L’affaire du col Dyatlov résolue grâce à une simulation informatique ?

L’affaire du col Dyatlov déchaîne les passions depuis 62 ans maintenant, et elle vient peut-être de se trouver une conclusion grâce à une simulation informatique menée par une équipe scientifique.

Cette affaire remonte à la fin des années 50. Un groupe de randonneurs expérimentés a eu l’idée de se former et de voyager à travers le nord de l’Oural, en Russie, afin d’attendre Otorten, une montagne réputée pour être très difficile d’accès. Le chemin à emprunter était en effet classé catégorie III à cette période de l’année, soit une catégorie difficile en randonnée.

Des montagnes dissimulées par le brouillard
Image par cafepampas de Pixabay

Les randonneurs sont arrivés à Ivdel en train le 25 janvier et ils ont ensuite pris un camion pour rejoindre Vijai, le dernier village du nord de l’oblast.

Une affaire qui remonte aux années 50

Après une brève escale, ils ont commencé à marcher en direction de la montagne tant convoitée. Il était dix, mais l’un d’entre eux a été obligé d’annuler le lendemain du départ pour cause de maladie. Les randonneurs se sont alors retrouvés à neuf.

Selon le journal retrouvé après les événements, le groupe a réussi à atteindre les pieds de la montagne le 31 janvier et ses membres se sont alors préparés pour la montée. Ils se sont ainsi délestés de l’équipement superflu, mais aussi de leurs réserves de vivres. Réserves qu’ils étaient censés retrouver en redescendant de la montagne.

Ce n’est malheureusement jamais arrivé.

Le 1er février, les randonneurs ont commencé à traverser le col et ils ont alors été confrontés à une tempête violente. Un blizzard qui a induit une perte de visibilité et qui les a malheureusement fait dévier vers l’ouest. Après d’être rendu compte de leur erreur, ils ont donc montré un campement pour passer la nuit. Puis, plus rien.

Une disparition soudaine

Le groupe n’a plus donné signe de nouvelle. Le 12 février, date à laquelle leur retour était prévu, leur famille a donc prévenu les autorités locales. Sans la moindre réaction, les retards étant fréquents.

Ce n’est que le 20 février, soit huit jours plus tard, qu’une équipe de recherche a été formée. Elle a eu besoin de six jours pour trouver le camp abandonné, un camp situé sur le mont Kholat Syakhi, là où les randonneurs s’étaient égarés.

C’est alors que l’affaire a pris une toute nouvelle tournure. En fouillant les lieux, l’équipe de secours a eu la surprise de découvrir que la tente avait été découpée de l’intérieur. Plus surprenant encore, les chaussures et l’équipement des randonneurs se trouvaient toujours sur place, laissant penser à une évacuation d’urgence.

Les sauveteurs ont alors repéré des empreintes de pas au sol, des empreintes menant à un bois situé à 1,5 km au nord-est. C’est alors qu’ils ont découvert les restes d’un feu… et deux corps : celui de Krivonichtchenko et de Dorochenko. Des corps déchaussés, en sous-vêtements. L’équipe a alors continué à explorer les alentours, ce qui lui a permis de découvrir deux autres corps, celui de Dyatlov et de Kolmogorova. Des corps dont la position laissait penser que les deux hommes retournaient au camp au moment de leur mort.

Des blessures extrêmement graves

Le 5 mars, soit près d’un mois après la disparition des randonneurs, un cinquième corps a été retrouvé, celui de Slobodine. Il se trouvait près des autres et sa position laissait penser que l’homme cherchait une fois encore à retourner au camp.

Les sauveteurs ont ensuite eu besoin de deux mois pour découvrir les quatre corps restants. Des corps gisant sous plus de quatre mètres de neige, dans un ravin de la vallée. Des corps mieux vêtus et portant les vêtements des autres randonneurs, mais présentant des traces de traumas importants, comme des côtes brisées, des yeux et des langues arrachés.

L’enquête a été longue et difficile. La police a conclu que tous les randonneurs étaient morts d’hypothermie, mais elle a également réalisé que de nombreux corps présentaient des traces de coups, ou pire. Le corps de Zolotariov, par exemple, était dans un état tel qu’il n’a même pas pu être identifié par la famille.

