Des chercheurs ont placé des mouches… dans une réalité virtuelle

Tout le monde sait que les yeux sont très importants pour ce qui est de se déplacer dans son environnement. Mais ce que l’on ne sait pas vraiment, c’est comment les données visuelles collectées par les yeux sont traitées par le cerveau pour nous empêcher par exemple de foncer dans un mur ou encore de tomber dans un ravin. Des scientifiques ont mené des expériences sur des mouches des fruits Drosophila melanogaster  pour essayer de trouver la réponse à ce problème. Ils ont placé les mouches dans une réalité virtuelle et d’après les résultats, ce que l’on sait de la relation entre la vision et le mouvement pourrait être faux.

Les expériences ont montré que la vision était mise à contribution pour empêcher les mouches d’aller vers une direction différente de celle qu’elles avaient préalablement choisie avant que le changement n’ait lieu. On croyait auparavant que la vision leur permettait de revenir sur le chemin initial après qu’elles aient dévié. Selon les scientifiques, il y a là une différence substantielle.

Une mouche posée sur une feuille
Crédits Pixabay

D’après Eugenia Chiappe, neuroscientifique au Champalimaud Centre for the Unknown au Portugal, ce qu’ils ont trouvé, c’est que pour maintenir la stabilité du regard, la vision influence les mouvements du corps en accordant des ajustements posturaux comme mesure préventive.

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Le déroulement de l’expérience

On parle ici de réalité virtuelle, mais les chercheurs n’ont pas attaché de lunettes spéciales aux yeux des mouches. Ils les ont plutôt mises dans un environnement personnalisé avec des murs statiques, un plafond statique, ainsi qu’un plancher que l’on pouvait manipuler pour changer ce que les mouches pouvaient voir.

Les murs étaient chauffés pour diriger les mouvements des mouches et pour tester si ces mouvements étaient intentionnels ou au hasard. Selon les scientifiques, même quand on ne peut rien voir, on ajuste toujours nos mouvements et notre posture en se basant sur ce que l’on ressent à partir de diverses parties de notre corps. C’est comme former un angle avec nos pieds pour rester droit sur une pente, même si on ne la voit pas.

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Ce que les résultats ont montré

D’après les observations des chercheurs, les informations visuelles ont outrepassé les feed-back reçus du reste du corps pour atteindre des objectifs comme avancer en ligne droite. En considérant les signaux provenant des autres parties du corps comme moins importants lorsqu’elles pouvaient voir où elles allaient, les mouches semblaient utiliser leur vision pour préalablement garder leur corps dans la bonne direction. Cela montre un lien très fort entre la vue et le contrôle moteur. Selon le neuroscientifique Tomas Cruz, l’effet de la vision doit être plus près du contrôle des membres que ce qu’on croyait, c’est-à-dire dans l’équivalent de la moelle épinière pour les mouches.

Les scientifiques suggèrent que ces résultats sont aussi susceptibles de correspondre à des animaux avec un cerveau plus gros, incluant les humains. Selon eux, il est probable que nous ayons des sortes d’interactions bidirectionnelles entre la moelle épinière et les circuits visuels du cerveau, faisant en sorte que l’information venant de nos yeux soit prioritaire et soit utilisée plus rapidement.

L’équipe de scientifiques pense que ces liens entre le cerveau et le corps ont leur importance par rapport à notre sentiment du soi et à la manière dont nous nous percevons par rapport à tout le reste.