Des chercheurs ont tiré sur des tardigrades avec une arme à feu

Les tardigrades, ces invertébrés microscopiques aussi connus sous le surnom d’ « oursons d’eau », résistent à tout ou presque. On peut les retrouver un peu partout dans différents écosystèmes, que ce soit dans l’eau ou sur la terre ferme, et ils peuvent survivre à des conditions que l’on peut qualifier d’extrêmes. Par exemple, les tardigrades peuvent se dessécher et rester dans une animation suspendue ou biostase pour ne se réveiller qu’après des années.

Ils peuvent résister à des températures glaciales, à de hautes pressions, à une absence d’oxygène, et même au vide spatial.  

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Dernièrement, des scientifiques ont voulu savoir à quel point les tardigrades pouvaient survivre lors d’impacts à haute vitesse. Ils ont ainsi mené des expériences où les petits animaux étaient placés dans le canon d’une arme à feu pour mesurer leur résistance. Selon les explications, le but de cette manœuvre est de savoir si des organismes similaires aux oursons d’eau pouvaient survivre face à certaines conditions de l’espace, et aussi d’avoir une idée de comment et dans quels endroits on pourrait trouver une vie extraterrestre dans le système solaire. La préservation de ces sites face à d’éventuelles contaminations fait aussi partie des objectifs.

Connaitre le niveau d’impact supporté par les tardigrades aura des implications en astrobiologie, notamment en ce qui concerne le modèle de la panspermie. Ce modèle suggère que la vie peut être distribuée à travers le cosmos à l’aide des astéroïdes et des comètes qui tombent sur les planètes. Les connaissances obtenues lors des expériences pourraient aussi indiquer si les tardigrades peuvent survivre sur la Lune ou sur Phobos, ces deux satellites ayant pu recevoir des jets de matière de la Terre et de Mars respectivement.

Enfin, grâce à cette étude, les scientifiques peuvent aussi évaluer le taux de survie d’organismes similaires dans les jets d’eau salée provenant des océans glacés  d’Encelade et d’Europe.

Les tests menés par les scientifiques

Pour tester la résistance des tardigrades, l’astrochimiste Alejandra Traspas et l’astrophysicien Mark Burchell, tous les deux de l’Université du Kent au Royaume-Uni, ont mis au point une expérience utilisant une arme à feu à gaz léger qui fonctionne en deux étapes. Tout d’abord, il y a la poudre qui s’allume, puis un gaz léger comme l’hydrogène ou l’hélium va être pressurisé rapidement pour pouvoir éjecter un projectile à une vitesse allant jusqu’à 8 km/s.

Ainsi, les chercheurs ont placé 2 ou 3 tardigrades de l’espèce Hypsibius dujardini dans des sabots de nylon, les animaux étant au préalable congelés pour les placer dans un état d’hibernation. Les sabots ont ensuite été placés dans les armes et tirés en direction de cibles faites de sable. L’expérience a été menée dans une chambre à vide à des vitesses comprises entre 0,556 à 1,00 km/s.

Après les coups de feu, les scientifiques ont utilisé de l’eau pour isoler les tardigrades. Ces derniers ont été séparés et observés pour déterminer combien de temps il leur fallait pour quitter l’état d’hibernation. Un groupe de 20 tardigrades ont été uniquement congelés pour servir de groupe contrôle.

Ce que disent les résultats

Après les tests, les chercheurs ont pu observer que les tardigrades du groupe contrôle se sont réveillés après 8 à 9 heures. Quant à ceux qui ont été tirés avec l’arme à feu, ils ont pu survivre à une vitesse d’impact allant jusqu’à 825 m/s. Toutefois, leur réveil a été plus long, ce qui signale la présence de dégâts internes. A une vitesse de 901 m/s, les scientifiques ont observé que les tardigrades avaient été détruits.

D’après ces résultats, le seuil de survie en ce qui concerne la vitesse d’impact se trouve entre ces deux points. Cela équivaut à une pression d’impact de 1,14 GPa.

Si l’on considère la matière éjectée par la Terre, elle tombe sur la Lune avec une vitesse comprise dans l’intervalle de survie des tardigrades. Il y a ainsi une possibilité que ces petits animaux puissent survivre au voyage. Pour Phobos, on estime que la matière provenant de Mars arrive à sa surface avec une vitesse de 1 à 4,5 km/s, ce qui n’est pas très bon pour les tardigrades. D’ailleurs, si ces derniers survivaient, ils ne pourraient pas vivre longtemps à cause des radiations solaires et cosmiques élevées.

Du côté des jets d’eau salée, la vitesse de passage des sondes spatiales tentant de prélever des échantillons pourrait être trop élevée pour les tardigrades. Une solution pour affaiblir le choc pourrait être d’utiliser un collecteur en aérogel, ou encore se servir d’un orbiteur qui peut réduire sa vitesse relative par rapport aux jets d’eaux.