Night Witches ou l’histoire méconnue de la 588e NBAP, les femmes pilotes qui ont bombardé les nazis

Les Night Witches sont des femmes pilotes soviétiques qui ont bombardé les nazis dans l’obscurité durant la Seconde Guerre mondiale. À bord des avions obsolètes en contreplaqué, elles représentaient un atout crucial pour les Alliés. Elles ont bravé les balles et les engelures dans les airs tout en luttant contre le scepticisme et le harcèlement sexuel au sol.

Leur première mission à succès a eu lieu le 28 juin 1942, et ciblait le quartier général des forces allemandes.

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L’envahissement par l’ennemi a obligé les dirigeants soviétiques à reconsidérer leur politique jusqu’à inclure des femmes dans l’armée. En juin 1941, Hitler a lancé l’opération « Barbarossa », une invasion militaire massive. L’Union commençait à désespérer, car celui-ci faisait pression sur Moscou et assiégeait Leningrad.

L’escadron était une idée de Marina Raskova, l’« Amelia Earhart soviétique ». Ce major de l’armée de l’air soviétique avait réagi aux lettres des femmes qui voulaient s’engager dans les combats sur les lignes de front. La proposition avait été envoyée à Joseph Staline.

Des manœuvres exceptionnelles et astucieuses

Le 8 octobre 1941, Staline céda à la demande et ordonna le déploiement de trois unités. Cette décision a fait de l’Union soviétique le premier pays à envoyer officiellement les femmes au combat. Ainsi est né le « cinq cent quatre-vingt-huitième » régiment qui appartenait exclusivement aux femmes. La plupart d’entre elles étaient des étudiantes âgées de dix-sept à vingt-six ans.

Les recrues ont été installées et formées à l’école d’aviation à Engels. Elles devaient apprendre, en quelques mois, ce que les soldats ont mis plusieurs années à cerner. Chacune devait s’entraîner et jouer le rôle de pilote, de navigateur, de maintenance et de membre d’équipage au sol. En outre, Raskova a fait de son mieux pour les préparer à l’attitude masculine.

Puisque l’armée n’était pas prête à recevoir des femmes, les recrues se contentaient de ce qu’on leur offrait. Les avions mis à leur disposition étaient lents, très inflammables et sans aucune protection. C’étaient des « biplans Polikarpov Po-2 », des engins d’entraînement qui datent des années 1920.

A bord, il n’y avait qu’une carte, une boussole, des règles, des chronomètres, des lampes de poche et des crayons. Sans munitions de défense, les pilotes doivent descendre en piqué quand ils font face à l’ennemi. L’avion ne pouvait porter que deux bombes et devait voler à basse altitude. C’est pour cela que leurs missions étaient toujours nocturnes.

« Elles ont dû déchirer leur literie et les fourrer dans leurs bottes pour ne pas glisser. Leur avion de combat était comme un cercueil avec des ailes », a déclaré Steve Prowse, auteur du scénario « The Night Witches », un récit documentaire de l’escadron féminin peu connu.

Pendant les rudes hivers, les avions devenaient si froids que le simple fait de les toucher aurait déchiré leur peau. Malgré cela, ces femmes effectuaient des manœuvres exceptionnelles et astucieuses. Leur technique était de passer le moteur au ralenti, de laisser l’avion porté par le vent, à l’approche de la cible.  Elles planaient en « mode furtif » jusqu’au largage.

Elles attaquaient par groupe de trois. Les deux premiers servaient d’appâts en attirant les projecteurs allemands. Elles prenaient ensuite des directions opposées pour éviter les canons antiaériens. Enfin, le dernier avion avançait lentement dans l’obscurité pour tirer. Cette séquence se poursuivait jusqu’à ce que toutes les bombes soient larguées.

Elles agissaient comme des fantômes

Les Allemands craignaient cet escadron spécial et l’ont appelé les « Nachthexen » ou les « sorcières de la nuit ». Ils étaient impressionnés par son habileté. Les sifflements de leurs avions et leur technique de vol nocturne ressemblaient à ceux d’un balai. Le régiment a porté son surnom avec fierté.

En réplique, l’armée ennemie promettait de remettre la prestigieuse médaille de la Croix de fer à ceux qui seraient capables d’abattre une des « sorcières de la nuit ».

« Ce son était le seul avertissement pour les Allemands. Les avions étaient trop petits pour apparaître sur le radar ou les localisateurs infrarouges. Ils n’ont jamais utilisé de radio. On ne pouvait donc pas les repérer. Ils agissaient comme des fantômes », a déclaré Steve Prowse.

La dernière mission des Night Witches a eu lieu le 4 mai 1945, à environ soixante kilomètres de Berlin. Trois jours plus tard, l’Allemagne se rendit officiellement. L’escadron a été dissout six mois après. C’était l’unité la plus décorée de l’armée de l’air soviétique durant la guerre. Cependant, les femmes ont été exclues du grand défilé de la victoire à Moscou, car leurs avions étaient jugés trop lents.

Les sorcières de nuit ont perdu trente-deux pilotes au combat. Vingt-trois ont reçu le prestigieux titre de héros de l’Union soviétique. La colonelle Raskova, mère du mouvement, est décédée le 4 janvier 1943, car elle a été envoyée au front. Ses cendres furent inhumées au Kremlin.

Ces femmes avaient un talent incroyable et énormément de courage. Chaque pilote a effectué près de mille missions. Néanmoins, elles ont marqué leur féminité en dessinant des fleurs sur chaque côté de leurs avions. Le groupe de rock suédois Sabaton a écrit la chanson « Night Witches » dans leur album « Heroes » en leur hommage.

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