Avec les chercheurs qui croient en l’existence d’univers multiples

Consciente de l’irréversibilité des événements qui se produisent dans le temps, l’humanité a longuement réfléchi sur les questions ayant trait au destin et à la destinée. D’une manière générale, les réponses peuvent être regroupées en deux catégories : les explications fatalistes et les explications déterministes. Le fataliste croit en la prédestination, tandis que le déterministe pense que la vie d’une personne est le résultat de la succession d’une multitude de choix.

Toutefois, il existe un modèle scientifique qui tend à concilier ces deux courants de pensée. Il s’agit de la théorie des états relatifs, également connue sous le nom de théorie des mondes multiples (many-worlds) ou théorie des observateurs multiples (many-minds). Elle implique qu’il existe de multiples versions de nous-mêmes dans d’autres univers.

Et s'il existait plusieurs univers ?

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Selon cette hypothèse, chaque événement important a de multiples issues possibles. Ce phénomène diviserait le monde en réalités alternatives. Sean Carroll semble croire à cette théorie.

Un nombre infini d’univers ?

La théorie du multivers a été évoquée pour la première fois en 1952, par Erwin Schrödinger, lors d’une conférence à Dublin. Le physicien et philosophe autrichien avait annoncé que son équation suggère l’existence de plusieurs histoires différentes qui « ne sont pas des alternatives », mais qui « se produisent réellement simultanément ». L’équation en question lui a valu un prix Nobel.

Pour expliquer ce théorème quantique, il a pris l’exemple d’un chat enfermé dans une boîte close. À l’échelle atomique et subatomique, cet événement constitue un point de branchement. Ainsi, dans une branche de l’univers, le chat est mort, mais dans une autre, il est toujours vivant.

Ces deux réalités existantes n’interagiraient pas entre elles, mais elles seraient toutes deux réelles.

En 1957, un étudiant américain du nom de Hugh Everett a publié un article sur les mondes multiples. Son hypothèse est aussi appelée interprétation d’Everett. D’après ses calculs, le temps peut être considéré comme un arbre à multiples ramifications, où tous les résultats se concrétisent. Cette théorie suppose qu’il existe un nombre multiple, voire infini, d’univers.

L’explication la plus simple possible de la mécanique quantique

De son vivant, l’éminent physicien théoricien et cosmologiste britannique Stephen Hawking avait approuvé cette interprétation.

L’interprétation d’Everett n’est pas la seule explication quantique du monde. Il y en a beaucoup d’autres comme les autres interprétations de décohérence, les théories de l’effondrement (comme l’interprétation de Copenhague) et celle des variables cachées (comme la mécanique de Bohmian).

Par contre, c’est celle qui semble répondre au principe du rasoir d’Ockham. D’après Guillaume d’Ockham, philosophe, logicien et théologien anglais, « les hypothèses suffisantes les plus simples doivent être préférées ».

Or, selon Sean Carroll, physicien théoricien au California Institute of Technology, il s’agit de l’explication la plus simple possible de la mécanique quantique. De plus, malgré le fait c’est une théorie très controversée, aucune faille n’a pu être relevée dans l’équation elle-même.

La meilleure réponse aux paradoxes quantiques ?

Sean Caroll, qui prône et enseigne l’athéisme, pense que la théorie des états multiples répond aux paradoxes fondamentaux de la mécanique quantique. « Les idées que nous avons depuis au moins 25 ans, avant l’arrivée d’Everett, étaient ce casse-tête de la mécanique quantique selon lequel il existe un ensemble de règles sur la façon dont les vagues fonctionnent quand on ne les regarde pas et un autre ensemble de règles sur leur comportement quand on les mesure », a-t-il expliqué à TNW.

« Beaucoup de gens, y compris Everett, pensaient que ça ne sonnait pas bien, il a dit que vous êtes de la mécanique quantique aussi parce que vous êtes fait d’atomes et de particules, et qu’il n’y a qu’une fonction d’onde donc vous faites vraiment partie de cette fonction. »

Rappelons que la mécanique quantique est la branche de la physique qui traite l’univers à l’échelle des particules. Au niveau quantique, plusieurs équations de la mécanique classique relatives aux paramètres comme la vitesse et la dimension ne sont plus valides. Par exemple, selon un phénomène appelé « effet tunnel quantique », une particule peut traverser une autre particule, « c’est ce qui se produit lorsqu’un noyau radioactif se désintègre ».

Néanmoins, Caroll estime que la théorie des mondes multiples pourrait expliquer une telle énigme. « Si vous suivez la même logique, je pourrais prendre une tasse de café et la poser sur la table et il y a une chance qu’elle passe au travers et qu’elle touche le sol. Cette chance est incroyablement, énormément, et ridiculement petite, mais si vous croyez en Beaucoup de Monde, il y a un monde dans lequel c’est arrivé. »

« L’univers sait ce qui va se passer et nous ne le saurons jamais tant que nous n’y serons pas arrivés et n’aurons pas vu ce qui se passe, et vous ne pouvez rien y faire », a conclu le scientifique.

Chaque prise de décision crée un nouveau moi

Caroll a révélé un problème philosophique par rapport à cette interprétation de l’existence. Il a souligné que chaque décision que l’on prend ou que l’on ne prend pas est une création d’un nouveau moi. Ainsi, plus le temps passe, plus il y a d’autres versions de « moi ».

Chaque identité créée serait comme un arbre qui se ramifie et qui offre de nombreuses possibilités pour l’avenir. Dès que la ramification est faite, il n’y a aucun moyen de communiquer avec les autres versions. Or, elles auraient tout à fait le droit d’être considérées comme « moi ».

« Vous hésitez entre manger une pizza ou un hamburger un soir et dans une branche, vous finissez par manger une pizza, et les autres branches, un hamburger – c’est seulement quand vous mesurez les systèmes de mécanique quantique que de nouveaux mondes sont créés », a-t-il explicité.

Des plaisanteries estudiantines

Évidemment, cette théorie a fait l’objet d’un rejet de la part de nombreux hommes de science. Elle a même donné lieu à de nombreuses plaisanteries estudiantines comme la suivante : « Deux physiciens prennent un avion. En route, les deux moteurs s’arrêtent et l’avion pique vers le sol. Crois-tu que nous allons nous en sortir ?, demande le premier. Sans aucun problème, répond l’autre. Il y a une quantité d’univers où nous ne sommes même pas montés dans cet avion… »