A la recherche du passé perdu de la Terre

En géologie, il existe des lacunes que les scientifiques appellent les « non-conformités ». Ces lacunes ont lieu lorsque deux couches de roche provenant de deux périodes largement différentes sont directement superposées. Parfois, la période séparant les deux couches peut atteindre un milliard d’années, ce qui peut amener à penser que des forces naturelles ont empêché les sédiments disparus de subsister.

Récemment, une équipe de chercheurs menée par Rebecca Flowers, géologue à l’Université de Colorado Boulder, a publié un article dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences proposant une nouvelle approche quant à la cause de la formation de la « Grande Non-conformité » ou « Great Unconformity ». Il s’agit d’une lacune que l’on peut retrouver dans des rochers partout dans le monde, et dont la période « disparue » s’étend d’il y a 550 millions d’années jusqu’à il y a plus d’un milliard d’années.

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Les non-conformités ont toujours suscité la curiosité des géologues, car elles correspondent à un passé perdu qui pourrait apporter d’importantes informations sur l’évolution de la Terre.

Une tout autre hypothèse

Des scientifiques avaient déjà avancé une certaine hypothèse concernant la disparition de certaines couches de sédiments. Selon cette hypothèse, les lacunes auraient été créées par l’érosion qui a eu lieu lors des phases « Snowball Earth » de notre planète. Lors de ces phases, le globe a été dans un état glacé pour au moins deux cycles, et ce entre 715 millions d’années et 640 millions d’années auparavant.

De leur côté, Flowers et son équipe proposent l’hypothèse que la lacune a été créée par des phénomènes tectoniques régionaux plutôt que par un événement global synchrone. Selon les informations, ils sont arrivés à cette conclusion après l’analyse d’une non-conformité dans un affleurement de granite se situant à Pikes Peak dans le Colorado. Selon Flowers, ils sont aussi en train d’examiner d’autres sites en Amérique du Nord, comme celui du Grand Canyon, et prévoient également de visiter des sites sur d’autres continents. Le but est de vérifier s’il y a bien eu une érosion globale synchrone ou plutôt de multiples « Grandes Non-conformités » ayant eu lieu à des moments différents et avec des causes différentes.

La méthode utilisée

Au cours de leurs travaux, les chercheurs ont analysé des échantillons de minéraux et de cristaux provenant des rochers à étudier. Ils ont par exemple analysé des échantillons d’hématite ou encore de zircon, qui peuvent être utilisés pour faire la reconstruction de l’histoire thermique des couches de sédiments. Les résultats publiés dans l’article ont révélé que les roches étudiées à Pikes Peak avaient subi une érosion bien avant le premier cas de Snowball Earth. L’érosion en question n’a donc pas pu être le fruit d’une glaciation.

Les scientifiques derrière la récente étude suggèrent ainsi que ce qui a provoqué la lacune à Pikes Peak, ce sont les processus tectoniques associés à la formation et à l’éclatement de Rodinia. Ce dernier est un supercontinent ayant existé depuis environ un milliard d’années au moment de la phase Snowball Earth.

Selon les géologues, il faudra encore plus de recherche pour en savoir plus sur ce qui a réellement causé les non-conformités, en particulier la Grande Non-conformité.

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