Des entreprises et des chercheurs collectent des selfies avec des masques faciaux sur Instagram pour améliorer la technologie de reconnaissance faciale

À cause de la pandémie de coronavirus, de nombreux gouvernements dans le monde ont décrété le port obligatoire du masque facial. Néanmoins, si les masques faciaux remplissent tant bien que mal leur rôle en évitant la transmission du virus, ils constituent un problème non négligeable pour les sociétés et leurs outils de reconnaissance faciale.

En effet, une partie importante du visage est dissimulée lorsqu’on porte un masque facial, or, la technologie de reconnaissance faciale a aussi besoin de cette partie du visage pour identifier et détecter les personnes. Pour surmonter ce dilemme, des chercheurs et des sociétés n’ont pas hésité à collecter des selfies de personnes portant un masque sur le réseau social Instagram pour améliorer leur outil de reconnaissance faciale.

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Mais comme nous le rapporte CNet, derrière cette intention d’améliorer la technologie de reconnaissance faciale se cache un autre problème d’envergure : Ces entreprises collectent et utilisent ces selfies sans en aviser les personnes concernées et sans demander leur consentement.

Vos selfies ont peut-être été collectés par ces entreprises…

Selon CNet, des chercheurs chinois ont compilé une base de données avec plus de 5.000 photos avec des masques faciaux en mars dernier.

Photos qu’ils avaient collectées en ligne. Un mois plus tard, soit en avril, les chercheurs de la société WorkAround, ont créé une base de données dénommée COVID19 Mask Image sur Github, qui contient plus de 1.200 images collectées sur Instagram.

La PDG de la société WorkAround, Wafaa Arbash, a expliqué que les photos provenaient d’une recherche sur Instagram avec des hashtags liés aux masques. Les chercheurs ont ainsi rassemblé 3.000 photos environ sur le réseau social, mais n’en ont sélectionné que 1.200 photos.

A qui la faute : Aux entreprises qui collectent les photos sans consentement ou aux utilisateurs qui mettent leur page sur public ?

D’après Arbash, la société n’a pas demandé aux personnes incluses dans la base de données de son entreprise, la permission d’utiliser leurs selfies pour améliorer un outil de reconnaissance faciale et a tout simplement déclaré que si les personnes étaient contre cette collecte de leurs photos, elles n’avaient qu’à rendre leurs pages privées. Elle soutient ainsi que :

Nous avons été inspirés par toutes les entreprises qui lançaient des outils gratuits et tout ce qu’elles pouvaient faire pour aider. Nous avons ces images publiques d’Instagram, donc ce ne sont pas des images privées. Nous cherchions juste et obtenions les bonnes données. Nous ne faisons pas d’argent avec cela, ce n’est pas commercial. Le but et l’intention étaient d’aider tous les ingénieurs en science des données ou en apprentissage automatiques qui travaillent pour résoudre ce problème et contribuer à la sécurité publique.

Mis au courant de la situation, Facebook s’est dit contre la collecte et l’utilisation des photos de ses utilisateurs et a déclaré dans un communiqué :

Nous ne permettons pas à des tiers de collecter ou d’utiliser des photos publiées par nos utilisateurs de cette manière, sans leur consentement. Nous continuons d’enquêter.

En tout cas, les défenseurs de la liberté civile ont longtemps mis en garde contre l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale en ce qu’elle constitue une menace pour la vie privée et la liberté d’expression mais aussi à cause de la quasi-inexistence de lois encadrant ces outils surveillance pour éviter tout abus des entreprises, mais aussi des gouvernements.