La nouvelle mode, voler de l’art et le transformer en NFT

Une nouvelle tendance est aujourd’hui en train de se mettre en place auprès des artistes et musiciens, surtout ceux qui travaillent principalement dans le monde digital. Il s’agit des NFT ou « Non-Fungible Tokens », un moyen basé sur les blockchain crypto pour marquer en quelque sorte un actif numérique et en faire quelque chose d’unique. Le problème c’est que les créateurs ne sont pas les seuls à suivre la tendance puisque l’avènement des NFT a aussi engendré une sorte de nouvelle mode qui est de voler les œuvres des autres pour les transformer en NFT.

Ces NFT sont ensuite vendus, parfois à des prix exorbitants, sans le consentement du créateur. C’est ainsi devenu un gros problème pour les artistes puisque les voleurs se cachent souvent derrière des comptes Twitter anonymes, et il est ainsi difficile de savoir comment réagir contre eux.

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Récemment, l’on a pu voir que des NFT ont pu atteindre des prix très élevés, même s’ils sont faits à partir de choses parfois assez inhabituelles comme des tweets de personnes célèbres. Le 11 mars dernier, une pièce créée par l’artiste populaire Mike Winkelmann ou « Beeple » a par exemple été vendue à 69 millions de dollars chez Christie’s. Ce phénomène n’a donc pas échappé à certains opportunistes qui se sont mis à transformer le travail des autres en NFT. Il existe d’ailleurs un processus qui s’appelle « tokenization » et qui permet de le faire, mais aussi des services qui proposent la transformation en NFT des œuvres des autres.

Le calvaire des artistes

Parmi les services de tokenization les plus connus en ce moment, il y a par exemple celui qui s’appelle Tokenized Tweets. Cette plateforme encourage les utilisateurs à « tokenizer » leurs tweets préférés avant qu’ils ne soient pris par quelqu’un d’autre.

Cette situation force les artistes et créateurs à trouver un moyen légal pour dénoncer une violation des droits d’auteur. Il y a aussi ceux qui vont jusqu’à verrouiller leurs comptes sur les réseaux sociaux. Selon RJ Palmer, un artiste basé en Californie et qui est surtout connu pour ses dessins hyperréalistes de Pokémon, la situation n’est pas du tout bonne. Récemment, Palmer a vu certains de ses tweets contenant son travail se faire tokenizer par des adeptes des NFT. Récemment, il a aussi découvert que plusieurs de ses œuvres avaient été tokenizés sur la plateforme Marble Cards par des collectionneurs en 2018. Mais ces derniers ne les ont heureusement pas vendus. L’artiste a décidé tout récemment d’adresser un message à Twitter dénonçant les vols par NFT en les décrivant d’approche parasite et inutile pour la promotion de l’art.

Palmer a expliqué que ses œuvres sont fréquemment volées pour être utilisées sur des produits comme des T-shirts. Mais dans ce cas, c’est facile de déposer une plainte DMCA. Avec les NFT, le marché n’est pas régulé et les acheteurs sont anonymes, ce qui fait que la situation est bien plus compliquée.

Que faire ?

Face à une telle situation, on se demande ce qu’il faudrait faire pour protéger ses droits face aux voleurs d’art. D’après Nelson M. Rosario, un avocat américain spécialisé dans la protection des droits d’auteur, et qui a commencé à travailler dans le domaine des NFT, il est possible de déposer un recours en justice suivant la loi aux Etats-Unis si l’on s’aperçoit que son travail a été tokenizé sans sa permission. Mais selon lui, les considérations relatives à la propriété intellectuelle deviennent rapidement très complexes. Souvent, le problème vient du fait que les « voleurs » et les acheteurs sont anonymes.

En ce qui concerne la plateforme Tokenized Tweets, Rosario indique que celle-ci offre la possibilité de remplir un document de demande de retrait. Toutefois, certains utilisateurs expliquent que la notion même de demande de retrait de NFT n’a pas de sens à cause de la nature du blockchain.

On peut ainsi dire que jusqu’ici, la situation est assez compliquée pour les artistes. Ces derniers sont obligés de trouver des parades pour éviter de se faire exploiter. Il y en a même ceux qui transforment eux-mêmes leurs œuvres en NFT avant que quelqu’un d’autre ne le fasse puisqu’il n’est possible de le faire qu’une fois. En tout cas, il faut bien s’adapter en attendant que des mesures efficaces soient appliquées.