Les robots sexuels ne sauveront pas notre civilisation

Westworld nous offrirait-il un aperçu de notre futur ? Beaucoup le pensent et il suffit de voir les dernières innovations technologiques en matière de robotique pour leur accorder un minimum de crédit. Les robots sexuels ne sont plus qu’une utopie et plusieurs entreprises sont ainsi bien décidées à apporter un peu de piment à notre sexualité en nous proposant des partenaires artificiels et aptes à répondre à tous nos fantasmes.

Depuis maintenant deux ou trois ans, le marché des poupées sexuelles connaît donc d’importants bouleversements.

Westworld

Westworld ne sera bientôt plus de la science-fiction.

RealDoll a ainsi indiqué son intention de lancer des modèles connectés et animés avant la fin de l’année. Sergi Santos, un développeur espagnol, travaille lui aussi depuis plusieurs années sur un robot peu farouche et un premier modèle a même été mis en vente à Londres l’été dernier.

Les robots sexuels, de plus en plus présents sur le marché

En parallèle, les maisons closes s’intéressent aussi à ces produits et plusieurs établissements ont ainsi investi dans plusieurs modèles afin d’apporter un peu de piment à leur offre. Encore plus fou, une maison close spécialisée dans les poupées pour adultes a même ouvert ses portes à Paris en début d’année, à la stupeur générale.

Si le succès de ces produits n’est plus à démontrer, force est cependant de constater que la question divise.

Beaucoup s’inquiètent en effet de l’impact de ces poupées sur notre sexualité et certains spécialistes pensent même que ces dernières risquent de nous entraîner sur la mauvaise pente. D’autres estiment au contraire que ces robots peuvent avoir un impact positif sur notre société en permettant à des personnes perturbées de donner libre cours à leurs fantasmes sans risque pour leurs semblables ou aux plus solitaires d’entre nous de trouver enfin un compagnon fidèle et exclusif.

Susan Bewley, une chercheuse travaillant pour le Kings College de Londres, ne pense pas que les robots sexuels sauveront notre civilisation en nous délivrant de la solitude et de nos turpitudes.

Aucune étude n’a réellement été menée

Dans un article coécrit avec Chantal Cox-George, la chercheuse commence ainsi par rappeler qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune étude portant sur les bienfaits des poupées sexuelles sur notre santé ou notre sexualité.

Le papier va même plus loin en mettant en lumière certains dangers propres à ces produits. D’après la thèse défendue par les deux chercheuses, l’idée que les robots sexuels puissent aider à traiter les pédophiles et protéger du même coup les vrais enfants tient davantage du fantasme que de la réalité.

En réalité, de leur point de vue, ces produits pourraient même normaliser de tels actes et augmenter par extension le risque d’agression sexuelle et de viol chez les enfants.

La note fait également allusion à l’image que peuvent renvoyer ces produits. Les poupées sexuelles n’ont en effet rien de réaliste et elles sont le plus souvent pourvues d’une forte poitrine, d’une taille mince et d’un postérieur très généreux. Des traits totalement fantasmés et pouvant par conséquent déboucher sur un problème de perception chez les utilisateurs.

Oliver Bendel, un expert en éthique des machines travaillant pour l’Université des sciences appliquées du nord-ouest de la Suisse, ne pense pas que ces produits doivent être interdits, mais il partage tout de même la vision de ses consœurs et il a ainsi indiqué lors d’un entretien donné au Guardian que nous manquions effectivement d’études sur le sujet.

D’après lui, les universitaires sont en effet encore réticents à évoquer ces questions-là et il espère que les mentalités changeront dans les années à venir.

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