Qui se cache derrière Mastodon ?

Vous connaissez certainement Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Et vous commencez à entendre le nom d’Eugen Rochko, créateur de Mastodon, le réseau social qui rencontre un succès incroyable depuis quelques jours.

En effet, Twitter découvre depuis peu un concurrent inédit, Mastodon, qui a gagné en une semaine plus de 50 000 utilisateurs, et ce chiffre augmente sans cesse.

Cette victoire est donc également celle d’Eugen Rochko, un jeune diplômé de 24 ans qui a décidé de créer le service lui-même. Il a récemment accepté de répondre aux questions de Mashable.

Mastodon, le fruit d’un homme seul

Surprise, Mastodon n’est pas le fruit d’une start-up de la Silicon Valley. C’est le résultat du prodige allemand Eugen Rochko, qui a donc développé lui-même ce service. Il travaille dessus depuis octobre 2016, conjointement à ses études en informatique dans une université allemande.

« Je crois que j’ai créé une alternative viable à Twitter », dit-il.

À peine son diplôme en poche, il a rendu publique sa création. Il souhaitait un système « où vous avez la possibilité de choisir les règles et conditions que vous posez vous-même ». Une vision à l’antipode des principaux réseaux sociaux du web, qui gèrent tout de A à Z, et maîtrisent d’une certaine manière l’utilisateur.

Ils veulent transmettre une impression de liberté, mais la déguisent en contrôlant beaucoup de paramètres, tandis qu’ici, chacun peut être le maître de son propre espace.

Il souligne que le site est une réussite du crowdfunding, financement participatif qui l’a soutenu via Patreon. Pour lui, il ne s’agit pas d’argent puisqu’il nous dit « ne pas être une entreprise ». Il vise simplement à embaucher une personne pour continuer à développer sa plateforme.

Il a rapidement été contacté par de prétendus investisseurs, mais il a catégoriquement refusé leurs propositions. Car selon lui, personne ne doit acheter la plateforme. La collectivité prime ici sur le financier, par une honnête démarche.

Il raconte que ses parents et sa famille ne sont pas « connectés » et n’ont pas fait d’exception pour le réseau social familial. Si son regard sur les réseaux sociaux devient une « conscience dominante » et que Mastodon se démocratise, une instance dédiée aux personnes âgées ou « déconnectées » verra certainement le jour.

Il souhaite donc contrer les gros réseaux sociaux, comme Facebook notamment : « est-ce que vous voulez d’un site qui affiche vous allez leur manquez quand vous essayer de supprimer votre compte ? ». Il pointe du doigt leurs politiques : « Facebook ne peut simplement pas donner aux utilisateurs la possibilité de faire quoi que ce soit, car le pouvoir réside toujours en Facebook lui-même, qui contrôle tout, le software, les serveurs et la politique de modération ».

Selon lui, le futur du réseau social doit être « une fédération ». Le but ultime est de donner aux gens « leur propre espace, leur propre communauté ». Il reprend l’exemple des pays de l’Union européenne et des leurs alliances, comme l’OTAN, qu’il reporte aux réseaux sociaux : « le mix entre souveraineté et union. Fédération. »

La renaissance du tchat ?

Même s’il reprend l’idée de départ de Twitter, Mastodon présente plusieurs spécificités et se différencie de manière notable.

Grosse différence par rapport aux réseaux sociaux majeurs, c’est un service totalement libre, open source, gratuit et sans pub. Il reprend le design et la présentation de TweetDeck.

Ce ne sont pas des tweets mais des « pouet », et chaque publication n’est pas limitée à 140 caractères, mais à 500 caractères, ce qui promet des échanges nouveaux.

Le service est un peu comme une nouvelle forme de forum instantané. Il rappelle également le système des tchats, qui proposaient à l’époque tout type d’espaces aux règles prédéfinies. Un réseau au carrefour social actuel.

Il fonctionne par un système « d’instances », alias des serveurs qui constituent des réseaux individuels. Eugen Rochko a suspendu son instance mère, victime de son succès, elle s’est révélée trop instable. Vous pouvez vous inscrire sur d’autres instances. Plus de 700 sont accessibles à l’heure actuelle.

Même le nom, repris d’une espèce de mammouth disparue, peut faire penser à une « renaissance ». Là aussi, le nom « instance » lui-même donne un certain statut à chaque réseau créé. Sa limite de caractères élevée associée à l’inexistence de pub accentue cette impression de « pureté » de la communication, qui disparait malheureusement de plus en plus au fil des ans.

La liberté donnée à chaque instance va offrir de nombreuses opportunités.

Divers clients mobiles existent et se dédient à Mastodon. Vous pourrez donc emporter cet excellent service dans votre poche.

Eugen Rochko nous propose une plateforme de partage révolutionnaire. Ce qui est surtout fantastique, c’est que son génie soit lié à une belle conception du réseau social et de l’informatique en général.

Son but est désormais d’améliorer et d’assurer la stabilité de ses instances, pour continuer sur cette belle lancée. Sa vision du social risque de prendre rapidement de l’ampleur, pour étendre l’aura de Mastodon.