En Antarctique, les scientifiques entrent dans une espèce d’hibernation psychologique pour tenir le coup

Etre un scientifique en Antarctique est très éprouvant psychologiquement. L’isolement et le confinement, sans compter l’obscurité presque constante pendant la moitié de l’année, sont autant de facteurs qui portent un coup dur à la psychologie des gens qui s’aventurent dans cette région reculée et hostile de la Terre.

Pourtant selon une nouvelle étude, les scientifiques qui font des recherches en Antarctique ont trouvé le moyen de s’adapter grâce à un processus naturel impressionnant : une sorte « d’hibernation psychologique ».

Lac subglaciaire

Les conditions extrêmes de la vie en Antarctique

L’Agence Spatiale Européenne rapporte qu’une équipe de scientifiques a mené une étude sur des chercheurs qui travaillent à la Station Concordia en Antarctique, une station franco-italienne qui a la réputation d’être la « base la plus éloignée sur Terre ». L’équipage de 16 personnes  qui travaillent dans cette station est confronté à l’absence totale de soleil pendant quatre mois de l’année, ils doivent aussi s’habituer aux lèvres gercées et à la peau craquelée en permanence, sans compter que pendant les rudes hivers aucun moyen de transport n’est utilisable dans la région. En somme, des conditions qui arriveraient à bout de n’importe qui !

Pourtant, les scientifiques qui y travaillent disent que c’est un environnement de travail confiné, mais convivial. « La plupart d’entre nous sont assez occupés ici et avons toujours quelque chose à faire », disent-ils, en ajoutant qu’ils font régulièrement des réunions et des fêtes.

Pour percer le mystère de la résistance de ces scientifiques confinés en Antarctique, la nouvelle étude a analysé les stratégies d’adaptation de l’équipage au cours des deux hivers à la base, mais aussi l’évolution de leurs émotions et de leur qualité de sommeil.

Des résultats surprenants !

Au cours de l’étude, les chercheurs s’attendaient à trouver chez les scientifiques de la Station Concordia un mélange de mécanismes d’adaptation actifs (résolution de problèmes, optimisme) et passifs (dépression, déni). Les mécanismes d’adaptation actifs survenant au début de la mission, et les mécanismes passifs au fur et à mesure du déroulement du rude hiver et de la diminution des sentiments positifs.

Mais à leur grande surprise, les scientifiques sont constaté un déclin de tous les mécanismes d’adaptation – actifs, passifs ou autres – à mesure que l’hiver avançait. Nathan Smith de l’Université de Manchester décrit ce phénomène dans un communiqué de presse :

« Nos résultats révèlent une forme d’hibernation psychologique. Des recherches antérieures ont suggéré qu’il s’agissait d’un mécanisme de protection contre le stress chronique, ce qui est logique – si vous n’avez aucun contrôle sur les conditions, mais vous savez qu’à un moment donné les choses iront mieux, vous pouvez choisir de réduire vos efforts d’adaptation afin de préserver votre énergie. »