Test de Persona 5 (PS4/PS3)

Ultime bastion d’un savoir-faire nippon en matière de RPG évaporé dans la géneration HD, la franchise Persona était attendue tous feux dehors pour son cinquième épisode canonique.

Et au vu de la situation économique mondiale, quoi de plus compréhensible que de vouloir retrouver, une fois encore, les bancs et les amourettes du lycée, un temps où les responsabilités n’allaient pas plus loin que des copies à rendre et des tours de vaisselle à assurer. À noter que dans le cas de ce Persona 5, être un proche de Mireille Dumas pourra constituer un plus.

« Et qu’à l’appel du loup, tu brises enfin tes chaînes »

N’apparaissant pas vraiment telle la meilleure porte d’entrée à présenter à un néophyte de la série, The Legend of Zelda: Breath of the Wild se veut pourtant un titre que n’importe quel type de joueur peut être à même d’apprécier, tant l’intérêt de l’expérience réside dans la multitude de manières, souvent gratifiantes, d’aborder cet Hyrule-là. Pour tout vous dire, si je n’étais pas en train de rédiger ces impressions, je serais en train de jouer à Breath of the Wild tout mon soûl sans jamais imaginer que demain puisse se lev… excusez-moi un instant, on m’appelle… Oui ?… Ah, mais vous tombez mal vous savez, je… Oui… Mmm… D’accord… Comment ? Persona 5 ? Dans mes mains si je veux ? Non non, je ne m’adonnais à aucune activité et n’ai rien de prévu pour mes 100 prochaines heures de libre.

Contraint de poursuivre sa scolarité dans un autre établissement après s’être (attention c’est affreux) durement interposé entre une femme et un homme qui voulait la faire monter de force dans sa voiture, le jeune Didier (on peut nommer le personnage principal à sa guise) pouvait espérer atterrir dans un cadre plus serein dénué de toute allusion à son délit passé. Pensez donc, c’est à peine si on va le suspecter d’avoir arraché l’œil de la victime et de l’avoir dévoré sous le regard effaré des policiers venus l’arrêter. Fort heureusement pour lui, Didier et quelques camarades vont avoir l’occasion de se défouler dans une sorte de monde parallèle où, vêtue tels des invités au bal masqué de La Compagnie Créole, la troupe ira taper des incarnations démoniaques pour corriger les travers de la réalité.

Arsène vengeur

Fort heureusement pour le joueur, cette vie de rebut de la société va se traduire à l’image, et ce avant même d’arriver à l’écran-titre, par une profusion de scènes colorées (un peu moins sur PS3 cependant, voir plus bas) dégueulant leur maîtrise du pop art au risque de donner le tournis au travers des nombreux menus, effectivement tout fous, du jeu.

Le jeu tiens, parlons-en, parce que sa forme plus décomplexée que jamais pourrait laisser croire, à tort, à un fond bouleversé. Bonne nouvelle, Persona 5, comme ses deux prédécesseurs, soit un J-RPG « chébran » au tour par tour, vous fera passer une année scolaire aussi bien riche de profs/examens à subir que de sous-fifres/grands patrons à punir.

Avec toujours ce principe de Personas (matérialisations de la combativité spirituelle de leur détenteur) renforcés dans l’univers parallèle par des liens sociaux tissés dans le « vrai » monde.

Tout comme l’obtention de ces entités différait dans Persona 4 par rapport à Persona 3, Persona 5 offre une autre manière de se constituer un Compendium. Pas inédite toutefois puisque reprenant une composante essentielle de la série Shin Megami Tensei dont la franchise Persona est dérivée, les discussions avec les démons pouvant conduire à recruter la créature, obtenir de l’argent ou bien récupérer un objet. Les affrontements s’en voient par conséquents complexifiés, même si la difficulté de base n’incitait pas vraiment à lever la barre de quelques degrés supplémentaires.

Les donjons (appelés Palaces ici) appellent en effet à prendre son temps et à les parcourir (voire savourer) sur plusieurs jours, la faute à des combats vidant assez vite les points de magie de l’équipe et à des objets régénérants brillant par leur rareté. Et attendez de découvrir les nouvelles actions offertes à la fois à votre équipe et à l’opposition pour saisir plus encore toute la complexité d’un système qui, contrairement à ce que le nouveau venu pourrait être tenté de penser, offre au joueur de se sentir à son aise tout en le confrontant à de nombreux défis.

