Ni’ihau, l’histoire de l’île interdite

Hawaii est le seul État américain qui se trouve en dehors du continent nord-américain, puisqu’il est situé en Océanie. Cet état est constitué d’un archipel de 137 îles, dont huit principales, à savoir l’île d’Hawaï, Maui, Kahoolawe, Lanai, Molokai, Kauai, Oahu (où se trouve la capitale Honolulu) et Niihau, surnommée « l’île interdite » par la population locale et les étrangers.

L’île Hawaiienne de Niihau (Ni‘ihau en hawaïen) a en effet une particularité, c’est qu’elle est restée vierge jusqu’à nos jours, malgré qu’elle soit si proche de la civilisation moderne.

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Il n’y a ni route ni eau courante sur cette île et le village qui s’y trouve n’est alimenté que par l’électricité solaire. Mais surtout, son accès aux étrangers est strictement contrôlé.

Ni‘ihau l’île protégée d’Hawaii

Située à 28 km à l’ouest de Kauai, Ni‘ihau est une île privée qui s’étend sur une superficie de 182 km2, avec un littoral long de 81 kilomètres. L’île comptait 170 habitants en 2010. Ni‘ihau a été achetée en 1864 par Elizabeth Sinclair-Robinson, née en Écosse et propriétaire d’une plantation en Nouvelle-Zélande.

Elle l’obtint pour 10 000 $ auprès du royaume d’Hawaï et du roi Kamehameha V (oui c’est le nom qui a inspiré Dragon Ball). Dès lors, la famille Robinson a décidé de protéger l’île afin de préserver la culture hawaïenne, « kahiki ».

Depuis cette époque jusqu’à nos jours, les insulaires de Ni‘ihau vivent librement sans être tenus de payer de taxe ou de droit d’occupation de terrain. Pendant un certain temps, la famille Robinson a autorisé les voyageurs à visiter et à observer la culture et la communauté de l’île. Mais à partir de 1952, à la suite d’une épidémie de poliomyélite dans les îles hawaïennes, tout accès à Ni‘ihau fut strictement interdit. Et aujourd’hui encore, bien que l’épidémie de polio soit loin derrière, l’île n’est toujours pas accessible au grand public et les visiteurs ont besoin d’une invitation spéciale de la part des gardiens actuels de l’île, la famille Robinson.

L’économie de l’île interdite de Ni‘ihau repose essentiellement sur la vente d’un minuscule coquillage Ni’ihauen disséminé le long des plages de cette petite île. Ce coquillage était autrefois considéré comme la fleur de Ni’ihau, car la température de l’île n’était pas idéale pour que les fleurs poussent. Les minuscules coquillages de Niihau sont très prisés pour confectionner les leis, ces colliers de fleurs, coquillages, graines, plumes, etc. qui sont vendus très chers. Il faut parfois des années et plusieurs personnes pour créer des leis de coquillages Ni’ihauen, considérés comme extrêmement précieux dans le monde entier.

L’incident de Ni‘ihau de 1941

Tout commence le 7 décembre 1941, lorsque le pilote de 1re classe Shigenori Nishikaichi, affecté au porte-avions Hiryu qui avait pris part à la deuxième vague de l’attaque de Pearl Harbor, se posa à Ni’ihau. Son avion, un A6M2 Zéro « B11-120 » s’était endommagé et il avait dû se poser dans un champ sur l’ile près de l’endroit où résidait un autochtone de l’ile du nom de Hawila Kaleohano.

Pour rappel, l’attaque de Pearl Harbor est une attaque surprise lancée le 7 décembre 1941 par les forces aéronavales japonaises contre la base navale américaine de Pearl Harbor, située sur l’île d’Oahu, à Hawaï. C’est cette attaque qui entraîna l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. Au moment de l’attaque, la marine impériale japonaise pensait que l’ile de Niʻihau était inhabitée. Elle l’avait donc choisie comme point de recueil pour les avions endommagés.

Les pilotes devaient s’y poser en attendant d’être récupérés par le sous-marin I-74.

Au moment de l’incident de Ni’ihau, l’île comptait 136 habitants, presque tous des autochtones hawaïens. Il n’y avait qu’une poignée de résidents non autochtones, dont trois d’origine japonaise, à savoir Ishimatsu Shintani et Yoshio et Irene Harada. Tous les trois ont été impliqués dans l’incident.

Les autochtones de l’île ignoraient dans un premier temps l’attaque de Pearl Harbor, puis lorsqu’ils en ont été informés, ils ont appréhendé Nishikaichi et le firent prisonnier. Mais celui-ci réussit à convaincre les trois habitants de l’ile d’origine japonaise de l’aider. Ensemble, ils ont neutralisé ses gardiens, trouvé des armes, et pris plusieurs otages. Finalement, Nishikaichi a été tué par un des otages, Benehakaka « Ben » Kanahele, et sa femme Kealoha « Ella » Kanahele.

Ben Kanahele a été blessé dans l’action, mais personne n’a été tué. Toutefois, l’un des soutiens de Nishikaichi, Yoshio Harada, s’est suicidé.

Les conséquences de l’incident de Ni‘ihau

A la suite de l’incident de Ni‘ihau, Irene Harada et Ishimatsu Shintani ont tous deux été mis en garde à vue, Yoshio Harada s’étant suicidé. Après 31 mois de prison, Irene Harada a été libérée en juin 1944. Elle n’a cependant jamais fait l’objet d’aucune accusation en rapport avec l’incident.

Shintani a quant à lui été envoyé dans un camp d’internement. Il a plus tard rejoint sa famille sur Niʻihau, où il a obtenu la nationalité américaine en 1960. Ben Kanahele a lui été décoré pour son rôle dans le dénouement de l’incident, mais sa femme n’a reçu aucune reconnaissance officielle.

L’incident de Ni‘ihau a vraisemblablement eu une influence sur la décision de Franklin D. Roosevelt d’interner tous les nippo-américains durant la Seconde Guerre mondiale. Les actes de soutien des trois habitants d’origine japonaise de l’île de Ni‘ihau, envers le pilote japonais Nishikaichi, démontrèrent que l’allégeance ethnique pouvait primer sur une allégeance nationale.

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