Covid-19 : voilà pourquoi l’apparition du variant Delta rend la vaccination encore plus importante

La Covid-19 n’a toujours pas été vaincue. Le SRAS-CoV-2, le virus responsable de la maladie, est toujours là et il continue même de muter. Suite à l’apparition du variant Delta, les pouvoirs publics ont donc pris la décision – très impopulaire – de tout mettre en oeuvre pour pousser les populations à se faire vacciner au plus vite.

Et Jennifer T. Grier, une professeure spécialisée dans l’immunologie, nous explique justement dans un article publié par The Conversation pourquoi les vaccins sont aussi importants d’un point de vue scientifique.

Des doses de vaccins contre la Covid-19
Crédits Pixabay

Jennifer T. Grier travaille pour l’Université de Caroline du Sud. Elle est enseignante et chercheuse. Elle s’est spécialisée dans les réponses immunitaires résultant des infections respiratoires.

Elle a donc une bonne connaissance du fonctionnement de la Covid-19 et de son impact sur nos organismes.

Comme elle l’explique dès le début de son article, il existe principalement deux manières de développer une immunité, soit la capacité à résister à une infection – face à un virus : en le contractant ou en se faisant vacciner.

Le SARS-CoV-2 étant un virus, il n’échappe bien entendu pas à cette règle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une personne ayant été contaminée bénéficie d’une période d’immunité. Et, par extension, pourquoi vous n’avez besoin que d’une seule dose de vaccin si vous avez contracté la maladie dans ces derniers mois.

Le problème, selon Jennifer T. Grier, c’est que ces deux immunités ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière.

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Le problème de l’immunité naturelle

L’immunité après l’infection vient en réalité de la capacité du système immunitaire à se souvenir d’une infection. L’organisme a été infecté, il a développé une réponse immunitaire pour vaincre la maladie, et il sera donc en mesure de se rappeler comment faire pour résister à une nouvelle infection grâce à ses anticorps et ses lymphocytes T.

Toujours sur le plan médical, les recherches ont ainsi révélé qu’une personne ayant été infectée par le SRAS-CoV-2 avait 91 % de chances de ne pas contracter de nouveau le virus dans les six mois suivant la première infection, et ce même si elle n’avait développé à l’époque qu’une forme bénigne de la maladie.

Il y a cependant un souci. Comme l’article le précise, tout le monde ne développera pas forcément une immunité après une infection par le virus. Les recherches ont en effet révélé que 9 % des personnes infectées ne présentaient pas d’anticorps détectables dans les 30 jours suivants l’infection… et que 7 % n’avaient pas de lymphocytes T capables de reconnaître le virus.

Ce n’est pas la seule donnée importante. Il faut également savoir qu’une immunité naturelle est par essence totalement imprévisible. Si des personnes peuvent rester protégées pendant des semaines entières, d’autres peuvent perdre leur immunité en quelques mois seulement.

Il n’est ainsi pas rare de voir des personnes être réinfectées par le virus seulement quelques mois après leur première infection. Et bien sûr, l’apparition de variants ne facilite pas la tâche. Les virus sont en effet des organismes vivants. Et comme tous les organismes vivants, ils sont capables d’évoluer afin de survivre.

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La différence avec les vaccins

Et les vaccins, alors ? Ils ont principalement deux avantages par rapport à une immunité naturelle : ils entraînent une réponse immunitaire plus longue et ils sont moins imprévisibles.

Concrètement, les vaccins contre la Covid-19 sont capables de générer à la fois des réponses d’anticorps et des lymphocytes T. Exactement comme l’immunité naturelle, donc. A un détail près : les réponses immunitaires sont plus fortes.

Dans son article, la spécialiste cite notamment une étude récente menée sur le vaccin de Moderna. Une étude qui a révélé que 100 % des personnes testées présentaient des anticorps capables de lutter contre le SRAS-CoV-2. Or comme nous venons de le voir, dans le cas d’une immunité dite naturelle, 9 % des personnes infectées ne présentaient plus d’anticorps détectables dans les trente jours suivants l’infection et 7 % n’avaient pas de lymphocytes T capables de cibler le virus.

Des chiffres que confirment par ailleurs les pouvoirs sanitaires en Israël. Une autre étude menée sur place a en effet déterminé que le vaccin Pfizer était capable de bloquer 90 % des infections après seulement deux doses, et ce même avec des variantes en circulation au sein de la population.

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Et quand on se fait vacciner après avoir été infecté ?

Mais qu’en est-il lorsqu’on se fait vacciner après avoir été infecté ? Et bien il semblerait que ce combo soit encore plus efficace.

Toujours dans l’article publié sur The Conversation, Jennifer T. Grier cite en effet une nouvelle étude qui a montré que les personnes ayant été vaccinées après une infection possédaient six fois plus d’anticorps dans leur système que des personnes ayant seulement reçu un vaccin.

Elle en conclut donc que l’immunité naturelle seule ne peut pas être une solution viable. Elle est trop imprévisible et ses effets diffèrent d’une personne à l’autre. Il est donc impossible d’anticiper ses effets sur une population importante.

C’est la raison pour laquelle elle estime que la seule méthode viable en matière d’immunité reste le vaccin.

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Manque-t-on de recul sur les vaccins ?

Ce qui nous amène finalement à une question, parfaitement légitime : manque-t-on de recul sur les vaccins ?

Une question qui vise principalement les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna, des vaccins qui comme vous le savez sans doute utilisent une technologie particulière : l’ARN Messager.

Cette technologie a peu fait parler d’elle. Beaucoup pensent ainsi qu’elle est nouvelle. Ce n’est factuellement pas le cas.

Comme l’explique Wikipédia, le concept sur lequel repose l’ARNm a été démontré en 1961 par Jacques Monod, François Jacob et leur équipe alors qu’ils travaillaient tous pour l’Institut Paster. Ce qui leur a par ailleurs valu de recevoir le prix Nobel quatre ans plus tard.

Par la suite, l’ARNm a fait l’objet de nombreuses recherches. En 1989 et en 1993, Thomas Cech et Philip Sharp ont même reçu à leur tour un prix Nobel pour leurs travaux.

Cela fait donc quelques décennies que les chercheurs travaillent sur l’ARNm et certains d’entre eux ont même testé la technologie sur le terrain contre Ebola et Zika. C’est en revanche bien la première fois que ces vaccins sont utilisés à l’échelle planétaire.

C’est d’ailleurs ce qui explique les craintes de bon nombre de personnes, des craintes auxquelles les gouvernements n’ont sans doute pas suffisamment su répondre.

Lorsqu’on parle de vaccin, on pense inévitablement aux effets secondaires qui peuvent en résultat.

Les vaccins contre la Covid-19 ne font pas exception à la règle, mais comme le rappelle Le Parisien dans un de ses articles, ces fameux effets secondaires se répartissent en deux temporalités distinctes.

Il y a d’un côté les effets immédiats et, de l’autre, les effets sur le long terme.

Les effets immédiats, nous les connaissons. Dans certains cas, les vaccins contre la Covid-19 peuvent provoquer des maux de tête, des nausées, un engourdissement du bras ou encore de la fièvre. Des effets qui ne sont pas dangereux et que l’on retrouve aussi chez d’autres vaccins.

Les effets sur le long terme, en revanche, nous ne les connaissons pas. Toutefois, et comme l’a expliqué à nos confrères Nathan Peiffer-Smadga, un médecin infectiologue à l’hôpital Bichat, seuls quelques mois suffisent généralement à détecter les effets secondaires graves des vaccins.

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