Mince, le porno tue la planète (enfin il paraît)

Vous comptiez profiter du calme de la nuit tombée pour vous encanailler sur Pornhub, YouPorn ou n’importe quel autre « tube » spécialisé dans la chair et le stupre ? Il va falloir changer vos plans. Du moins si vous éprouvez le moindre respect pour la belle bleue.

Car si l’on en droit l’un des derniers rapports signés par le think thank français The Shift Project, alors les vidéos pornographiques représenteraient une dépense énergétique équivalente à celle de tous les ménages français et elles généreraient 80 mégatonnes de CO2 chaque année.

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Crédits Pixabay

Le rapport, sobrement intitulé « Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne – un cas pratique pour la sobriété numérique », comporte une trentaine de pages et il porte sur l’impact écologique de la vidéo en ligne.

De l’impact écologique de la vidéo en ligne

En guise de point de départ, le document cite l’Accord de Paris, qui vise à pousser les États de la planète à tout mettre en oeuvre pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Des émissions provoquant naturellement de nombreux désordres climatiques et écologiques sévères.

L’angle choisi par son auteur est cependant un peu plus original qu’à l’accoutumée puisque ce dernier a choisi de se focaliser sur l’impact du numérique sur ces fameuses émissions.

Un numérique qui serait à lui seul responsable de 4 % des gaz à effet de serre du monde, soit « davantage que le transport aérien civil ». Pire encore, toujours selon le document, cette part devrait atteindre les 9 % par an d’ici quelques années si nous ne faisons rien.

En ligne de mire, la vidéo en ligne. Le rapport commence ainsi par rappeler que ces contenus ne sont pas réellement dématérialisés. Pour pouvoir nous les proposer, les plateformes spécialisées doivent déployer des centres de données à travers le monde.

Ce qui implique une consommation électrique sans cesse accrue et… par extension, une augmentation des émissions de CO2. L’énergie, il faut la trouver quelque part.

Les vidéos pornos responsables de l’émission de 80 mégatonnes de CO2 ?!

Les chiffres donnés par le rapport donnent d’ailleurs le tournis. D’après son auteur, le visionnage de vidéos en ligne aurait généré en 2018 plus de 300 mégatonnes de CO2, soit l’équivalent de ce que génère l’Espagne !

Le document cite plusieurs exemples types. Notamment celui des services de vidéos à la demande comme Netflix, OCS ou encore Prime Video dont les émissions de gaz à effet de serre équivaudrait celles du Chili. De même pour les usages de vidéo-conférence, télé-médecine ou même vidéo-surveillance, eux aussi pointés du doigt dans le rapport.

Plus surprenant, ce dernier évoque également à plusieurs reprises les contenus pour adultes proposés par les « tubes » comme Pornhub, YouPorn ou même XVideo. Des contenus représentant à eux seuls 27 % des contenus vidéos en ligne. Encore une fois, l’auteur du rapport ne mâche pas ses mots. D’après lui, ces contenus auraient généré plus de 80 mégatonnes de CO2 l’année dernière, et donc l’équivalent de tout l’habitat français.

Si le document ne condamne évidemment pas ces contenus, il indique tout de même que ces chiffres prouvent qu’il est nécessaire de faire preuve d’un peu plus de retenue. La « sobriété numérique » deviendrait ainsi une nécessité, ce qui passerait par une forme de régulation des usages.

La « sobriété numérique », une nécessité ?

L’auteur du rapport n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins. S’il demande aux internautes de faire preuve, à titre individuel, de sobriété, il appelle également à « une collaboration de tous les acteurs concernés » tout en citant, entre autres choses, la justice, les régulateurs ou encore les politiques et les fournisseurs d’accès.

Plus loin, il évoque aussi la nécessité de  « prioriser les usages » tout en indiquant que cette régulation est compatible avec la neutralité du net.

