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Test du Nikon DF

Le Nikon DF est arrivé sur le marché en fin d’année dernière, après une campagne marketing rondement menée. Pure Photography. Ou l’histoire d’un photographe qui se jette à corps perdu dans la nature, muni en tout et pour tout d’un appareil photo digne de la sacro-sainte époque de l’argentique. Sacré thème que voilà, non ?

Certes, mais il n’est pas aussi inhabituel qu’on le pense. La vérité, c’est que la plupart des constructeurs font désormais dans le rétro. Olympus, Fujifilm et même Panasonic ont déjà franchi le pas et Nikon ne pouvait évidemment pas rester les bras croisés.

Nikon DF : image 1

Le Nikon DF, posant négligemment aux côtés de deux argentiques.

Le Nikon DF est la réponse de la marque jaune, et il m’accompagne depuis plusieurs semaines maintenant. Le moment est donc venu de dresser un rapide bilan de l’aventure.

Fiche Technique

Au commencement de tout, il y a la fiche technique.

Cela vaut bien évidemment pour n’importe quel produit, et aussi pour le Nikon DF. Comme tous les réflex plein format de la firme, ce dernier a droit à une joli monture F qui viendra accueillir vos cailloux au format FX.

Côté capteur, et bien nous aurons droit à une définition de 16 millions de pixels. Notez d’ailleurs qu’il s’agit du même capteur que celui du D4 et autant dire que c’est plutôt une bonne nouvelle si l’on considère ce dont est capable ce dernier, notamment en terme de dynamique et de sensibilité. Petit bémol en revanche, Nikon s’est « contenté » d’une puce EXPEED 3 pour animer son boitier.

La vitesse de l’obturateur est comprise entre 1/4000 et 4 secondes. Avec un mode rafale de 5 images par seconde. Les adeptes de la photo de sport resteront sans doute sur leur faim mais c’est assez normal puisque ce n’est pas la cible de Nikon. Du moins pas sur ce segment, et pas sur le DF. La sensibilité, pour sa part, est comprise entre 100 et 12 800 ISO, avec un mode étendu à 25 600 ISO.

L’autofocus fonctionne par détection de phase, avec pas moins de 39 points répartis sur la zone centrale. Même le suivi de la mise au point prédictif répond présent. Si vous shootez un sujet en train de se déplacer, et bien l’appareil sera capable de faire la mise au point en un temps record.

Le Nikon DF intègre naturellement un viseur avec pentaprisme, pour une couverture de 100% en FX, ou de 97% en DX, et un grossissement de 0,7x. Le dégagement oculaire atteint les 15 millimètres. Derrière, il sera possible de se rabattre sur l’écran ACL TFT de 3,2 pouces (921k pixels) pour shooter.

Ce qu’il vaudra mieux éviter. Quand on dépense 2 000 euros dans un boitier inspiré par la digne époque de l’argentique, ce n’est pas pour se coller en LiveView.

Le stockage des photos se fera sur des cartes SD/SDHC/SDXC. Le DF est compatible avec l’UHS-I. Sinon, pour la connectique, nous aurons droit à un port USB, à une sortie HDMI et à une prise pour accessoires. Prise qui pourra accueillir une télécommande sans fil, ou même un module GPS.

Le Nikon DF est alimenté par une batterie Li-Ion EN-EL14e de 1 030 mAh / 7,7 Wh. Elle est moins puissance que celle du D610 ou du D800 mais elle s’en sort tout de même bien, surtout quand on shoote au viseur.

Nikon DF : image 3

La connectique du Nikon DF va droit à l’essentiel avec un port micro USB, une sortie mini HDMI et une prise pour les télécommandes.

Nikon DF : image 2

La griffe est évidemment de rigueur, mais il n’y a malheureusement pas de flash intégré au boitier.

Design & Ergonomie

Le Nikon DF est massif, mais léger. S’il reprend un peu les lignes des boitiers F, il n’est malheureusement pas fait des mêmes matériaux. Il a ainsi droit à un châssis en alliage de magnésium, avec un certain nombre de parties en plastique.

Dommage ? Oui, et non. On était en droit d’en attendre plus, c’est vrai, mais la conception du DF lui permet de ne pas dépasser les 765 grammes avec batterie et carte mémoire (710 grammes seul). Contre 980 grammes pour le D810, ou 850 grammes pour le D610. Et ça, c’est finalement une bonne nouvelle pour les baroudeurs, et donc pour les photographes qui ne passent pas leur vie dans un studio et qui sont amenés à se déplacer sur le terrain.

D’autant que les ingénieurs de Nikon ont aussi eu la très bonne idée de coller quelques joints d’étanchéité à des emplacements stratégiques. Le DF joue donc la carte de la tropicalisation.

Sa poignée n’est pas proéminente, mais la préhension reste correcte grâce à un repose-pouce judicieusement placé à l’arrière du boitier, sur la droite.

