Certains Géoglyphes de Nazca auraient été réalisés par des voyageurs occasionnels

Dans le désert de Nazca, dans le sud du Pérou, se trouvent de gigantesques et mystérieuses figures tracées sur le sol, parmi lesquelles on trouve des animaux stylisés, de simples lignes longues de plusieurs kilomètres, ou encore des cercles de la taille de la moitié d’un terrain de football.

Ce sont les géoglyphes de Nazca (ou Nasca), plus connus sous le nom de lignes de Nazca.

Des chercheurs viennent de découvrir que certaines de ces étranges figures, plus précisément celles en forme de cercles, avaient probablement été tracées par des voyageurs occasionnels qui empruntaient les sentiers de la région depuis longtemps.

Un lien étroit entre les cercles de Nazca et d’anciennes routes de voyageurs

Des chercheurs ont rapporté dans le journal Antiquity, le 24 octobre dernier, que les géoglyphes circulaires du désert de Nazca se trouvent le long d’anciens itinéraires de transport. D’après le co-auteur de l’étude, Justin Jennings, conservateur de l’archéologie du Nouveau Monde au Royal Ontario Museum de Toronto, ce sont des voyageurs qui ont fait ces géoglyphes alors qu’ils traversaient la région. Ce qui justifie que ces étranges cercles se trouvent en bordure des anciennes routes de transport. « Ils ont fait ce travail alors qu’ils étaient en plein voyage, et bien sûr, quand vous êtes en plein voyage, vous faites ce genre de chose pendant un arrêt », affirme Jennings. Selon les chercheurs, les marques ont peut-être été faites au cours de nombreux siècles, entre l’an 200 et l’an 1400.

Jennings et son équipe travaillent sur un projet plus global qui porte sur le transport de longues distances au Pérou, avant la colonisation espagnole. Au cours de cette étude, ils ont combiné travail sur le terrain, images satellites et images de drones pour cartographier avec précision la localisation d’anciennes routes et de géoglyphes circulaires, dont la taille varie de 3 à 55 mètres de diamètre. À cette époque, les voyages se faisaient à pied, et les voyageurs utilisaient des lamas comme bêtes de somme. L’étude s’est concentrée sur la vallée de Sihuas, dans le sud du Pérou.

Des cercles loin d’avoir été tracés de façon aléatoire

Les chercheurs pensent que les géoglyphes circulaires étaient réalisés facilement et rapidement par les voyageurs. Ils se contentaient d’écarter les roches et la saleté du sol rougeâtre du désert péruvien, exposant ainsi une couche plus légère de sédiments sous la surface. Les chercheurs ont également trouvé dans certains cercles des poteries brisées ou de petites caches de pierres peintes, comme si des offrandes y avaient été faites.

Le procédé de réalisation de ces géoglyphes est similaire à celui des célèbres lignes de Nazca, qui se trouvent également dans le sud du Pérou. Mais les lignes de Nazca représentent des figures beaucoup plus complexes qu’on ne peut pas réaliser aussi facilement et rapidement que les cercles péruviens. Ces lignes représentent en effet des animaux tels que des singes et des jaguars dont la longueur peut atteindre jusqu’à 370 m.

Une fois les géoglyphes circulaires et les routes cartographiés, les chercheurs ont constaté que les géoglyphes étaient plus susceptibles d’être proches d’une route que d’en être éloigné. Pour confirmer cela, ils ont également généré 1 000 points aléatoires sur leurs cartes pour écarter l’hypothèse du hasard. Les géoglyphes étaient « très fortement associés à des [chemins] par rapport à ce qu’on pouvait attendre des points aléatoires », a déclaré le co-auteur de l’étude, Peter Bikoulis, étudiant diplômé en anthropologie à l’Université de Toronto.

Des lieux d’offrandes pour les anciens voyageurs

Bikoulis explique que les géoglyphes circulaires de Nazca sont le plus souvent des cercles à un seul anneau. Mais il existe également des géoglyphes constitués de deux ou trois cercles concentriques, et c’est à l’intérieur de ceux-là qu’ils ont surtout découvert le plus d’artefacts. Et ces géoglyphes sont le plus souvent situés à des endroits que Jennings appelle des « points d’inflexion », c’est-à-dire des endroits où le chemin ou la vue change. On en trouve particulièrement à des endroits où les sentiers dévient à quelque 800 m des vallées jusqu’au paysage plat de la « pampa ».

Les chercheurs pensent que ces endroits étaient peut-être considérés comme sacrés par les voyageurs qui y laissaient des offrandes alors qu’ils passaient par là. Aujourd’hui encore les éleveurs des Andes créent parfois des « apachetas » ou cairns en pierre dans lesquels ils peuvent laisser une cigarette ou verser un brin d’alcool en guise d’offrande pour les esprits de la montagne, explique Jennings. Les géoglyphes circulaires de Nazca ont peut-être été conçus dans le même but, dit-il.

Pour l’heure, les chercheurs n’ont pas encore réussi à dater les géoglyphes avec précision, mais ils semblent remonter à l’an 600 à 1000 de notre ère, lorsque les gens voyageaient et échangeaient des marchandises dans la région. Cependant, ces anciennes routes de commerce tendent à disparaître aujourd’hui à mesure que l’irrigation et l’agriculture se développent dans la plaine de la pampa. Les chercheurs doivent donc réaliser rapidement leur étude pendant que les traces de ces anciennes routes sont encore visibles.

Mots-clés archéologie