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Test du Royole Moon : Gros coup de chaud sur le ciné…

À défaut de marquer une révolution, l’avènement de la réalité virtuelle aura au moins eu le mérite de donner des idées à certains constructeurs, soucieux de fournir au grand public des appareils permettant de profiter des joies du « Home Cinema »… sous un angle un peu différent.

C’est probablement de cette audacieuse volonté qu’est née l’idée de lancer des casques de cinéma, à même de proposer une expérience décidément très proche de celle que l’on trouve en se déplaçant jusque dans une salle obscure.

Reste que pour parvenir à cet exploit d’immersion, certains prérequis sont à cocher sur la check list de rigueur : la qualité visuelle doit être au rendez-vous (check…), au même titre que son homologue sonore (check aussi…), l’isolation phonique et lumineuse doit également être de la partie (check encore…) et le confort doit s’imposer dans toute sa volupté pour que le visionnage se passe dans les meilleures conditions (hum… check ?).

Fiche Technique

Avant de passer au test en bonne et due forme, arrêtons-nous deux minutes sur les spécifications techniques du dénommé « Moon » qui nous est proposé par la firme chinoise Royole.

Le présent casque, pliable, rétractable, transportable (c’est comme vous préférez), s’articule principalement autour de deux écrans AMOLED d’une définition Full HD (1920x1080p). Ces deux dalles offrent une densité de pixels qui s’établit (selon les documents fournis par le constructeur) à pas moins de 3000 ppi, et sont accompagnées de deux lentilles réglables permettant d’utiliser l’appareil sans lunettes.

Voici ce que donnera le Moon une fois replié.

Myopie et hypermétropies peuvent en effet être corrigées grâce à des molettes permettant de passer de -7 dioptries à +2 dioptries sur chaque œil. Notons par contre que l’astigmatisme n’est pas «prise en charge » par ces fameux réglages.

Le Moon est raccordé (via un cordon USB Type-C vaguement tronqué) à un petit boîtier embarquant la connectique de l’appareil (1 sortie Micro HDMI et 1 entrée Micro USB – des adaptateurs sont fournis), sa batterie (6000 mAh), mais aussi un peu de stockage (32 Go pour être précis) ainsi qu’une connectivité Wifi / Bluetooth.

Le tout dispose bien évidemment d’une partie casque audio haute fidélité, dotée d’une réduction de bruit active.

À noter enfin que le Royole Moon pèse 692 grammes, qu’il est compatible 3D et qu’il est proposé sur le marché en trois coloris (noir, doré et blanc) au tarif indicatif de 899 euros en Europe.

Design & Assemblage

L’interlude fiche technique passée, il est grand temps de rentrer dans le vif du sujet. Côté design, le Moon est difficilement attaquable. L’appareil est élégant, plutôt sobre dans l’ensemble et il a la chance de bénéficier d’un bon niveau d’assemblage, mais aussi de matériaux de qualité.

En ce qui nous concerne, nous avons reçu en test la déclinaison noire de l’appareil. Il s’agit probablement du modèle le plus élégant de la gamme puisqu’il est en réalité tricolore. Au-delà du noir, cette déclinaison est ponctuée de parties marron clair et de quelques pièces dorées. Sans jamais faire dans le clinquant, le casque se cramponne – côté look – à un classicisme des plus efficaces. Nous ne nous en plaindrons pas, d’autant que – comme évoqué plus haut – la qualité d’assemblage suit derrière.

Sans négliger la souplesse qui est indispensable à un appareil voué à être porté, le casque semble par ailleurs tout ce qu’il y a de plus solide. On a jamais peur de le manipuler, de le régler ou de le mettre dans un sac. Un bon point pour objet destiné avant tout à être emmené en voyage.

Au rayon des reproches, nous regrettons toutefois (et encore, on chipote un peu) que Royole n’ait pas opté pour des glissières de réglage plus silencieuses. Les différents ajustements que l’on sera amené à faire lorsqu’on passera le casque se feront dans un cliquetis décidément très sec et bruyant. Dommage.

Notons par contre que le casque s’avère assez simple à entretenir. Toutes les parties en contact avec le visage ou les oreilles sont en simili cuir. Il sera très facile de les nettoyer correctement avec une lingette. Mieux encore, la partie qui se trouve plaquée contre le front, autour des yeux et sur les joues est détachable (merci les scratchs). Une fois ôtée, un nettoyage en détail de cette bande alvéolée sera donc possible et ce ne sera pas du luxe. Car oui, cette dernière sera exposée à la transpiration – et de la sueur, soyez-en sûrs, avec le Moon il y en aura…

Confort & Ergonomie

Nous nous attaquons ici au seul véritable point noir du casque confectionné par Royole… mais quel point noir !