Mais le vrai point fort du Nikon DF, c’est son ergonomie et la profusion de molettes placées sur le dessus du boitier pour le réglage de la sensibilité, de la correction de l’exposition, de la vitesse d’obturation, de la motorisation et du mode d’exposition. Rien pour l’ouverture en revanche. Là, et bien il faudra faire tourner une autre molette placée cette fois à l’avant du boitier.

Ces molettes sont verrouillées et il faut ainsi appuyer sur un petit bouton métallique pour les tourner dans un sens ou dans l’autre. Enfin c’est le cas pour les deux premières, soit pour la sensibilité et la correction de l’exposition. La molette permettant de régler la vitesse de l’obturateur ne se verrouille que sur certains modes, comme le 1/3 Step.

Ces verrous ont valu au Nikon DF un bon nombre de critiques acerbes. Certains magazines spécialisés ont même été jusqu’à dire qu’il était impossible de modifier ces réglages et de tourner ces molettes en gardant un oeil dans le viseur.

Je ne partage pas ce point de vue. En réalité, c’est juste un coup à prendre. Après, c’est vrai aussi que le DF n’est pas un boitier facile à domestiquer. Il demande de la rigueur et de la persévérance. Comme au temps de l’argentique.

Le déclencheur trône fièrement aux côtés de ces molettes. Avec un filetage. Il sera donc possible de connecter un déclencheur souple. Un peu plus loin, nous avons aussi un écran LCD affichant quelques informations usuelles, avec un bouton permettant d’activer ou de désactiver le rétro-éclairage.

Gardant toujours un oeil dans le viseur, je ne l’ai jamais utilisé durant ces quelques semaines de test.

Le barillet de sélection des modes est un peu particulier, puisqu’il faut impérativement le soulever pour changer de réglage. En ce qui me concerne, j’ai plutôt tendance à passer ma vie en manuel donc cela ne m’a pas dérangé plus que ça mais je pense que cela peut s’avérer assez handicapant au quotidien pour les photographes qui basculent sans cesse d’un mode à un autre.

Comme indiqué un peu plus haut, la molette permettant de régler l’ouverture de l’objectif se trouve sur la face avant du boitier. Elle est discrète, mais accessible. En revanche, je ne comprends pas pourquoi Nikon n’a pas placé une bague fonctionnelle directement sur l’objectif. Enfin, il y en a bien une, hein, mais elle ne sert à rien et elle est juste là pour décorer. Dommage.

Quoi qu’il en soit, cette fameuse molette n’est pas toute seule puisque nous trouverons aussi deux boutons personnalisables, un bouton pour le bracketing et un autre bouton permettant de changer de méthode de mise au point.

Vous n’en avez pas assez ? Tant mieux, parce que ce n’est pas fini. Une dizaine de boutons se cachent à l’arrière de l’appareil, autour de l’écran – non tactile – et du viseur. Des boutons qui vous permettront d’afficher les dernières images capturées par le boitier, de jouer avec la balance des blancs, d’accéder au menu, de changer la méthode de mesure ou encore d’activer le LiveView. Avec une autre molette sur la droite, pour régler plus finement la vitesse de l’obturateur en mode 1/3 Step.

Les Nikonistes se sentiront plutôt à l’aise, les autres moins.

L’ergonomie du Nikon DF est-elle parfaite ? Non, bien sûr que non et son plus gros défaut, finalement, vient de l’emplacement du port pour cartes SD. Ce dernier est effectivement placé sous l’appareil, au niveau du compartiment réservé à la batterie.

Autrement dit, il est impossible de changer de carte lorsque le DF est placé sur un trépied. Pire, Nikon n’a intégré qu’un seul logement.

L’autre détail qui m’a laissé sur ma faim, c’est l’absence de focus peaking. La firme nippone aurait vraiment pu faire un effort là dessus, surtout vu le positionnement de cet appareil.

Et puis, bien sûr, il y a l’absence d’un flash intégré. Si vous avez besoin de déboucher les ombres, ou de shooter en contre-jour, et bien vous devrez user d’autres stratagèmes.

Nikon DF : image 4

Ces deux boutons personnalisable vous seront très utiles.

Nikon DF : image 5

Le bracketing est ici accessible par l’intermédiaire d’un simple bouton.

Qualité des images

Comme indiqué un peu plus haut, le Nikon DF hérite du capteur du D4. Sa dynamique est évidemment remarquable. Sauf cas extrêmes, il sera donc capable de délivrer des images d’excellente qualité.

Sortir de jolies photos, c’est bien, mais encore faut-il qu’elles soient nettes. Avec du piqué, merci ! Et pour ça, il n’y a pas de secret, tout dépend de l’autofocus embarqué.

Sur ce terrain, le DF s’en sort plutôt bien. Il n’est pas le plus réactif du marché, c’est vrai, mais il a au moins le mérite de toujours tomber juste.

