110 000 personnes auraient été contaminées par les essais nucléaires français

Les îles de la Polynésie française ont servi de terrain pour des essais nucléaires entre 1966 et 1996. Ces opérations, menées par l’armée française, auraient contaminé 110 000 personnes selon un rapport accablant.

En 1966, la France a lancé un programme secret d’armement nucléaire avec des séries de tests sur les atolls polynésiens de Moruroa et Fangataufa. Les opérations ont duré 30 ans avant de se terminer en 1996 à la suite d’importantes manifestations. Au cours de cette période, environ 200 explosions nucléaires avaient été enregistrées. Une enquête révèle maintenant l’horrible étendue de ces trois décennies d’essais nucléaires controversés. Le rapport met en perspective l’ampleur réelle d’une catastrophe sanitaire non atténuée qui, selon les chercheurs, serait cachée ou ignorée.

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On doit notamment cette enquête à une équipe internationale composée d’experts en sécurité, d’analystes et de journalistes d’investigation.

Presque toute la population polynésienne contaminée

À cet effet, le groupe a assemblé et examiné pendant deux ans près de 2 000 pages d’archives gouvernementales et militaires françaises déclassifiées.

« Selon nos calculs, sur la base d’une réévaluation scientifique des doses reçues, environ 110 000 personnes ont été contaminées, soit la quasi-totalité de la population polynésienne de l’époque », a expliqué l’un des chercheurs, nous rapporte Science Alert. Les preuves contenues dans les archives indiquent que la contamination aux particules radioactives était responsable d’un cluster de cas de cancer dans la région.

L’ampleur des essais nucléaires ne cessait de monter en grade au fil des années, augmentant en même temps les risques encourus par la population polynésienne. En 1971 et 1974, des explosions avaient même libéré d’énormes nuages de particules radioactives transportées par le vent sans que les gens s’en rendent compte.

Les scientifiques militaires de l’époque savaient pourtant les conséquences dangereuses de tels essais sur le sol, l’air et l’eau, affirme l’étude.

Moins de 500 victimes dédommagées

Par ailleurs, un essai nucléaire de 1974 aurait exposé 110 000 Polynésiens à de considérables radiations. La Polynésie française comptait cette année-là environ 125 000 habitants !

Les autorités françaises ont constamment sous-estimé et nié l’ampleur des dangers de ce programme nucléaire militaire. À ce jour, seules 454 personnes ont reçu une compensation du gouvernement en reconnaissance des impacts sur la santé des essais nucléaires dans l’archipel polynésien. Plus de 80 % des demandes de dédommagement ont été rejetées sans qu’on sache pourquoi.