Atlantropa, ou quand un architecte allemand a imaginé fusionner l’Europe et l’Afrique en asséchant la Méditerranée

L’histoire a vu passer de nombreux projets titanesques, parfois même insensés, au cours des siècles. Parmi ceux qui ont malheureusement, ou plutôt heureusement, été abandonnés, il y a eu celui de l’architecte allemand du nom d’Herman Sörgel, qui consistait à assécher la mer Méditerranée et ainsi relier l’Europe et l’Afrique. Cette idée a germé dans l’esprit de Sörgel dans les années 1920 alors que l’Europe n’était pas au mieux de sa forme après la Première Guerre Mondiale. L’architecte voyait ainsi dans son projet un moyen de remettre le vieux continent sur les rails.

Sörgel avait 42 ans, en 1927, lorsqu’il commença à développer ses plans pour la mise en place de Panropa, plus tard devenu Atlantropa, le supercontinent formé par la fusion de l’Europe et de l’Afrique.

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Pour atteindre cet objectif, la vision de l’architecte prévoyait de construire un barrage hydroélectrique géant au niveau du détroit de Gibraltar pour faire diminuer le niveau de la mer Méditerranée, et puis de faire de même au niveau du détroit de Sicile et à travers les Dardanelles en Turquie. Ces barrages vont ainsi former un pont muni de routes et de chemins de fer entre les deux continents, mais surtout fournir de l’énergie électrique aux Européens.

Selon la vision de Sörgel, ces infrastructures gigantesques allaient permettre à l’Europe d’avoir sous la main plus de 660 000 km² de terres en plus grâce à la baisse du niveau des eaux, ainsi qu’assez d’énergie pour alimenter les foyers de plus de 250 millions d’habitants. L’architecte allemand pensait ainsi avoir trouvé la solution pour éviter une nouvelle guerre planétaire.

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En quête de l’«espace vital »

Dans l’Europe de l’après-guerre, la politique de l’« espace vital » gagnait de plus en plus de terrain en Allemagne. Cette politique stipulait que ce qui était le plus important pour une civilisation, c’était un territoire qui permettait à sa population de survivre et de s’épanouir. À l’époque, l’on pouvait observer une augmentation de la population sur le continent, surtout au niveau de l’Europe centrale, ce qui ne convenait pas à la définition de la société qui avait besoin de l’espace vital qui lui correspondait. Dans ce contexte, le projet Atlantropa se présentait comme étant la solution parfaite pour faire prospérer la civilisation.

Ainsi, malgré ce que pouvaient être les désavantages d’un tel projet, nombreux étaient ceux qui étaient intéressés, surtout qu’à cette époque, on assistait à la réalisation de nombreux travaux de grande envergure, comme la construction du canal reliant la Baltique à la Mer Blanche par l’Union Soviétique, ou encore celle du Hoover Dam aux États-Unis. Sörgel a publié le livre intitulé « Lowering the Mediterranean, Irrigating the Sahara: The Panropa Project » en 1929. Dans ce livre, il explique les détails de son entreprise en la qualifiant de « solution universelle ».

Durant les années qui ont suivi l’annonce du projet de Sörgel, sa vision a donné naissance à un roman du nom de « Panropa » qui raconte l’histoire d’un scientifique allemand ayant réussi à assécher la Méditerranée et à offrir la prospérité au continent. Mais il y a aussi eu des films et des articles dans les journaux et les magazines vantant les avantages qu’apporterait le projet.

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Le côté sombre et la fin du projet

Les plans de Sörgel étaient à l’époque célébrés par de nombreux Européens, toutefois, ils n’étaient pas aussi innocents que l’on aurait pu l’espérer. La mise en place du supercontinent présentait en effet un côté négatif que l’architecte ne prenait pas en considération. Ce côté négatif était basé sur le fait que Sörgel avait des points de vue racistes, non pas envers les juifs, mais plutôt envers les Asiatiques. Il pensait d’ailleurs que le monde allait éventuellement être divisé en trois parties, les Amériques, l’Asie, et bien sûr Atlantropa.

Pour construire le supercontinent, l’architecte proposait la redirection de l’eau vers d’autres régions, privant ainsi un grand nombre d’habitants de leurs terres. Cette étape allait être appliquée au niveau de la rivière Congo qui devait être bloquée pour inonder le centre de l’Afrique et ainsi pouvoir irriguer le Sahara et le transformer en terres à cultiver. La vie des Africains avait ainsi peu de valeur aux yeux de Sörgel puisque les Européens étaient ceux qui allaient diriger le nouveau continent.

Pour essayer de réaliser son projet, l’architecte a décidé de le présenter aux nazis, espérant un appui, mais le but d’Hitler à l’époque était plutôt d’envahir l’Union Soviétique. Il a ainsi dû attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour essayer de faire revivre son idée. Malheureusement pour lui, ses plans avec son côté raciste n’avaient plus vraiment la cote.

Ce qui a vraiment anéanti le projet de Sörgel de relier l’Europe et l’Afrique a été l’avènement de l’énergie nucléaire qui semblait bien plus pratique que la construction de barrages géants. Toutefois, l’architecte n’a pas cessé de faire la promotion de son idée jusqu’à la fin de sa vie. Après sa mort d’un accident de la route en 1952, Atlantropa n’était plus que l’histoire d’un supercontinent qui ne verra jamais le jour.

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