Etats-Unis : En fait, la chloroquine et l’hydroxychloroquine ont été prescrites sous la pression de Trump sans test préalable sur le coronavirus

Donald Trump aurait selon Reuters « fait pression sur les responsables fédéraux de la santé pour qu’ils mettent à disposition des médicaments contre le paludisme pour traiter le nouveau coronavirus bien qu’ils n’aient pas été testés pour le Covid-19 ». L’information découlerait de deux sources proches de l’affaire. Peu de temps après, le gouvernement fédéral a ainsi publié des conseils très inhabituels informant les médecins qu’ils pouvaient prescrire les médicaments, dont le dosage se basait sur des anecdotes non attribuées, et non sur des études scientifiques.

Les directives ont été publiées par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) au grand dam de certains membres du corps médical, sidérés qu’un président américain ait fait pression sur les régulateurs et responsables de santé pour focaliser leurs efforts sur des médicaments spécifiques non éprouvés. L’ancien doyen de la Harvard Medical School, Jeffrey Flier, font partie des personnes qui ont déploré cette situation, et a déclaré que :

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Le président court-circuite le processus. Nous sommes dans une situation d’urgence et nous devons compter sur notre gouvernement pour nous assurer que toutes ces thérapies potentielles sont testées de la manière la plus efficace et la plus objective.

Des médicaments à risque

Interrogée par Reuters, la Maison Blanche a écrit dans un communiqué que « la priorité absolue du président est la santé et la sécurité du peuple américain, c’est pourquoi il a réuni le gouvernement fédéral et le secteur privé, y compris les médecins, les scientifiques et les chercheurs médicaux, pour une collaboration sans précédent pour accélérer le développement de vaccins ». Ainsi, la Maison Blanche a nié que le numéro un des États-Unis avait mené une « campagne de pression ».

Par ailleurs, les partisans de l’administration Trump ont avancé qu’en ces temps de calamité médicale, le document du CDC avançait des options, et que la chloroquine et l’hydroxychloroquine avaient été prescrites pendant des années avec des risques connus. Un expert médical qui a récemment quitté le gouvernement a clamé que :

Dans une situation parfaite, vous ne feriez jamais cela. Mais si vous savez quels sont les risques, mais que le patient est prêt à l’essayer, cela vaut la peine d’essayer.

Le fait est que l’hydroxychloroquine et que la chloroquine peuvent provoquer un arrêt cardiaque ou une arythmie cardiaque en cas d’utilisation prolongée et, selon un nouveau document de recherche, ces médicaments « peuvent présenter un risque particulier pour les personnes gravement malades ».

La chloroquine et l’hydroxychloriquine seraient potentiellement efficaces contre le coronavirus

En mars dernier, Trump avait également demandé aux responsables du CDC, de la Food and Drug Administration (FDA) et des National Institutes of Heath (NIH) de focaliser leurs efforts sur ces deux médicaments comme thérapies potentielles. La FDA a ainsi déclaré plus tard qu’ :

Il a été déterminé, sur la base de preuves scientifiques disponibles, qu’il est raisonnable de croire que les médicaments spécifiques peuvent être efficaces dans le traitement de Covid-19 et que, étant donné qu’il n’existe aucun traitement alternatif adéquat, approuvé et disponible, les avantages potentiels pour traiter ce virus grave et mortel l’emportent sur les risques connus et potentiels.

Les directives publiées par le CDC décrivent les informations de prescription possibles pour les patients atteints du coronavirus et proposent en même temps la chloroquine et l’hydroxychloroquine comme option dans le traitement de la maladie. Plus précisément, le document indique que « bien que la posologie et la durée optimales de l’hydroxychloroquine pour le traitement du Covid-19 soient inconnues, certains cliniciens américains ont rapporté de manière anecdotique » des doses différentes d’hydroxychloroquine.

Finalement, les experts médicaux ne sont pas encore mitigés sur l’efficacité du traitement

Seulement, le document ne mentionne ni les cliniciens ni les résultats de leurs traitements. Une situation qui frustre notamment la Dre Lynn Goldman, doyenne de la Milken Institute of School of Public Heath de l’Université de George Washington qui déclaré que « décidément ! Pas de références, rien du tout ! Pourquoi le CDC publierait-il des anecdotes ? Cela n’a aucun sens. C’est très inhabituel. »

En tout cas, Donald Trump a déclaré lors d’une conférence de presse le jeudi 19 mars dernier que les médicaments ont « montré des résultats très encourageants et nous allons pouvoir rendre ces médicaments disponibles presque immédiatement » puisqu’ils sont passés par le processus d’approbation de la FDA qui a fait passer ce processus de plusieurs mois à l’immédiat.

Toutefois, la FDA affirme ne pas encore avoir examiné lesdits médicaments. L’administrateur de la FDA, Hahn, s’est défendu en déclarant que « c’est un médicament que le président nous a demandé d’examiner de plus près pour savoir si une approche d’utilisation élargie pourrait être faite pour voir si cela profite aux patients ». Ainsi, l’agence chercherait seulement à savoir si ces médicaments « peuvent être utilisés pour traiter les patients atteints d’un Covid-19 léger à modéré afin de réduire potentiellement la durée des symptômes ».

La FDA déclare aussi que des études sont en cours « pour déterminer l’efficacité de l’utilisation de la chloroquine pour traiter le Covid-19 ». Malgré tout, le 21 mars dernier, Donald Trump avait tweeté que les médicaments devaient être « mis en service immédiatement » et que ces médicaments démontraient « une réelle chance d’être l’un des plus grands changeurs de jeu de l’histoire de la médecine ».