Dans l’absolu, il est évidemment difficile d’être complètement en désaccord avec l’auteur de ce rapport. L’urgence climatique est une réalité et il est donc impératif de changer notre façon de consommer.

La Terre dispose en effet de ressources limitées et le fameux « jour du dépassement » survient de plus en plus tôt chaque année. L’année dernière, il était fixé au 1er août 2018.

Les géants du web en ont d’ailleurs pleinement conscience. Google oeuvre depuis 2010 à limiter autant que possible son impact environnemental en investissant dans les énergies renouvelables. L’entreprise a ainsi conclu des accords à long terme avec des promoteurs oeuvrant dans le milieu afin d’atteindre la neutralité carbone. Bien sûr, tout n’est pas parfait et il est extrêmement compliqué pour une société comme Google de faire face à l’intermittence de la production des énergies renouvelables – les serveurs des centres de données ne prennent pas de pause – mais cela témoigne au moins d’un réel engagement au sein de la firme. Une firme qui possède par ailleurs le plus grand portail de vidéos du web, à savoir YouTube.

Les GAFAM investissent de plus en plus sur les énergies renouvelables

YouTube qui compte plus de 1,9 milliard d’utilisateurs actifs dans le monde et qui totalise plus de 45 millions de visites uniques chaque mois.

Apple, un autre géant, a lui aussi beaucoup investi sur le secteur afin de permettre à ses sites d’être alimentés à 100 par de l’énergie renouvelable. L’initiative a d’ailleurs fait l’objet d’un article détaillé publié l’année dernière dans la newsroom du constructeur, à cette adresse. Article dans lequel la marque précise avoir investi dans 25 projets opérationnels différents dans le monde pour une capacité de génération de l’ordre de 286 mégawatts.

Mais au-delà des efforts déployés par les géants du web pour alléger leur impact environnemental, il faut aussi souligner que ces technologies tant décriées peuvent avoir un impact positif sur l’environnement.

Comme évoqué plus haut, le rapport remis par The Shift Project pointe notamment du doigts la vidéo-conférence, la télé-médecine ou même la vidéo-surveillance. Ces usages représenteraient à eux seuls 20 % des contenus vidéos tant décriés.

Toutefois, ces mêmes technologies ont aussi donné vie à de nouvelles façons de travailler. Sans vidéo-conférence, le télétravail n’aurait pas pu se développer et nous serions donc nombreux à devoir nous déplacer physiquement pour assister aux réunions auxquelles nous sommes conviées. Des déplacements qui ont eux aussi un impact environnemental.

La technologie au service de l’environnement

Il ne faut pas non plus sous-estimer la valeur sociétale de la vidéo en ligne. Bien utilisés, des services comme YouTube permettent en effet de se cultiver et de se former aux disciplines de son choix. Ce qui a également pour effet de réduire la fracture entre les classes.

Plus besoin de faire une grande – et coûteuse – école de cinéma pour apprendre à utiliser une caméra, il suffit de suivre les bonnes chaînes. Beaucoup de vidéastes ont commencé comme ça et cela ne les empêche pas aujourd’hui de générer de la richesse avec leur activité.

Ce n’est bien entendu que mon avis, un avis parfaitement personnel, mais plutôt que de pointer du doigt les usages, ne vaudrait-il pas mieux se focaliser sur le coeur du problème, à savoir la manière dont nous générons de l’énergie ? J’espère que vous pardonnerez ce raccourci, mais d’un certain sens, ce rapport me fait penser à la politique mise en oeuvre autour du vieillissement du parc automobile français.

L’État n’a en effet de cesse de voter des lois pour empêcher les propriétaires des véhicules trop anciens – ou trop polluants – de prendre la route.

Peut-être serait-il plus pertinent de mettre en place ou de maintenir des dispositifs économiques afin de favoriser la transition vers des véhicules moins polluants ? Un peu comme la prime à la casse, dont les conditions d’accès vont être durcies dès l’année prochaine…

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