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YouTube accusé d’endoctriner les partisans de la Terre plate

YouTube n’a pas que des admirateurs. La plateforme vient ainsi d’être prise pour cible par le Dr Asheley Landrum, de la Texas Tech University. L’enseignante-chercheuse accuse en effet le service d’endoctriner involontairement ses utilisateurs par le biais de ses suggestions et de les pousser à prendre pour acquises des idées fantaisistes comme la théorie fumeuse de la Terre plate.

Le Dr Asheley Landrum travaille depuis plusieurs années pour la Texas Tech University et elle s’intéresse plus particulièrement à la cognition sociale et à toute la psychologie autour des médias.

Terre Plate

Crédits Pixabay

Elle est en effet convaincue que les médias et les plateformes sociales jouent désormais un rôle prépondérant dans la psyché des individus, notamment sur le plan informatif.

YouTube nous ferait-il croire que la Terre est plate ?

Récemment, l’enseignante-chercheuse a porté son intérêt sur tous les phénomènes liés aux théories complotistes et à la manière dont ces dernières se répandent à travers nos sociétés modernes.

Très populaires, ces théories sont en effet légion et elles font de plus en plus d’adeptes à mesure que passent les années. Ce n’est d’ailleurs pas propre aux Américains et les Français ont eux aussi tendance à considérer certaines de ces théories comme vraies. C’est du moins ce qu’a révélé la dernière étude menée par Conspiracy Watch et la Fondation Jean-Jaurès.

Le Dr Asheley Landrum pense pour sa part que les plateformes sociales ont leur part de responsabilité dans la popularisation de ces théories.

Elle va même plus loin en accusant YouTube d’endoctriner les internautes et de les pousser à accorder du crédit à ces mouvements : « YouTube a vraiment propagé le mouvement de la Terre plate d’une manière qui, à mon avis, n’a jamais été réalisée auparavant avec aucune communauté de complotistes ».

Pour en venir à cette conclusion, l’enseignante-chercheuse a tout simplement participé aux deux dernières conférences internationales organisées par la Flat Earth Society et elle a demandé aux visiteurs d’où leur venait l’idée d’une terre plate. Les trente personnes interrogées lors de la première conférence ont toute répondu la même chose. Elles ont en effet déclaré avoir été informées du phénomène par YouTube.

Plus étonnant, en discutant avec ces personnes, la chercheuse a réalisé que ces dernières avaient un bon niveau d’étude. La plupart d’entre elles détenaient un diplôme du secondaire et certaines occupaient des postes d’ingénieur, d’enseignant suppléant ou même d’assistante sociale.

Un problème de plateforme sociale… ou de société ?

Bien sûr, la chercheuse ne s’est pas limitée à cette seule théorie du complot et elle a également posé des questions sur les chemtrails ou encore les attentats du 11 septembre. Il semblerait cependant que la théorie de la Terre plate soit la plus populaire sur YouTube. De son point de vue, le phénomène est même centré sur la plateforme.

Et le vrai problème, d’après elle, vient principalement des algorithmes utilisés pour les suggestions de la plateforme. La chercheuse estime en effet que ces derniers ont tendance à « enfermer » le spectateur dans des contenus trop spécifiques et il suffit ainsi que l’utilisateur regarde une ou deux vidéos complotistes pour que les algorithmes lui en fassent remonter des dizaines. En conséquence, les internautes les moins informés peuvent avoir tendance à croire que l’accumulation des « preuves » présentées atteste de la viabilité de la théorie.

En soi, les conclusions du Dr Asheley Landrum n’ont rien de surprenantes. Une étude menée l’année dernière par le centre de recherche Pew Research Center a en effet révélé qu’un internaute sur deux apprenait ou s’informait sur YouTube.

Quelques mois plus tôt, YouTube avait été accusé par le Guardian de favoriser les théories du complot pour retenir captifs les internautes.

Google avait à l’époque critiqué la méthodologie utilisée par nos confrères pour en venir à cette conclusion, mais la firme semble en avoir tiré leçon puisqu’elle a annoncé au début du mois que les contenus conspirationnistes ne seront plus mis en avant dans les suggestions de la plateforme.

Reste maintenant à déterminer si YouTube est l’origine… ou plutôt la conséquence du problème. On peut en effet se demander si le fond du problème ne vient pas de la défiance d’une partie de la population pour les médias, les scientifiques et les représentants politiques.

Une défiance par ailleurs souvent utilisée comme une arme politique par les partis les plus extrémistes.

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