Une archive mondiale en prévision d’une fin du monde

Une société norvégienne vient d’ouvrir depuis le 27 mars une base de données inédite, l’Artic World Archive, située sous une montagne de l’île du Spitzberg en Arctique, à mille kilomètres seulement du pôle Nord.

Elle propose aux États de sauvegarder toutes les données numériques importantes sur des supports physiques, en vue d’une conservation en cas de fin du monde. Il faut dire que l’Horloge de l’Apocalypse n’a jamais été aussi proche de minuit : 23:57:30 suite à l’élection de Donald Trump en janvier.

Cette horloge conceptuelle symbolise l’imminence d’un cataclysme planétaire. Elle a été inventée lors de la guerre froide, pour dénoncer le risque permanent qui planait.

L’Arctique, lieu de prédilection qui abrite déjà une réserve

Ce bâtiment mystérieux souhaite donc recueillir les connaissances mondiales, au cas où. Il se trouve dans une partie d’une ancienne mine désaffectée, qui héberge déjà une réserve mondiale dédiée aux plantes.

En effet, la mine abrite la réserve mondiale de semences du Svalbard, qui sauvegarde les graines de toutes les cultures de la planète pour ainsi préserver la diversité génétique. Cette chambre forte gigantesque se trouve à 120 mètres de profondeur. Sa construction a été financée par le gouvernement norvégien pour un coût avoisinant les 8 millions de dollars.

Elle contient 541 millions de graines de plus de 843 000 espèces de plantes différentes depuis 2008. Un panel de belles ressources.

Elle a d’ailleurs servi suite au conflit syrien, pour reconstituer les stocks dans les pays voisins après la guerre.

Ces banques de sauvegarde ont choisi le Spitzberg pour son activité tectonique nulle et son permafrost, qui garantit qu’elle restera au sec même en cas de fonte des glaces ou d’élévation du niveau de la mer. Le tout se trouve dans une zone démilitarisée.

Une forteresse pour la mémoire collective

La société responsable, Piql, souhaite à l’avenir créer une zone spécifique, avec sa propre porte d’entrée. À la différence de la réserve de graines qui est financièrement prise en charge par la Norvège et les ONG, l’Archive Mondiale Arctique est payante. Le prix du service n’est pas encore communiqué, mais l’on imagine que la facture sera logiquement très salée.

Pour l’heure, les gouvernements brésiliens et mexicains ont participé à l’ouverture du site et ont déjà archivé quelques documents historiques.

Le support physique d’enregistrement est loin du disque dur classique. Il s’agit de films photosensibles sur lesquels sont imprimées les données. Une fois sauvegardées, elles ne peuvent être modifiées, ce qui évite le risque d’usurpation. Les microfilms peuvent se conserver au moins 500 ans. Leur seul défaut concerne leur encombrement, puisque 40 centimètres de film ne peuvent contenir que 120 Go de données.

Bien loin de la taille d’une clé USB.

Cette démarche est une bonne idée dans un sens, mais peut être anxiogène dans l’autre. Jusqu’où l’Homme devra-t-il aller pour faire face à la destruction du patrimoine lors des guerres ? Malgré les conflits, elle est la preuve de l’égalité face à « l’après »…

La solution idéale, ce serait d’éradiquer les conflits, pour ne plus avoir à se soucier de la mémoire collective, qui perdurera grâce à la paix universelle. Utopique, vous avez dit ?