Enfin tout dépend du sujet. Sur des scènes fixes (paysages, photos de produits), il s’en sort avec tous les honneurs. Les images sont d’une netteté irréprochable. En revanche, avec des sujets un peu plus… mobiles (mes chats, ma fille), il a un peu plus de mal à garder le focus au bon endroit. Après, je n’ai peut-être pas utilisé les bons réglages non plus.

Mais le plus gros problèmes vient finalement de l’emplacement des collimateurs. Ils sont tous situés au centre. Si vous voulez mettre en avant un sujet situé sur la gauche ou sur la droite, vous devrez donc commencer par faire la mise au point en le collant au centre, puis déplacer l’appareil dans un sens ou dans l’autre. Ce n’est pas forcément très pratique au quotidien.

Rien à dire sur la dynamique et le piqué, donc. Et sur la sensibilité ? Là, et bien c’est simple, le DF est presque magique. Les images sont propres jusqu’à 6 400 ISO, avec un peu de grain qui apparaît ensuite et qui monte crescendo en fonction des réglages. Un grain qu’on pourra évidemment atténuer en post-traitement si besoin est.

Mais peu importe. Ce qui est sûr, c’est que le Nikon DF ravira les amateurs de belles images, qu’il s’agisse d’amateurs éclairés ou des photographes professionnels.

Nikon DF : image 6

L’épaule droite du Nikon DF est bien garnie.

Nikon DF : image 7

Le DF fait la part belle aux doubles molettes.

Réactivité & Autonomie

Le Nikon DF est d’une réactivité à toute épreuve. Il s’allume en quelques dixièmes de seconde et la mise au point est presque instantanée. Sauf lorsque la lumière ambiante laisse à désirer. Là, et bien le bougre a malheureusement tendance à patiner légèrement, ce qui ne surprendra sans doute pas grand monde. Nikon aurait sans doute pu faire un peu plus d’efforts de ce côté là.

L’intervalle entre chaque cliché est assez court, sans pour autant égaler l’excellent D4S. En revanche, si on le compare avec les autres boitiers situés sur cette gamme de prix, il s’en sort avec tous les honneurs.

Comme indiqué un peu plus haut, la batterie du Nikon DF est un peu moins impressionnante que celle qui équipe le D610 ou le D800. Ce qui ne l’empêchera pas de vous accompagner durant de longues heures, au gré de vos déplacements.

Je ne suis pas photographe professionnel, et je ne passe donc pas toutes mes journées en studio. Durant ces quelques semaines, j’ai tout de même fait quelques balades, et j’ai aussi beaucoup photographié la famille. Je n’ai pas eu besoin de recharger la batterie et cela n’a rien d’étonnant car cette dernière présente une autonomie de 1 400 clichés, norme CIPA.

Ceci étant, au risque de me répéter, je ne suis pas passé une seule fois par le mode LiveView, préférant ainsi shooter directement au viseur. Cela joue évidemment beaucoup sur l’autonomie du boitier.

Nikon DF : image 8

Le petit écran LCD, et son bouton pour activer le rétro-éclairage.

Nikon DF : image 9

De dos, le Nikon DF rappelle beaucoup les autres réflex haut de gamme de la marque.

Conclusion

Jusqu’à présent, je n’ai pas évoqué le mode vidéo du Nikon DF et cela n’a rien d’étonnant car… il n’y en a pas. Certains d’entre vous le savent peut-être, mais ma marque jaune a délibérément fait l’impasse dessus.

Il ne s’agit aucunement d’une limitation technique, mais plutôt d’une décision stratégique. Nikon est effectivement parti du fait que les photographes se contrefichent de la vidéo. Ils ont raison, bien sûr, mais c’est quand même dommage de brider un boitier aussi prometteur.

Ceci étant, malgré ces limitations, et les quelques défauts du boitier, ce Nikon DF reste une excellente surprise. Il n’est sans doute pas à mettre entre toutes les mains, mais je pense qu’il n’aura aucun mal à combler les photographes de métier.

D’ailleurs, si certains d’entre vous ont troqué leurs anciens boitiers pour celui-ci, et bien qu’ils n’hésitent pas à se manifester dans les commentaires à la suite de cet article.

Et sinon, et bien on termine avec une vidéo, et quelques photos en prime. Ces dernières ont été un peu retouchées (sauf les quatre dernières), et leur taille réduite. Vous pouvez les visionner en grand format en suivant ce lien.

Sinon, dans la vidéo, vous trouverez vers la fin certaines de ces images, mais sans aucune retouche cette fois.


Design8.3
Ergonomie8.3
Qualité des photos9.5
Qualité des vidéos0
Fonctions6.6
Prix6.7
Le Nikon DF est un beau produit et son capteur est capable de faire des merveilles, mais il souffre malheureusement d'une ergonomie perfectible et les matériaux utilisés dans sa conception laisse un peu sur la faim. Mais son plus gros défaut, finalement, c'est qu'il est incapable de capturer des vidéos. A ce prix là, c'est impardonnable.
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