Inutile de faire durer un suspense déjà plus que bancal, vous l’aurez compris, le Moon n’est pas le plus confortable des appareils. Si l’on a fait de jolis progrès sur les casques de VR en vue de les rendre relativement agréables à porter sur des sessions de jeu prolongées, force est malheureusement de constater que Royole devrait revoir sa copie dès que possible en la matière, et ce pour deux principales raisons.

La première viendra tout bêtement d’un souci d’ « aération » (avec de gros guillemets) de la partie qui viendra se plaquer contre le visage. Difficile de dire comment la firme s’y est prise, mais en l’état on transpire à grosses gouttes une fois cette « visière » correctement positionnée – et parfois au bout de quelques minutes seulement. Cela entraîne un gros problème de buée, qui envahira à coup sûr les deux lentilles.

On y verra donc plus rien et il faudra alors enlever le casque, essuyer les lentilles (ainsi que son front au passage), et tout repositionner pour reprendre ses activités. Au bout du compte, sur un film de 2 heures, on passe par cette case « entretien des lentilles » très (trop) régulièrement – au point d’agacer assez franchement votre serviteur, qui est pourtant d’un naturel assez patient… Une pure folie sur un appareil vendu tout de même 900 euros.

L’autre souci dépend – là aussi – de la conception même du casque. Sans être inconfortable, ce dernier ne semble en réalité pas vraiment adapté à un visionnage prolongé. Pour l’avoir testé avec le dernier Nolan, le générique de fin était presque un soulagement (et pourtant, Dunkerque est excellent). L’idée de retirer le casque pour le poser dans un coin devient quasi obsessionnelle au bout d’une heure environ – ce qui, vous en conviendrez sûrement, est particulièrement embêtant pour un appareil justement prévu pour regarder des films.

Les réglages optiques sont complets est plutôt bien pensés.

Retirer cette partie réglera le problème de buée, malheureusement le casque reposera alors essentiellement sur le nez et l’on perdra en immersion…

Le fait est que le poids du Moon est assez mal réparti. Le bloc embarquant l’écran et les lentilles (la partie la plus lourde, naturellement) est presque entièrement soutenu par le front, les pommettes, et éventuellement le nez (heureusement de manière plus légère). Au bout d’un moment le tout sera donc assez déplaisant à porter, d’autant que l’épaisseur de mousse sur cette partie de l’appareil n’est pas suffisante pour compenser son poids…

Si le confort global de l’appareil laisse souvent à désirer, il faut par contre reconnaître qu’en termes de prise en main, Royole fait un sans-faute. Les commandes tactiles positionnées sur l’écouteur droit sont intuitives, et permettent de faire pas mal de choses sans effort.

Mine de rien, on peut faire beaucoup de choses avec cet écouteur…

La navigation dans les différents menus se fait naturellement (un clic pour entrer, deux clics pour revenir en arrière et des balayages pour passer d’une case à l’autre) et lors du visionnage d’un film les principaux réglages seront tous accessibles du bout de l’index (mention spéciale à la mise au point du volume, particulièrement bien pensée).

Aucun souci de ce côté donc, même si le système montrera fatalement ses limites lorsqu’il s’agira d’entrer du texte via le clavier virtuel. Difficile cependant de blâmer le constructeur. Pour l’heure, il est compliqué de faire mieux.

Écrans & Son

Là aussi Royole fait du bon boulot, les deux dalles AMOLED 1080p intégrées à l’appareil sont de très belle qualité. Leur luminosité maximale comme minimale est satisfaisante, et leur colorimétrie particulièrement convaincante. Les couleurs y sont vives et vibrantes sans être exagérées, équilibre étant ici le maître mot.

AMOLED oblige, le contraste est excellent et permet d’avoir des noirs profonds, qui viendront renforcer la bonne impression qui se dégage de l’affichage, malgré le sentiment que l’on aura de regarder, du fait des lentilles, à travers un gros hublot.

Nous l’avons dit plus haut, le Moon propose aussi une prise en charge de la 3D. Si l’on sent que cette compatibilité est un peu accessoire, elle a tout de même le mérité d’être là et de profiter d’un rendu honnête à défaut d’être époustouflant. Évidemment tout dépendra de la qualité des fichiers 3D utilisés, mais dans l’ensemble le casque fait le taf de ce côté, malgré une légère grille de pixels présente dans certaines conditions.

En réalité le seul reproche que l’on formulera ne concernera pas la qualité d’image proposée, mais plutôt le dégagement thermique de ces deux écrans. Au bout d’une vingtaine de minutes, leur chaleur se fait sentir que ce soit à l’intérieur du casque ou à l’extérieur, ce qui a pour effet de renforcer les problèmes mentionnés dans la rubrique précédente du test.

Côté son, on sent en revanche qu’il y a un parti pris du constructeur pour quelque chose de pondéré. Peut-être un peu trop. Si dans l’ensemble on hérite de fréquences détaillées et d’une belle spatialisation, on notera tout de même un volume maximal un peu faiblard (compensé par une réduction de bruit active très efficace), des basses assez timides et une certaine saturation dans les aigus. L’accent est mis sur les médiums, semble-t-il, ce qui n’est pas forcément idiot pour des films.

