La drôle d’évolution de cette plante médicinale

Certains animaux ont recours au camouflage pour se protéger des prédateurs. Cette aptitude n’est pas propre qu’aux espèces animales. Une équipe de chercheurs de l’Institut de botanique de Kunming (Chine) et l’Université d’Exeter (Angleterre) a récemment mis en avant l’existence d’une plante qui a développé une stratégie de camouflage pour se protéger de la cueillette.

Cette plante, baptisée fritillaire, appartient à la variété des Fritillaria delavayi. Elle pousse dans des conditions difficiles à plus de 3 000 mètres dans les monts Henguan, en Chine. La fritillaire est très prisée dans ce pays pour ses propriétés médicinales. L’extrait de son bulbe est utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise pour soigner la toux.

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Elle fait l’objet d’une cueillette intensive depuis plusieurs années. Face à la menace que représentent les hommes, cette plante a mis au point un système de camouflage ingénieux qui lui permet de passer inaperçu.

Une plante caméléon ?

Tout le monde connait la capacité du caméléon à changer de couleur lorsqu’il se sent menacé. Eh bien, la fritillaire fait la même chose pour se protéger des randonneurs qui voudraient la cueillir. En temps normal, cette plante est connue pour sa couleur jaune citron. Toutefois, quand elle passe en mode camouflage, elle adopte une couleur grise ou brune. Cela lui permet de se fondre parmi les rochers qui l’entourent.

Au départ, les chercheurs pensaient qu’elle avait recours à ce système de camouflage pour leurrer les herbivores, à l’instar des plantes du même genre. Néanmoins, les recherches ont révélé que ce n’était pas le cas.

« Nous pensions que les herbivores étaient à l’origine de l’évolution du camouflage des fritillaires, mais nous n’avons vu aucun animal de ce genre dans la région. Alors, nous avons réalisé que la raison pouvait être l’homme », a expliqué le botaniste Yang Niu, de l’Institut de botanique de Kunming.

Une évolution influencée par les activités humaines

Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont étudié le mode de répartition des fritillaires en fonction de leur couleur. Ils ont découvert que les plantes qui étaient grises ou brunes étaient plus nombreuses dans les régions privilégiées par les habitants pour la récolte.

« Il est remarquable de voir comment les humains peuvent avoir un impact aussi direct et dramatique sur la coloration des organismes sauvages, non seulement sur leur survie, mais sur leur évolution elle-même », a déclaré le botaniste et écologiste Martin Stevens, de l’Université d’Exeter.

D’après lui, « il est possible que les humains aient entrainé l’évolution de stratégies défensives chez d’autres espèces végétales. »

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