La perspective du prochain combat vous fait transpirer des doigts ? Une nouvelle mécanique d’infiltration permet d’esquiver les ennemis et même de souvent avoir l’avantage en abordant les joutes. Vous craignez de passer devant des objets à récupérer sans les remarquer ? Une capacité déblocable assez tôt dans le jeu pourra les mettre en surbrillance.

Catherine allégresse

Et dire que même en reprenant la vue de trois-quart des volets passés, Persona 5 serait resté une ballade à faire recommander par tous les conseillers d’orientation de France.

Fort de l’expérience acquise avec Catherine (un puzzle game à l’exécution de ses phases d’action aussi hasardeuse que la relation amoureuse de son héros), Atlus a repris son joli moteur graphique et ainsi fait entrer la licence Persona dans une nouvelle dimension, et la mise en scène plus affirmée de son cinquième épisode lui permet de rafraîchissantes phases d’action contextuelles. À noter que c’est Production I.G, et non le Studio C déjà à l’œuvre sur Catherine, qui signe les scènes animées de Persona 5 avec une semblable réussite (un conseil, activez les sous-titres dans les options dès que possible si l’anglais parlé vous pose problème).

Autre idée reprise de ce Rapunzel-like, le partage de vos décisions in-game avec les serveurs du jeu, permettant par exemple de connaître la proportion de joueurs étant directement partie conquérir un Palace à tel moment au lieu d’avoir cherché à améliorer ses liens sociaux.

À force de laisser entendre que Persona 5 ne laisse aucun angle mort duquel on pourrait l’attaquer en fourbe, on en finirait presque par négliger qu’il ne se livre d’abord pas au premier venu.

Comme évoqué plus haut, l’habitué du RPG à la vieille école pensera dans un premier temps que bourriner le bouton d’attaque réglera les problèmes des premières heures de jeu. Alors que non. Et puis Persona 5 donne le tournis à se montrer aussi généreux dès le premier soir (si vous l’avez acheté après le boulot), en ajoutant que le sentiment de pouvoir explorer à peu près librement votre coin de Tokyo arrivera une bonne dizaine d’heures après avoir lancé une nouvelle partie.

Entre-temps, le jeu vous aura immergé dans son univers barré mais pourtant crédible au travers d’une écriture toujours aussi percutante même en abordant des thèmes difficiles tels le harcèlement sexuel et le suicide. Le tout illustré par les compositions toujours electro-jazzy-rock et à-propos de Shoji Meguro, qui semble par ailleurs lorgner du côté de No More Heroes pour certains morceaux.

Plus maîtrisé que jamais, Persona 5 est le type même de jeu qui fait ce qu’il doit être sans qu’on ait osé le lui demander. Alors oui, les intolérants aux folies japonaises prendront le risque de vomir en sept couleurs après s’y être essayé, mais il leur sera ardu de prétendre qu’ils n’en ont pas eu pour leur argent. Si tout ce que vous venez de lire est encore trop sibyllin à vos yeux, le mieux serait finalement que vous ayez tout oublié au moment de passer à la caisse, à l’exception peut-être de cette conclusion : Persona 5, c’est un peu comme un cahier de vacances Passeport au sein duquel on aurait glissé un sachet de frites qui piquent; c’est acidulé, ça peut prendre la tête, mais quels chouettes souvenirs !


Version PS3 : une précieuse pas ridicule

Avec ses allures de jeu PS3 de luxe, Persona 5 sait-il justement resplendir de mille feux sur la génération précédente ? Cette mouture dont on pensait qu’elle ne voyagerait pas au-delà de sa terre natale souffre quelque peu de la comparaison avec la version PS4 dans la mesure où les couleurs sont plus vives et l’ensemble plus fin sur cette dernière.

Et pour un titre où le feu d’artifice permanent est presque une manière de vivre, cette différence est loin d’être négligeable. Les chargements demeurent au passage très acceptables (hormis le premier qui pourra vous donner l’impression qu’un bûcheron en tenue de travail a été enfermé dans votre console). Au final, tout vient à point à qui sait attendre puisque, plus de dix ans après sa sortie, la PS3 se dote ici de son meilleur représentant du jeu de rôle japonais.

PS4/PS3 – Jovial-RPG  – Sorti le 4 avril 2017 en Europe – Développé par Atlus, édité en Europe par Deep Silver – Testé sur une version fournie par l’éditeur (PS4) et une version commerciale (PS3)

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