Covid-19 : l’énigme de ce petit village italien

L’Italie a été parmi les premiers pays d’Europe frappés par la Covid-19, du moins à notre connaissance. Et l’une des communes italiennes touchées est également à l’origine d’une véritable énigme.

Vo est une petite commune située dans la province de Padoue, en Vénétie et donc au nord-est du territoire italien. Elle tient davantage du village que de la ville et elle comptait ainsi 3 396 habitants lors du dernier recensement. Un recensement mené en 2010.

Un coucher de soleil sur un village italien
Image par David Mark de Pixabay

En dépit de sa petite taille, il fascine les chercheurs depuis plusieurs mois, et ce en raison de la réaction de ses habitants à la Covid-19.

A lire aussi : Covid-19 : allez-vous avoir besoin d’une troisième dose pour vous protéger du variant Delta ?

Vo, un des premiers villages italiens touchés par la Covid-19

Lorsque le SARS-CoV-2 a quitté l’Asie et a commencé à s’étendre sur l’Europe, Vo a été parmi les premières communes touchées. Le maire, qui dirigeait aussi la pharmacie de la ville, a donc ordonné un verrouillage strict de la ville, et le confinement total de la population.

Les organismes de santé ont ensuite procédé à des tests auprès de l’ensemble des habitants qui se trouvaient alors sur place. Soit 3 270 personnes exactement. Pour s’assurer que le virus ne sorte pas de la commune, les autorités italiennes ont également placé des barrages sur toutes les routes autour du village et des soldats ont été envoyés sur place pour contraindre les habitants à rester sur place.

Des mesures que certains pourraient qualifier d’excessives. Néanmoins, à l’époque, nous savions peu de choses au sujet de la Covid-19, si ce n’est sa forte létalité. Les autorités sanitaires italiennes ont donc préféré isoler totalement le village.

A lire aussi : Covid-19 : tout ce que l’on sait sur le variant Lambda

Un isolement complet décidé dès les premiers cas

Cet isolement, justement, a conduit de nombreux chercheurs à étudier sa population. En mai 2020, soit environ trois mois après le premier test, les scientifiques italiens ont de nouveau testé la population. Ils ont alors découvert que 3,5 % de la population totale, soit environ 100 personnes, présentaient des anticorps au SRAS-CoV-2. Des anticorps prouvant qu’ils avaient été infectés par le passé.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En novembre de l’année dernière, les chercheurs sont revenus et ont alors demandé à toutes les personnes testées positives en mai de passer un nouveau test.

Ils ont alors réalisé avec stupéfaction que 98,8 % des personnes testées positives en mai 2020 réagissaient toujours à au moins un type d’antigène. Autrement dit, ils possédaient toujours des anticorps leur permettant de lutter contre la Covid-19. Et ce alors qu’ils avaient été infectés entre six et neuf mois plus tôt.

A lire aussi : Covid-19 : bientôt un traitement grâce à la technologie CRISPR ?

Des résultats surprenants

Après avoir comparé les données de ces patients, les chercheurs ont alors fait une autre découverte : certaines de ces personnes n’avaient déclaré aucun symptôme, ce qui ne les empêchait pas de présenter des niveaux d’anticorps plus élevés. Il semblerait donc que la force de la réponse immunitaire à la Covid-19 ne dépende pas du niveau d’infection.

Profitant toujours de la situation exceptionnelle du village, les chercheurs ont ensuite testé les membres de la famille des personnes infectées. Et ce afin de déterminer à combien de personnes un malade pouvait potentiellement transmettre la maladie. En modélisant leurs données, ils ont réalisé que 79 % des cas de transmission relevés dans le village étaient causés par seulement 20 % des infections.

En d’autres termes, une personne malade avait donc une chance sur quatre de transmettre la maladie à ses proches.

A lire aussi : Covid-19 : la thèse du laboratoire mise à mal par des virologues

Des conclusions à tempérer

Si Vo reste d’une certaine manière une énigme pour les chercheurs, ces résultats doivent être pris avec prudence. Depuis ces tests, plusieurs variants sont apparus. Dont un en particulier qui atteint un taux de transmissibilité très élevé : le fameux variant Delta.

Reste que ces études montrent que l’immunité naturelle de l’organisme peut dans certains cas atteindre entre six et neuf mois, ce qui est indéniablement une bonne nouvelle. Cela étant, il faut également noter que l’immunité naturelle a un inconvénient majeur : elle est impossible à anticiper, contrairement à l’immunité conférée par les vaccins. Nous en avions d’ailleurs parlé dans ce dossier.

Mots-clés Covid-19