Pérou : 140 enfants ont été sacrifiés il y a environ 550 ans

À l’issue de fouilles entreprises au Pérou depuis 2011, des chercheurs ont détaillé, dans un article publié dans la revue PLOS One, une découverte macabre. Les restes de cent quarante enfants ont été trouvés dans une zone d’environ sept cents mètres carrés. Leur anatomie indique qu’ils avaient tous entre cinq et quatorze ans.

Il s’agit du plus grand sacrifice humain jamais connu jusqu’à ce jour. Jusqu’ici, le véritable motif n’a pas été clairement identifié.

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L’archéologue Gabriel Prieto a suggéré que le rite s’était déroulé vers 1450 sur un site appelé « Huanchaquito-Las Llamas ». En plus, deux cents lamas et alpagas ont aussi été enterrés au même moment, dans la région, il y a environ cinq cents ans. L’aspect désertique du lieu a favorisé la momification naturelle des corps, ce qui a facilité les recherches.

« La nature sacrificielle ne fait aucun doute », a souligné Nicolas Goepfert, coauteur de l’étude. « Tous ces enfants sont morts sur une période relativement proche. Sans doute moins d’un an, et même peut-être à peine quelques jours. »

Ils avaient tous le cœur arraché

Les chercheurs ont réussi à prouver que les meurtres avaient une fonction rituelle. Le massacre avait été réalisé par le peuple de l’empire de Chimus. Cette civilisation sophistiquée dominait la côte du Pérou entre le onzième et le quinzième siècle. Tous les squelettes, humains et animaux ont des marques de coupe sur le sternum et des côtes déplacées. Leurs poitrines ont été ouvertes, peut-être, pour faciliter le prélèvement rituel du cœur.

« La variabilité des formes de modification crânienne et l’analyse isotopique du carbone et de l’azote supposent que les enfants constituaient un échantillon hétérogène issu de multiples régions et ethnies de l’État de Chimu », ont publié les archéologues.

Ils ont été enterrés en quatre groupes distincts, la plupart faisaient face à la mer. Néanmoins, la raison et le mode de sélection restent flous. Les corps ont tous été disposés dans une position d’inhumation. Toutefois, l’absence d’objets funéraires laisse supposer qu’il ne s’agissait pas d’un cimetière typique.

« Ils ont été enterrés par groupes de trois et placés par ordre croissant d’âge, du plus jeune au plus grand. Certains ont reçu un traitement spécial avant d’être sacrifiés. D’autres avaient le visage peint avec un pigment rouge à base de cinabre, et les enfants  plus âgées portaient des coiffes en coton distinctives », ont-ils ajouté.

Pour remercier les dieux et apaiser leur colère ?

« La présence d’une épaisse couche de boue sur le sable dans laquelle les enfants et les camélidés ont été enterrés, ainsi que les empreintes humaines et animales sur la boue humide prouvent que le sacrifice s’est produit peu de temps après la catastrophe, fortes pluies et inondations, dans une région aride qui reçoit des précipitations négligeables dans des conditions normales », ont-ils déclaré.

Les scientifiques pensent que les enfants seraient morts pour remercier les dieux d’avoir apporté la pluie. En même temps, il s’agirait d’un appel désespéré pour que celle-ci cesse de faire des ravages.

Effectivement, les torrents et les inondations auraient déstabilisé l’économie, la politique et l’idéologie de l’un des États les plus puissants au cours du quinzième siècle apr. J.-C.

L’empire Chimú a prospéré en partie grâce à son agriculture intensive. Le peuple arrosait les cultures et abreuvait le bétail avec un réseau sophistiqué de canaux hydrauliques. Il a toujours cru qu’un sacrifice humain et animal serait le seul moyen d’apaiser la « colère des dieux ». De nos jours, certains habitants des hauts plateaux péruviens et de la Bolivie optent encore pour des pratiques relativement similaires. Ils retirent le cœur des lamas avant de les brûler.

Mots-clés archéologie