L’histoire de Valeri Legassov, le physicien qui s’est suicidé après avoir enquêté sur Tchernobyl

Valery Legasov (1er septembre 1936 – 26 avril 1988) était un chimiste russe, célèbre pour sa contribution exceptionnelle à l’enquête sur les causes de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Sa mort tragique deux ans après le début de l’enquête suscite des interrogations encore aujourd’hui.

Voici son histoire !

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Une figure marquante liée à la catastrophe de Tchernobyl

Valery Legasov, physicien nucléaire soviétique, a dirigé la commission d’enquête sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. En dépit des efforts du gouvernement de l’Union soviétique pour minimiser l’impact de la catastrophe, Legasov était pour la transparence entre les conclusions de la commission et le public. Nombreux sont ceux qui le considèrent comme le seul personnage rationnel impliqué dans les retombées de la catastrophe. C’est lui notamment qui a été chargé d’annoncer les solutions immédiates aux effets à long terme de Tchernobyl.

Malheureusement, Legasov se suicida deux ans plus tard, un jour seulement après le deuxième anniversaire de l’explosion. Il a laissé derrière lui une multitude de notes et de cassettes dans lesquelles il exprimait sa désillusion vis-à-vis de son gouvernement. Certains ont même pensé que son suicide était dû à ce qu’il avait appris sur la responsabilité de son gouvernement dans la catastrophe.

La nomination de Legasov pour enquêter sur Tchernobyl

Après le court-circuit et l’explosion du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine soviétique, un incendie s’est déclaré pendant dix jours, libérant des tonnes de particules nucléaires radioactives dans l’air au-dessus de l’Europe. Il en a résulté des maladies, des déplacements en masse de populations et des morts.

Le physicien Valery Legasov a entendu parler de l’explosion nucléaire de Tchernobyl pour la première fois lors d’une conférence matinale à l’Institut d’énergie atomique de Kourtchatov, où il siégeait en tant que directeur adjoint. Et vers midi, environ 12 heures après l’explosion, Legasov était nommé à la commission spéciale du gouvernement chargée de gérer le sinistre incident.

Le vice-président du Conseil des ministres et chef du bureau des combustibles et de l’énergie, Boris Shcherbina, a été choisi pour diriger l’enquête, mais c’est Legasov qui allait devenir le symbole des efforts déployés à la suite de l’incident.

Au cours de son enquête, Legasov a notamment découvert qu’il n’existait aucune organisation en URSS capable de gérer ce genre ce sinistre. Par conséquent, les équipements appropriés étaient quasi inexistants. Il n’y avait pas assez de respirateurs ou d’instruments de détection de radiations par exemple. Legasov avait également dû recourir à une aide extérieure concernant la manière de gérer les incendies de graphite à l’aide de divers mélanges chimiques.

Le rapport accablant de Valery Legasov

Aux termes de son enquête, l’équipe de Legasov a déterminé que la catastrophe de Tchernobyl était due à de multiples facteurs. Premièrement, le réacteur de conception soviétique, Bolsho Moshchnosty Kanalny ou RMBK, était défectueux et instable et son utilisation était interdite ailleurs qu’en Union soviétique. Certains rapports ont signalé que des experts avaient même averti le gouvernement soviétique de l’utilisation de ce réacteur, notamment parce qu’il ne disposait pas d’une couche de protection pour contenir les matières radioactives en cas de fuite ou d’exposition. Mais ces avertissements ont vraisemblablement été ignorés.

Deuxièmement, la centrale était exploitée par des ouvriers non qualifiés, dont la mauvaise manipulation de l’équipement du réacteur n’a fait qu’aggraver les choses.

En août 1986, Legasov s’est rendu à Vienne, en Autriche, pour présenter le rapport des Soviétiques sur la cause de la catastrophe de Tchernobyl, lors d’une conférence de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Legasov a exposé son rapport pendant cinq heures, expliquant que l’erreur humaine, combinée à la conception défectueuse du réacteur, constituait les principales causes de l’incident. Il a toutefois souligné que la négligence humaine et le manque de préparation constituaient le principal facteur à l’origine de l’incident.

De nombreux membres de la communauté internationale ont applaudi le bilan détaillé et franc de Legasov sur les circonstances de la catastrophe. Rien à voir avec l’attitude de la majorité des acteurs du gouvernement soviétique qui avaient tenté de minimiser l’ampleur de la catastrophe. Legasov a également été félicité pour son engagement, n’ayant pas quitté les lieux jusqu’à ce que la situation soit maîtrisée, contrairement à d’autres membres de l’équipe d’urgence qui ont quitté Tchernobyl pour assurer leur sécurité.

Pourtant, deux ans plus tard, au lendemain du deuxième anniversaire de la catastrophe, Legasov fut retrouvé mort. Il s’était suicidé à l’âge de 51 ans.

La mort inattendue de Legasov

Legasov a été retrouvé pendu, il n’avait laissé aucune note de suicide, mais avait laissé derrière lui une multitude d’enregistrements dans lesquels il décrivait sa désillusion vis-à-vis du gouvernement soviétique alors qu’il enquêtait sur la catastrophe. Legasov rapporte qu’il avait constaté que le gouvernement avait tenté de dissimuler des informations complètes concernant la catastrophe de Tchernobyl.

Legasov a reçu la distinction à titre posthume de « Héros de la Fédération de Russie » le 20 septembre 1996. Le président russe Boris Eltsine a déclaré que Legasov méritait cette distinction pour le « courage et l’héroïsme » dont il avait fait preuve dans son enquête.

En décembre 2000, 14 ans après la catastrophe, le dernier des réacteurs restants de la centrale nucléaire de Tchernobyl a été fermé. Jusque-là, les trois autres réacteurs étaient restés les principaux générateurs de l’énergie de l’Ukraine. Le réacteur 2 avait été arrêté en 1991 et l’unité 1 cinq ans plus tard.

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