Sur fond de scandale sexuel, Google aurait payé Andy Rubin pour qu’il démissionne

En 2014, Andy Rubin, l’un des principaux architectes d’Android, quittait Google après plusieurs années d’une collaboration fructueuse. Ce départ spontané faisait, ce jeudi 25 octobre, l’objet d’une longue enquête publiée par le New York Times. On y apprend que, sur fond de scandale sexuel, Larry Page en personne (co-fondateur de Google et actuel dirigeant d’Alphabet, sa maison mère) aurait demandé au « papa d’Android » de démissionner de son plein gré, sans faire de vagues. Celui qui est désormais CEO d’Essential (la marque à l’origine de l’Essential Phone, lancé en août 2017) était notamment accusé, au sein de l’entreprise, d’avoir forcé une employée à lui « faire une fellation dans une chambre d’hôtel en 2013« , précise le Times.

D’après l’enquête dirigée par le quotidien new-yorkais, la démission volontaire d’Andy Rubin était motivée par le versement d’une somme totale de 90 millions de dollars, étalé sur quatre années successives. Le dernier paiement relatif à cet accord (2 millions de dollars) serait toujours attendu le mois prochain.

Google aurait versé 90 millions de dollars à Andy Rubin, le « papa d’Android » et patron d’Essential, pour qu’il démissionne après avoir, d’après le New York Times, forcé une employée à lui accorder des faveurs sexuelles (photo de l’Essential Phone, lancé l’année dernière).

La démission d’Andy Rubin (qui lui avait d’ailleurs valu un hommage public de la part de Larry Page, rappelle The Verge), n’aurait toutefois pas marqué de coupure définitive des relations entre le co-créateur d’Android et son ancien employeur. Toujours selon le rapport du New York Times, Google a notamment investi en 2015 – aux côtés de HP, Foxconn ou encore Tencent – dans Playground Global (une autre société co-fondée par Andy Rubin après qu’il ait quitté le géant de Mountain View). Google aurait par ailleurs prêté 14 millions de dollars à l’intéressé pour l’achat d’une « propriété sur le littoral japonais« , le groupe aurait en outre accepté de repousser l’échéance de remboursement de ce prêt à une date ultérieure, non précisée par le Times.

Google répond sans réfuter, tandis qu’Andy Rubin dénonce de « folles exagérations« 

Quelques heures après la publication de l’enquête, Google et Andy Rubin répondaient aux accusations du New York Times, par deux canaux distincts. Sundar Pichai (actuel CEO de Google) et Eileen Naughton (Vice présidente des ressources humaines du groupe) ont conjointement signé une brève note de service adressée à l’ensemble des employé.e.s de Google. Revenant sur le papier du Times (jugé « difficile à lire« ), Sundar Pichai et sa collègue réaffirment leur volonté de traiter les affaires de harcèlement sexuel avec la plus grande fermeté. Sans jamais réfuter les accusations du célèbre quotidien, les deux responsables de Google indiquent avoir licencié 48 personnes pour harcèlement sexuel au cours des deux dernières années. 13 d’entre elles étaient à des postes à responsabilité, est-il précisé.

Andy Rubin, principal concerné par l’enquête du Times, s’est pour sa part exprimé sur Twitter. L’intéressé dénonce notamment « des inexactitudes nombreuses » concernant son travail chez Google et de « folles exagérations » à propos de la somme que la firme lui aurait versé. Andy Rubin assure par ailleurs n’avoir « jamais forcé une femme avoir des relations sexuelles dans une chambre d’hôtel« . « Ces allégations font partie d’une campagne de diffamation« , a-t-il déclaré. Une campagne de diffamation visant à le « dénigrer » suite à la procédure de divorce qui l’a opposé à son ex-femme, Rie Rubin. Cette procédure, entamée pour infidélité, est évoquée dans l’article du New York Times pour illustrer les rapports ambigus qu’Andy Rubin entretiendrait avec les femmes.

Le quotidien a notamment eu accès à certains documents cédés par Rie Rubin dans le cadre d’une action civile déposée ce mois-ci à l’encontre de son ex-mari. Parmi ces documents, la capture d’écran d’un e-mail envoyé par Andy Rubin à une call-girl, en 2015. On y lit par exemple : « Tu vas être contente que je m’occupe de toi (…) en m’appartenant tu deviens en quelque sorte ma propriété et je peux te louer à d’autres personnes« . Selon le Times, le co-créateur d’Android pouvait payer – alors qu’il était encore marié – plusieurs centaines de milliers de dollars pour s’offrir les services de ces femmes.

Cette affaire éclate alors qu’Essential, co-fondée et gérée par Andy Rubin, est en pleine tourmente. La semaine dernière, Bloomberg indiquait notamment que la start-up licenciait 30% de ses effectifs à cause des difficultés financières engendrées par l’échec de son premier smartphone sur le marché.