explication est simple : les internautes savent que certaines pages sont surveillées et, pour ne pas être assimilés à des terroristes, préfèrent les éviter. On tombe dans l’auto-censure qui empêche les gens de s’informer à cause d’une surveillance absurde.

Après tout, qui sont les gens qui visitent les pages concernées de Wikipédia ? Des terroristes qui cherchent un tutoriel sur la fabrication d’une bombe sale, ou des gens qui cherchent simplement à s’informer sur les événements qui surviennent afin de mieux les comprendre (pour ne justement pas se radicaliser) ?

Au-delà de cette étude, un peu de logique nous permet également d’affirmer que la liberté d’expression sur le web en a pris un coup. Comme le déclarait Jimmy Wales l’année dernière, il suffit par exemple d’imaginer un internaute souhaitant discuter d’un point de vue allant à l’encontre d’un quelconque gouvernement : si ces discussions tombent entre les mains de la NSA qui décide alors de prévenir ledit gouvernement, que se passerait-il ?

Photo : Mike Mozart

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