Pour écouter de la musique ou se mater un bon vieux concert d’AC/DC on déchantera par contre un peu. Rien de rédhibitoire, bien sûr, mais il est clair que Royole a fait un choix – et il ne plaira pas forcément à tout le monde.

Fonctionnalité & Autonomie

En termes de fonctionnalités la firme propose pas mal de choses. Tout d’abord, nous avons droit à un OS reposant sur une base Android. Cela permettra aux PCistes de gérer le transfert de fichiers de la même manière qu’avec n’importe quel appareil tournant sous le système d’exploitation de Google. Brancher, copier et débrancher suffiront donc à intégrer au stockage interne du Moon, de la musique et quelques films.

Les utilisateurs de Macs devront en revanche passer par un utilitaire prévu à cet effet. Il faudra au préalable le télécharger et l’installer sur sa machine avant de pouvoir transférer des fichiers. C’est donc un peu plus laborieux, mais les amateurs de produits Apple sont habitués à ce genre de petites déconvenues.

Pour le reste, nous profitons sur le casque d’une interface claire et concise… à défaut d’être tout à fait complète. Le strict nécessaire est bien là et le tout sera accessible très simplement, mais l’on regrette l’absence du Google Play Store, qui n’est pas disponible par défaut sur le casque.

Dans ces conditions, on aurait par exemple apprécié que plus d’applications vidéo soient proposées de base sur l’appareil. Il faudra ici se contenter de YouTube et rien d’autre. Installer d’emblée Netflix, Amazon Prime Video et consorts n’aurait pas été de trop, d’autant que l’installation d’application supplémentaire s’avère en l’état plutôt pénible.

Quoi qu’il en soit le casque proposé par Royole se dote d’un boîtier embarquant notamment mémoire, batterie et connectique.

Les finitions du boîtier sont exemplaires.

Pour ce qui est de la mémoire, ou plutôt du stockage interne, pas de folie au programme. Il faut se contenter de seulement 32 Go. Autant dire qu’à coup de contenus en 1080p, on aura très vite rempli le tout. Restera alors à se rabattre sur l’entrée USB proposée.

Via cette dernière il est heureusement possible de brancher une clé ou un disque dur, et donc d’accroître considérablement la bibliothèque de films que l’on voudra emporter en déplacement. Pour autant, l’absence d’un stockage plus conséquent (64 ou 128 Go par exemple) se fait tout de même sentir. Dans la même idée, on ne peut que regretter que Royole n’ait pas ajouté à son boîtier un port microSD, qui aurait clairement permis de corriger le tir question stockage.

Nous l’avons dit plus haut, le Moon propose une sortie HDMI. Elle a le mérite de permettre le raccordement de n’importe quel appareil disposant de cette connectique. Nous y avons notamment connecté un PC portable et une PlayStation 4. Si l’intérêt de raccorder un ordinateur à son Moon est finalement limité, jouer à la console en étant totalement immergé dans un univers feutré est très agréable.

Nous avons notamment lancé Uncharted 4 depuis le casque avec une joie non dissimulée, d’autant plus que le titre rend super bien sûr le duo d’écran AMOLED du présent appareil. Le réflexe de bouger la tête à droite et à gauche comme avec un « vrai » casque de VR a par contre tendance à parasiter légèrement l’expérience de jeu.

Bouclons ce test en abordant rapidement la question de l’autonomie du Royole Moon. La firme indiquait une endurance de 5 heures. À quelques minutes près, on y est. Le casque permettra donc de regarder à la louche deux films en entier avant de réclamer une prise électrique.

C’est finalement assez peu quand on compare ce que le Moon propose aux autonomies de certains smartphones ou laptops. Notons cependant que l’appareil peut se recharger via USB, et qu’une batterie externe suffira donc combler à ses lacunes sur ce point précis.

La béatitude illustrée. L’air crétin en prime.

DESIGN & ASSEMBLAGE9
CONFORT & ERGONOMIE5
ECRANS9
SON8
FONCTIONNALITÉS8
AUTONOMIE7
Le Moon est un appareil haut de gamme intéressant à bien des égards, mais l’expérience qu’il propose est malheureusement plombée par un confort des plus discutables. Impossible de regarder un film sans devoir faire avec les affres de la sudation causée par une conception qui manque de bon sens. Mal aéré et bizarrement équilibré en terme de maintient, le casque montre vite ses limites et ce en dépit d'un aspect audio / vidéo tout à fait réussi.
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Nathan

Breton (presque) pure souche, Nathan est un nerd mordu d'Histoire avec un grand H et de Rock avec un grand R. Selon lui, en matière de musique, plus c'est vieux... mieux c'est.