Mais ce n’est pas le plus surprenant. En analysant les vêtements des randonneurs, les enquêteurs ont détecté de fortes traces de radiation, des traces qu’ils n’ont jamais pu expliquer.

Une série de controverses

Puis, très vite, les premières controverses ont commencé à éclater, notamment en ce qui concerne la datation du dossier. Une datation remontant au 6 février 1959, soit bien avant que l’enquête ne démarre. Même son de cloche du côté des familles, qui ont rapporté une étrange coloration de la peau des disparus.

Au fil des années, plusieurs théories ont été formulées. Si beaucoup ont mis la mort des randonneurs sur le dos des Mansis, des autochtones vivant dans la région, ces derniers ont été rapidement innocentés. Les seules empreintes de pas relevées appartenaient en effet aux randonneurs.

D’autres ont évoqué de mauvaises conditions climatiques, ainsi qu’une coulée de neige qui aurait contraint les randonneurs à quitter leur premier camp. Mais là encore, cette théorie a été mise à mal par le fait que les piquets des tentes n’avaient pas bougé.

Et puis, bien sûr, il y a eu toutes ces théories un peu fantasmées, sur fond d’expériences militaires et d’extraterrestres.

Une nouvelle enquête en 2019, avec les mêmes conclusions

Poussé par la famille, le gouvernement russe a alors décidé de rouvrir l’enquête le 1er février 2019. L’identité de Zolotariov, que certains avaient soupçonné de s’être fait passer pour mort, a bien été confirmée. De même pour les causes des décès.

Mais l’enquête a également permis de reconstituer ce que les enquêteurs ont estimé être les derniers jours des randonneurs.

D’après leurs conclusions, donc, Zolotariov et Tibeaux-Brignolles se trouvent en dehors de la tente du premier campement lorsqu’ils repèrent les signes d’une avalanche imminente. Ils avertissent leurs amis qui déchirent la tente pour évacuer plus facilement les lieux, sans pour autant avoir le temps de se vêtir.

Suite à une première coulée, les randonneurs décident de se réfugier sur une crête de pierre située 50 mètres plus loin. Ne parvenant plus à retrouver leur camp, les randonneurs partent en direction de la lisière d’un bois visible en contrebas. En arrivant sous un grand pin, ils font un feu de camp, un feu pas suffisamment puissant pour leur procurer de la chaleur. Krivonichtchenko et Dorochenko meurent de froid.

Une reconstitution des faits qui n’a pas convaincu tout le monde

Les sept survivants décident alors de se scinder en deux groupes. Le premier, composé de trois membres, rebrousse chemin pour tenter de trouver le camp. Le froid finit par avoir raison d’eux. Les quatre derniers survivants tentent de leur côté de creuser un abri avec des branches d’arbres, ce qui provoque une nouvelle avalanche et les tue.

Ces explications, quoiqu’assez logiques, n’ont cependant pas convaincu tout le monde et l’affaire du col Dyatlov a donné vie par la suite à de nombreux documentaires et à quelques livres. Ainsi qu’à plusieurs études.

La dernière en date, menée par des chercheurs travaillant pour l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et pour l’ETH de Zurich, a ceci d’original qu’elle s’appuie sur une simulation informatique. Simulation qui avait pour but de prouver la théorie des autorités russes.

La théorie des autorités en partie validée par une simulation informatique

Or justement, grâce à cette simulation, Johan Gaume et Alexander Purzin en sont venus à la conclusion d’une coulée de neige de type avalanche de plaque pourrait expliquer la gravité des blessures découvertes sur le corps des victimes. D’après leur simulation, même une petite plaque peut peser plus de 100 kg et occasionner des blessures graves à la tête et au visage.

En revanche, et c’est sans doute le plus important, les chercheurs ne pensent pas pour autant que le mystère du col Dyatlov soit résolu.

Leurs travaux n’expliquent effectivement pas comment des yeux et des langues ont pu être arrachés, ni même la radioactivité détectée à l’époque.