Affaire Khashoggi : Bahreïn appelle au boycott d’Uber

Le journaliste saoudien Khashoggi n’a pas donné signe de vie depuis deux semaines. Le jour présumé de sa disparition, il se rendait au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en vue de préparer son mariage avec une ressortissante turque. La thèse de l’assassinat est privilégiée par la police turque, mais réfutée par l’Arabie saoudite.

Les relations entre Riyad et Ankara se sont considérablement tendues suite à cette disparition.

Malgré tout, le président turc a accepté la formation d’une équipe conjointe d’enquêteurs. De son côté, Riyad a autorisé les autorités turques à perquisitionner les locaux de son consulat.

Ce geste des Saoudiens est aussi une décision désespérée, face au boycott massif de Future Investment Initiative.

À l’instar de nombreuses entreprises technologiques, Uber sera absent de cette grand-messe économique. Riyad riposte, ses alliés aussi. Le ministère bahreïnien des Affaires étrangères appelle au boycott des services d’Uber.

Riyad avait promis une riposte

Le royaume wahhabite avait prévenu que lui et ses alliés ne resteraient pas les bras croisés en cas de sanction économique. Cet avertissement fait écho à la promesse de Donald Trump d’une « punition sévère » si l’assassinat présumé était imputable à l’administration saoudienne.

L’avertissement vise aussi les acteurs économiques, particulièrement Uber.

Le Fonds d’investissement public saoudien a investi 3.5 milliards de dollars dans Uber. On comprend que le CEO, Dara Khosrowshahi, ait été mesuré dans ses propos. Il sera absent du forum économique saoudien « à moins qu’une série de faits considérablement différents ne surviennent. »

Bahreïn risque de crier dans le désert

Bahreïn est un allié indéfectible de l’Arabie Saoudite dans sa lutte d’influence contre l’Iran, la guerre au Yémen, l’asphyxie de l’économie qatarienne…

Les deux royaumes se liguent désormais contre lingratitude d’Uber. La société américaine avait-elle seulement le choix de se rallier aux autres géants IT ?

Les dirigeants de la multinationale sont plus pragmatiques qu’ingrats. Michael Stephens, chercheur au Royal United Services Institute, explique que les entreprises auraient plus à perdre, en termes d’image, en participant au « Davos du désert. » D’autres grands leaders d’entreprises boycottent d’ailleurs le forum, notamment Richard Branson, James Dimon ou Bill Ford. Le forum perd même ses prestigieux partenaires médias : CNN, la Financial Times et le New York Times.